EXTIIÉE XIV ET ^DERNIÈRE
J"H\ut^ ef tous les plaisirs.
Pour MO^siELB, représentant Tuyiie:!.
Vous ne vous ressemblez de poil ni de visage Non. ce n'est point THymcn qui paroist en ce lieu ; Kt plus propre à brouiller qu'à faire un mariage , Vous en estes plutost le Démon que le Dieu.
FIN
LA
MASCARADE
NOTICE
La Galanterie du temps est encore, ainsi que les Vrais moyens de parvenir^ un de ces divertissements improvisés, d'une exécution simple et facile, qui pouvaient se danser pour ainsi dire sans préparatifs et sur-le-champ , comme ils avaient été composés. Le titre et le sujet devaient plaire à la cour galante de Louis XIV, et Ton dirait même qu'ils ont été choisis pour mettre discrètement en scène cet amour naissant du jeune roi, auquel le ballet dp Psyché semblait déjà faire allusion. Le cadre a été ingénieusement combiné de manière a offrir une grande variété de tableaux, ceux-ci comiques et populaires, ceux-U poétiques et mythologiques , qui se succèdent en s'cnchainaut, et sont assez adroitement amenés Tuu par Tautre.
Sauf les vers du Récit et ceux des Sérénades, nous n'avons que les sommaires, ou arguments en prose des entrées. Ces vers sont trop médiocres pour qu'on puisse les attribuer à Benserade , que les relations du temps n'auraient d'ailleurs pas manqué de nommer, et dans les œuvres duquel ils eussent assurément été recueillis. On ne sait quel en est l'auteur.
Quant a l'invention de la mascarade , nous verrons tout à l'heure , par le récit de Loret, qu'elle est de Beaucliamp et de Baptiste (Lulli), qui fut sans aucun doute aussi l'auteur de la musique. Tous deux figuraient parmi les danseurs. On remarquera que, suivant la tradition des mascarades , aucune dame de la cour ne fait partie des personnages, et que les seules femmes qu'on y trouve sont les chanteuses. Il n'y a même qu'un petit nombre de seigneurs, et la plupart des rôles sont remplis par des bourgeois et surtout des mimes et danseurs de profession , parmi lesquels Baptiste , Beauchamp, Laml)ert et MoUier. Ou y rencontre un grand nombre de ceux qui allaient constituer l'Académie de danse et figurer à l'Opéra.
La Galanterie du temps a été publiée (in-4**) sans nom d'auteur ni de libraire, sans lieu ni date ; mais la Gazette et la Muse histor itf uesupiÀéeni k cette lacune par leurs renseignements : n Le 14 (février 1G5G), dit la Gazette dans son numéro du 19 , Leurs Majestés prirent au Louvre le divertissement de la Comédie françoise ; puis le Roy dansa un petit ballet qui, pour avoir été inventé eu fort peu de temps, ne laissa pas de paroistre des plus agréables à tous ceux qui s'y trouvèrent, entre lesquels étoient la princesse royale d'Orançe et grand nombre de seigneurs et dames de qualité. »
Et dans le numéro suivant, celui du 2G :
4iO NOTICE
« Le 19 de ce mois, fut encore dansé au Louvre l'agréable Ballet des (kdanteries du temps, en présence de toute la cour. »
On voit dans la Gazette qu*il alternait avec le Hallet de Psyché , comme pour reposer les esprits et les yeux des magnificences de ce dernier.
Il fut encore dansé le jeudi 3 mars au S4)ir, chez Mazarin, comme on le voit dans la lettre de Lorctdu 5 mar» 1650. C'est à cette occasion que le gaietier le décrit pour la première fois, et , quoiqu'il ne le nomme point, il n'y a pas le moindre doute, d*après les termes de son récit. Après avoir parlé de la manière dont le cardinal r(^ut et traita le roi, la reine et h cour, il ajoute :
Je perdroifl icy non crédit
Et scroif digne d'incnrinde,
Si j'onblioifl In mnararade
Qu'avant lesooperon dansa.
Où, sans mentir, ii «e patta
Mainte action toute Jolie,
Pour cbaMcr la mélancolie.
Le folâtre et le «crieux
Y parurent à qui mieux mieux :
La Barre, cette belle illustre.
