ACTE m, SCKNE VIII
Comme tous les Flamans ont l'esprit pacifique. Ces discours sur les mœurs sont recherchés et beaux. pari. Pour rompre tout à fait fentretien des jumeaux, Je vais faire un discours, long à perte de vue , D'une matièi^e riche, ou bien ou mal tissue. Vous, Messieurs, dontPesprit est grand, judicieux, Pendant vostre loisir seriez- vous curieux De connoistrc les mœurs des provinces de France , Où j'ay fort fréquenté ? La chose est dimportaoce. Il nous en pourroit faire un utile entretien. Marot a de l'esprit : il le fera fort bien. Cela sert au négoce , à tous les gens d'affaire ; Il faut l'interroger.
Cet entretien doit plaire.
Que dis-tu des Normands, dont chacun parle assez? Ils sont grands chicaneurs et fort intéressés. Les Picards.^
Ils sont francs, ardens après la gloire, J'entens de celle-là qu'on acquiert à bien boire ^ Les Bourguignons ?
Salés.
Le proverbe le dit % Mais je ne l'entends pas, si Ton ne l'éclaircit. C'est-à-dire des gens corrompus de nature , Car l'on sale la chair sujette à pourriture. Le proverbe est, ma foy, plaisamment expliqué. Des Bretons le génie as- tu bien remarqué? Ce sont des gens de cœur, d^sprit, de bonne mine^ Mais fainéans, buveurs, et d'humeur libertine. Et qui les voit souvent doit craindre, ce dit-on , Qu'il n'en éprouve enlin quelque tour de Breton '.
Et encore :
Gars norniand, fllle champenoise.
Dans la inaisun toujours noise.
Voy. Leroux de Lincy, Livre des proverb, éd. Delahdys, t. I, p. 331, 370.
■ Leroux de Lincy« Dicl. des prov.^ I, 382-3. Le penchaDt à la colère et Thabitude de l'ivrognerie étaient les deux dérauls qu'on reprochait habituellement aux Picards.
' Le Vucatiana (p. 470) explique ce proverbe en l'appliquant dans son origine à Tancienne milice l>ourguignonne, qui portait la salade en léte. Voy. pour d'autres explicalioiis : les Recherches de Pasquier, 1. I, ch- 0, et le Glossaire des Not'h bourguignons de Lamonnoyc.
•Leroux de Lincy, Dictionn. des proverb.^ly p. 326 7.
DAMON. Il e^t divertissant.
MABOT. Ma foy, quand je dégoise.
Je m'explique toujours à la franche gauloise;
Je dis ce que je pense , et sans rien redouter. DAMON. Pour faire un bon portrait il ne faut point flatter. CLiNDOB. Parle des Poitevins.
HABOT. lis sont trigaux * et chiches.
DAMON. Les Angevins.^
MABOT. Bavards et faiseurs d*acrostiches.
CL1ND0B. I>es Tourangeaux ?
MABOT. Sont vains, mais bons, doux et courtois *.
DAMON. Ceux du Perche et du Mans?
MABOT. Grands fourbes et matois.
DAMON, à part. Ma nièce et mon neveu sont de cette contrée,
De ma succession Tame fort altérée :
Dois-je m'en défier ?
MABOT. Monsieur, que dites-vous?
DAMON. Rien, poursuis ton discours.
CLLNDOB. Les Guépins sont-ils doux.>
MABOT. Non, ils sont tous , ^Monsieur, testus comme des diables ^, DAMON. Et ceux de Blois?
MABOT. Ils sont civils, jolis, affables.
CLiNDOB. Et ceux de Dauphiné ?
MABOT. Des gens nés pour la cour 4.
■ Coquins, fripons, liious.
> Dca Tourango.iiit, Ancrvins
Bons fruits, bonn esprits, bons Tins.
dit le proverl)e. « Les quatre grands diseurs de bons mots de notre temps, a écrit Ménage, éloient Ange\ins : M. le prince de Guémené, M. de Bautru, M. le comte de Lude et M. le marquis dcJarzé. > Diseurs de bons mots, de pointes, de calembours, épilogueun^ etc., c'est sans doute ce que Marot entend par/aisevn d'acros» iiches,
3 Ce sont les habitants d'Orléans que Pauteur désigne sous le nom de Guépins, qui venait probablement de leur esprit satirique et railleur, piquant comme le dard des guêpes. C«* mol était même devenu un nom propre, et on avait pris Thabitude d'appeler les Orléanais des Guépins, sans y entendre malice ( voy. le Gentilhomme Guépin, comédie par de Visé). On voit par divers documents qu'ils avaient en effet la réputation d'être têtus : « Le naturel des Guépins, J'en prends Orléans pour exemple, lit-oo dans les Mémoires de ta Ligue ^ est d'eslre hagards, noiseux et mutins. (Voy. Leroux de Lincy, Livre des proverb., t. I, p. 373-4, édit. Délai). ) Dans son li\re Icon aninwrum (1012), où il passe en revue les mœurs de chaque province, Barclay dit des Orléanais : « Ils parlent un franrois très-correct, mais leur esprit pétulant et caustique leur a mérité le nom de guépins. »
* Marol veut probablement Jouer sur le Utre de Dauphin , que portait l'héritier présomptif de la couronne, depuis la cession du Dauphiné à la France, en 1349.
DÀMON.
MAROT
CLINDOR
MAROT
DAMON
MAROT
CLINDOR
MAROT
CLINDOR
MAROT
DAMOIf.
MAROT
CLINDOR
MAROT
DAMON
MAROT