‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 263 sur 325 · DIVISÉ EN QUATRE PARTIES · texte numérisé non relu

DIVISÉ EN QUATRE PARTIES

NOTICE

LE BALLET DE L'/tIPATIENCE.

L<' cai'iia>al de l'an 1GG0 avait été atlristéà la cour parla mort de Gaston, qui avait interrompu les fêtes ordinaires, et particulièrement les hallels : à celte époque, il nVn avait été donné qu'un seul, très-couri et sans intéi*ét', qui n'est même pas indiqué dans les Hecherches de Beauchamps. On se dédommagea au carnaval de 16GP où fut dansé le grand l>;illet royal de /Vmpatience.

Le ballet de V Impatience, sauf les vers pour les personnages, a été traduit de l'italien, comme le ballet de VÂmour malade^ et plusieurs autres. Par son prologue et sou épilogue , c'était un véritable opéra , et il réunissait toute la troupe des cbanteurs venus d'Italie. D'après le titre, il fut dansé pour la première fois par Sa Majesté, le 14 février IGGl ; mais la Gazette n'en parle que dans son numéro du 24, et mentionne la première représentation seulement à la date du 19.

« Ce jour-là, 19, et le 22, fut dansé an Louvi-e le IwUet royal de Clmpatiencây en présence des reines, de Monsieur, des ambassadeurs qui sont icy, et de tous les seigneurs et dames de la cour, à qui ce divertissement panit des plus agréables, » etc.

Le numéro suivant nous apprend qu'on le dansa encore le 2G et le 28. La mort du cardinal, arrivée le 9 mars, interrompit le cours de ce s|)ectac1e.

Loret en parle dans ses lettres du 19 et du 26 février, la première fois après avoir assisté à une répétition *, la deuxième , après la représentation même, et heureusement il nous donne plus de détails :

Outre 1a beauté des spectacles,

dit-il dans son premier récit.

L'harmonie y fit dei miracles,

Car lea divers mosicienii,

Tant de la eoor qti*italiens,

Si parfaitement réagirent

Qu'ils délectèrent, qu'ils ravirent.

« V. Uret, t. XI, 31.

' Sur les divertissements et la belle galanterie de la coor en 16(>1, nn peat consulter les Mémoires de M"» de Motteville. ( Collect., Michaud, t. X, p. 513-6).

' C'est sans doute cette répétition que le titre du ballet a prise pour point de départ. Nous lisons atissi dans une lettre de Gui-Patin, à la date du 18 février IA61 : < 1^ Roy a répété deui fois son bnllet pour te danser devant la reine d'Angleterre. «

o\2 NOTICE

On voit qitc les musiciens italiens étaient mêlés à ceux de la cour. Ce furent eux, au nombre de douze, qui chantèrent le prologue et Tépilogue, et c'était sans doute une nouvelle troupe, tout fraîchement arrivée de par delà les Alpes, et peut-être spécialement pour ce ballet , car dans la lettre suivante, Loret parle des voix incomparables

De diverf chantre« admirables Qui firent <texeêUens débuts^ Taot les barbas que non barbus.

Il prodigue ensuite ses éloges aux chanteuses : M"^ Bergeroty, Hilaire et La Barre ; puis aux danses jovialistes

De Beaacbamp, Dolivet, Baptiste.

L'iolmitable siear Géfrov Fit bien des fols rire Ia Boy, Ajraat an béguin sur l'oreille, Kt faisant l'aveogle à merreille.

11 n'oublie non plus ni la mignonne Vertpré , ni M^*'^ Giraut et de la Faveur. Cette lettre du 19 février ne mentionne que les artistes; dans celle du 2G, il loue par-dessus tout la danse du roi, bien entendu; mais quant aux seigneurs de la cour, il déclare que, « par pnideuce et philosophie », il s'abstient d'en nommer aucun, pour ne point faire de jaloux, et se bomeà dire que

Plasiears de haute qualité . Dansant avec Sa Majefté, Le plus qu'ils purent l'imitérenf, Rt, qui plus, qui moins, eieellèrrnl.

Avec d'autres danseurs mertlés, Tout choisis et tous signalés.

C'est là une réserve qui nous parait assez significative de la part de ce grand louangeur, surtout quand on rapproche ces restrictions, devinées et entrevues plutôt qu'énoncées nettement, 'les éloges complets qu*il douue aux danseurs de profession. Il est permis d'en conclure que, dans le Ballet de l'Impatience^ ceux-là étaient éclipsés par ceux-ci. La chose se comprend quand on observe que, parmi les danseurs de cour, figuraient cette fois plusieurs personnages nouveaux, qui n'avaient point encore la longue pratique des Genlis et des Villeroy, entre autres le duc de Beaufort et M. le Prince ; et il parait très-probable que les réserves de Loret s'appliquent indirectement à ce dernier surtout. Le prince de Coude ne devait |>as être un brillant danseur, je crois pouvoir hasarder celle hypothèse sans rabaisser sa gloire : il fallait bien qu'il ne se fût guère distingué dans le ballet, pour que Loret, contrairement à toutes ses habitudes, ne Tait même pas nommé, et c'est ce qui explique pourquoi il s'est tu également sur les autres : à moins de violer l'étiquette et de faire un affront à M. le Prince, il ne pouvait s'arrêter à eux sans commencer par lui , et cela était împ )ssible. Il s'est tiré d'affaire par un silence qu'il qualifie lui-même de prudent.

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