Qui donne aux airt un «i beau lustre,
Kn fit, par un rérit charmant.
Admirer le commencement ;
Et cette autre arable brune,
Uont l'excellence est peu commune ,
La sigDora Bergerota,
Vers la fin les cœurs enchanta...
Six Trivelini, tous & la fois.
Armés de coutelas de bois.
Par leurs naïves singeries.
Souplesses et plaisanteries.
Excitèrent certainement
Un risible contentement;
Et l'inventeur, le sieur Baptiste,
Se montra si parfait copiste
De Trivelin et de ses tours,
Qu'on tint de lay cent beaux discours.
Ensuite les feints Scara mouches
Furent loués de bien des bouches:
Ils avaient pour auteur Beauchamp,
Et s'ils Custtent eu plus de champ
Pour mieux compasser leurs figures,
Leurs grimaces et leurs postures.
Ils eussent, foy de caporal,
Eochéry sur l'original.
Mais quand l'original luy-mesme.
Causant une surprise ettrème
(D'autant qu'on ne l'attendoit point).
Se vit copier de tout point.
Arrivant là par aventure,
Dame, il détacha sa ceinture
Dont le clac, redoublé toA^ent, Le fit driller comme le Tent, Doot les auÎAtans, à vray dire, Peotrrent étouffer de rire.
On trouve aussi une description très-détaiUéc de la Galanterie du temps dans la Muse royale du 22 février 1G55. L'auteur y assista le 19 février, où le l>allet fut dansé après la représentation de la Généreuse ingratitude , tragi-comédie de Quinault, et il Tanalyse sans en rien oublier, mais aussi sans rien ajouter à ce que nous avons déjà vu. Sa description ferait double emploi avec celle de Loret. Il parle de la danse et surtout de la musique et des chants, mais il ne dit rien, non plus que les autres comptes rendus, des machines ou décors, qui n'avaient certainement aucune importance. On voit du moins, par la place que tous ces chroniqueurs de la cour accordent à notre mascarade, que son succès avait été incontestable.
LA
MASCARADE
Uo gàland, éperduemeot amoureux d'uïie jeune beauté, doot la modestie De luy permet pas de dire le nom publiquement, ne voulant perdre aucune occasion de luy plaire , se résout de luy donner tous les divertissemens que le temps luy peut permettre.
RÉCIT
La déesse venus, se rendant complaisante à un si beau dessein, paroist la première, et, pour favoriser une si belle passion, s^efTorce d'attendrir le cœur de cette rebelle par une harmonie pleine de charmes etd'agrémeus'.
Pour VENUS.
Beautez, je suis Vénus qui vais cherchant le ris , Non ce ris insensé qui des faibles esprits
Est la plus ordinaire marque; Non plus ce ris malin, que TefTet du poison
Et Tabord de la triste Parque
Font paroistre hors de saison, Car encor que tous deux ils ayent ressemblance Avec Taimableris que Je cherche aujourd*huy, Je trouve d'eux à luy beaucoup de différence : Aussi ne sont-ils pas nés de moy comme luy.
' M >i« de La Barre, les deux La Barre frères, Le Fèvre, Don, et les petits violons. La Muie royale nous apprend que M»« de La Barre représentail Vénus avec de pompeux habiU^ bluetlan$ partout de rubiê. M'ie de La Barre était revenue depuis peu de Suède, où elle était allée porter son (aleut, sur la fin de l'année I66S. (Lorett Mn9e hiitorique, lettre du 20 sept. |662. ) Ce récit comprend quinze vers italiens* à la suite desquels vient la traducUon française, que nous donnons.
Celuy de qui je suis en queste
Est frère jumenu du plaisir,
Amy de loisir et de Peste , Ennemy de douleur. et de poignant désir;
Et c'est pour cela, ce me semble, Qu'on voit Amour et luy si rarement ensemble. "
Mais, en m'arrestant eu ces lieux.
Je pourrois bien dans peu le trouver dans vos yeux.
ENTRÉE r.
Cette BELLE INCONNUE, invisiblemeut charmée de cette divine Yoix, fait venir son train devant elle, composé d'une suivante et de deux PAGES , pour luy ordonner de bien recevoir tous ceux qui viendront de la part de son galand.
