‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 262 sur 325 · LA DÉROUTE · texte numérisé non relu

LA DÉROUTE

Vous faites passer pour crimes Nos plus iuDOcens désirs.

Vostre erreur est sans égaie.

Quoy ! ne verra-t-on jamais L*Amour et vostre cabale Faire un bon traité de paix ?

Vous faites tant les cruelles Que r.on peut bien vous nommer Des jansénistes nouvelles ' Qui veulent tout réformer ; Vous gaslez tout le mystère.

Mais j'espère^ quelque jour, Que nous verrons dans Cythère Une Sorbonne d'Amour.

Pour le POKTE.

Dieux ! qu'une Prétieuse est un sot animal! Que les autheurs ont eu de mal , Tandis que ces vieilles pucelies Ont régenté dans les ruelles ; Pour moy, je n'osois mettre au jour JSy stance, ny rondeau sur le sujet d'amour, Kt je crois que si ces critiques Fussent eu vogue plus longtemps.

Je perdois toutes mes pratiques

Va restois sans avoir à mettre sous mes dents.

ENJKÉE V.

l£s G ALAN S yi'out pos plustost appris la consternation ou se trouvent les Prétieuses qu'ils font par oistre le contentement que leur donne cette heureuse nouvelle y dans l'espérance qu'ils ont de rétablir, bientost leur commerce avec les coquettes, sans crainte que ces critiques, qui trouvaient toujours à redire à leur façon d'agir, osent dorénavant les censurer.

' C'est liltéralcment le mot de Nioon a la reine Clirisline, qui deniaDiIait une délinUion des précieuses : «Les précieuses sont les jansénistes de l'Amour. » [ \Valckenaér» Mémoires sur Mme de Sévigné, 11,82; Sainl Evreraond, te Cercle.)

DES PKÉTIEl'SES. 607

Pour les o AL ANS.

BannissoDs la mélancolie, Et formons de nouveaux désirs :

Ces critiques et leur folie iN'empescheront plus nos plaisirs.

On n'entendra plus que fleurettes, Et chacun criera tour-à-tour :

Vive l'Amour et les Coquettes !

Tous les galans sont de retour.

Ensuite /'hymen, voyant que fou aroit banny les Prudes*^ gui^ n'étant plus en état de donner dans le mariage, pour mieux dissimuler leur dépit 1 conselUoient à tout le monde de ne se mettre jamais en cet engagement ^^ ne peut se tenir de sauter dejoye, voyant que ses autels vont estreen leur première vénération, et que ces sacrifices ne seront plus interrompus par les impertinens censeurs de ces ridicules réforma lions.

Pour /'hymen.

(> n'est pas sans sujet que je parois content : Je m*en vais désormais rétablir mon empire.

Les belles qui m'en vouloient tant

Et qui prétendoient me détruire Sont à présent en fuite et ne paroissent plus; Mais puisque , comme moy, TAmour a le dessus,

11 faut tous deux nous joindre ensemble Pour unir mille amans avec mille beautez ,

• De Pure dit, dans son roman, que le mol de Prétieuses a remplacé celui de Prudes.

^ Molière s*e3t aussi moqaéde celte anUpathie pour le lien conjugal ilans ses Précieuses ridicules, où Cathos déclare qu'elle « trouve le mariage une chose, tout à failctioquante «.On peut voir aussi là^dessus le mot irès-gaulois qui termine le Cercle de Saint- Evremond; le Dic/tonmiiirdeSomaize, aux notes Mariage et Morale, etc. Dans tous les romans publiés par les précieux et précieuses du temps, — le Grand Cyrus, la Clélie, Cléopdtre, etc., — Thérolne n*accordesa main, comme Julie au marquis de Montausier, que lorsque l'amant a longuement parcouru toute la carie du Tendre.

508 LA DÉROUTE DES PRËTIf.USES.

Qui, par nos doux liens se voyant arrestez. Béniront à jamais le nœud qui ies assemble, Et chanteront de tous costés, Dedans cette heureuse j oumée :

Vive le dieu d'Amour et celuy d'Hyménée !

FIN

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