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LES
MASCARADE
CO.NTEIIP. nF. MOLlènE. — II. 29
NOTICE
SDR
Les Plaisirs troublés ne portent que le tilre de mascarade , mais c'est un véritable l>allet , suivant toutes les règles du genre. L'invention , due au duc de Guise, qui dirigea également Texécution , en est ingénieuse et intéressante, mais la versification médiocre. On voit que la main de Benscrade n*a point passé par là. Les vers, ne se rapportant qu'aux rôles, et non aux acteurs, n'ont pas cet agrément et cette finesse d'allusion qui réveillent à chaque instant la curiosité dans les ballets de celui-ci.
La mascarade des Plaisirs troublés fut dansée en grande pompe devant la Cour, le 12 février (1657), suivant la Gazette; le 11, suivant Loret. Mais, malgré la magnificence des costumes, et quoique le duc de Guise y remplit un personnage, comme le roi n'y dansait pas , les courtisans se bornèrent , à son imitation, au rôle de spectateurs. Sauf quelques gentilhommes subalternes de la petite cour du duc de Guise , on remarquera qu'on n'y trouve que des artistes.
Voici tout ce que la Gazette dit de ce spectacle :
« Le 12 (février 1657), le ballet du duc de Guise, appelé les Plaisirs iti' terrompusj fut aussi dansé au même lieu (dans la grande salle du Louvre), avec l'éclat que ce prince sçait donnera tout ce qu'il entreprend, v (Gazette , n°21.)
Après avoir annoncé dans sa lettre du dix février (1657), le ballet des Plaisirs troublés, qu'il n'avait pas encore vu, Loret le décrit dans sa lettre suivante :
Ce ballet «sses éclatant.
Dont dans Pari* on parle tant, Ballet d'invention exquise Et dansé par monsieur de Guise, De ce mois l'oniième Jour, Fut le spectacle de la cour :
Les deux Majestés Tadmircrcnt, Et de grand cœur considérèrent Tout ce que contenoit de beau Ce ballet pompeux et nouveau.
Le prince, chef de cette danse.
Où l'or brilloit en abondance Faisant en cette occasion Une belle profusion,
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Eiigetf de la Toix pabliqae , Que Trayinent il est magnifique.
La plac grande part des habita Ktoient de gaze ou de tabii, Kt brodéajusqu'anx éguillettea De diamant et de paiilettea.
I.e récit de Gros et de Donc Étoit charmant, s'il en fatonc; Toua lea air* étoient de Molière , Qui d'une si belle manière Prit plaisir à les composer Qu'on ne les sçauroit trop priser.
D'OIivet , avec des figures.
Pas, naîTctez et postures.
Montra son talent non commun.
Et fit ilvouer à chacun Que, depuis Paris jusqu'à Rome, 11 n'est point des! plaisant homme.
Kofln, ce ballet e&t un champ Où l*incomparable Ueauchamp Par desmrrveilleufes kouplesses, Klrvations et justesses. Si hautement capriola.
Qu'il fut proclamé ce Jour-là Par toute la noble assistance Poar le meilleur danseur de France.
Henri 11 Je Lorraine, cinquième duc de Guise , si connu par ses aventures en tout genre et surtout par ses deux expéditions pour la conquête du royaume de Naples, était encore, malgré ses quarante-trois ans , le prince chevalerosque et galant, ce «« véritable portrait de nos anciens paladins, ># suivant Texpressiou do M™*^ de Motlevillc , dont la jeunesse avait fait songer aux aventureux et charmants héros de TArioste. Nommé grand chaml)ellau de Louis XIV, au retour de sa seconde expédition, il put déployer à l'aise tonte sa galanterie ingénieuse dans les félos hrillaules dont ce titre lui valut la haute direction, et il refit, ou plutôt il continua sa réputation sur ce noli veau terrain. La richesse et le goût de son costume, sa grâce, sa beauté, sa grande mine, son adresse, lui avaient assuré tous les suffrages dans le fameux carrousel de 1G55, et il devait eucore conduire avec non moins d'éclat l'un des quadrilles de celui (jui eut lieu en 1GG2. Il ne se distinguait pas moins dans la conduite des bals, des festins et des ballets.
L'année 1G57 semblait d*abord devoir être privée des divertissements ordinaires de la Cour. La mort avait jeté le deuil dans la haute société, en frappant coup sur coup la duchesse de Lorraine, Nicole, qui avait été répudiée par .son mari ; M"»* de Manciiii, les ducs de Ohevreuse et de Villars, le maréchal de la Mothe-lloudancourt, le duc d'Ellxcuf, le premier président Pomponne de Bellièvre, les duchesses dcMontbazon, dcMercœur, de Bouillon et deRoquelaure. On avait appris aussi la mort du roi de Portugal Jean IV. Mais les mariages du duc de Soissons avec Olympe Mancini et du duc de Nemours avec M'ii' de Longueviile; l'arrivée à Paris du duc dcMantoue et celle du duc
de Modèae, qui avait prêté un appui si efficace aux armes' françaises contre r Autriche >, d'autres prétextes encore , comme il ne pouvait jamais en manquer dans la cour de Louis XIV, vinrent contrc-balancer la triste influence de ces deuils répétés, et rendre Tessoraux fêtes. Avec le ballet de Cjâmour ma' iaiie(de Benserade, musicpie de Lulli), dansé pour la première fois le 17 janvier, et la pastorale du Triomphe de Ijérnour^ mise en musique par Michel de la Guerre , organiste du roi en sa Sainte-Chapelle, et représentée devant leurs Majestés le 26 mars , le principal de ces divertissements fut la mascarade des Plaisirs trçuble's, dont la musi(|ue était de MoUier. On a vu, par la description de Loret , quels furent la richesse et Téclat des costumes , et avec quelle magnificence le duc de Guise sut y soutenir sa renommée.
La mascarade des Plaisirs troublés a été publiée en 1657 , in-^*^, chez Rohert BalUrd.
t MontgUt, Mémoires^ 23* campagne , année 1657. Walckenaêr, Mémoires sur Mme de Sévigni, t. II, p. 104-5.
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