Ce GALAND paroist seul devant le logis de sa maistresse, pour mieux exécuter ce qu'il a résolu, en ordonnant tout ce qu'il désire, aGo que la confusion ne trouble point les divertissemens quMI donne à sa maistresse.
ENTRÉE IIP.
Et comme les environs de son logis sont remplis d' amours, il en trouve partout et en choisit demy- douzaine, qu'il fait marcher aussitost, et de crainte qu'à l'abord ils effarouchent cette revesche, qui fait la mine au seul nom d'Amour, il les fait déguiser en tbivelins pour la mieux surprendre.
Ils sont suivis de quatre docteurs bien fournis d'argumens pour persuader cette inflexible; mais, afin qu'elle ne s'en défie pas, ils sont
' Marquis de Genlls, Maistresse ; LeramberU suivante; marquis de Villeroy et de Rassan, pages.
» Le Roy.
* Du Moutler, Des- Aire, Baptiste, de Lorge, Lambert el Geoffroy, Trivelins,
* Cabou, Beauchamp, Raynai et Don, Scaramouches. On a vu dans le compte rendu de Loret que le vrai Scararoouche de la Comédie ilalienne parut daus cette entrée, et ce détail est conlirmé par ta Muse royale.
travestis en scARAMOUCHEs,dont le véritable ayant eu advis, les traite un peu rudement, pour les chastier de Tentreprise qii*ils font sur ses droits.
MERCURE, Dieu de réloquence , suit de près pour y joindre la force de ses persuasions , avec le secours de Tartifice et de la richesse, à quoy nul cœur ne peut, résister.
PIERRE DU puis^ et GILLES LE NIAIS 4 y coureut à grand haste, se croyant capables de divertir cette jeune dame par leurs déguisemeus.
Et pour faire que rien ne manque à cette galanterie, la sage ma- THURiNE^S avec sa glorieuse postérité, veut bien contribuer de sa part, autant qu'elle peut, à cette nouvelle récréation.
ENTRÉE VHP.
Mais pour faire connoistre combien les respects de ce Oaland sont plus estimables que la coquetterie du siècle , il a trouvé bon que si\
' Comte (le Guiche, Mercure, Mollier et de Lorgc , V Artifice et la Richesse. » Dolivet, Piitrre du Puis, — Le Conte, Gilles le Niais, 3 Pierre du Puis élail un fou qui courait les rues de Parb dans les premières années du siècle :
Aussi perdus d'esprit comme Pierre du Puis,
a dit Régnier dans sa sixième satire. Bruscam bille le qualilie d*arcliifol en robe longue , dans ses Paradoxes.
* (;illes le ISiais, farceur et bouffon de bas étage, faisait la Joie des badauds du Pont-Neuf sous la régence d'Anne d'Autriche. Il en est question diins les /»//<?bles Prélieus 'S, comédie de Somaixe (se. 8), dans le Rôle des présentations faites aux grands jours de Céloquence française, en 1G46, etc. Plusieurs Maxarinades ont été publiées sous son nom, et il a laissé un Théâtre, que M. l^ber possédait dans sa bibliotlièque. Son nom était devenu proverbial.
^ Joyeux, ^athurine. Barbau el Cocquet, Fils, — Lambert et Des-Airs le jeune, Filles,
'^ On sait que la sage Mathurine était la folle de Henri IV {Journal de THstoile, Collecl,. Michnud , t. XV, p. 277 ). On a publié les Essais de Mathurine ^ et beaucoup d'autres livrets comiques et saUriques ont été également, suivant l'usage, mis sous son nom.
' Marquis de Saucourt, Marquis de RicheUeu, Langlois, Ri^'nal, Le Vacher et Des-Airs.
COQUETS des plus mouchés, des plus poudrés, des plusenrubentét (sie) et des plus encanonés paroîsseut devant sa roaistresse, espérant qu'ette aura plus de sujet de les mépriser après les avoir connus.
Toutes choses étant ainsi bien préparées, rAMOUA véritable et sans déguisement s*y trouve en personne, et, pour entrer plus fadlenient dans le Palais et dans le cœur de cette cruelle , il se fait accompagner de la NUIT, du silexcb et du bepos.
Aussitost ce galand, suivy d'une excellente musique, vient donner une sérénade à sa belle , qui Técoute amoureusement sur le balcon^ et Tasseure du succez favorable de tous ses désirs.