‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 31 sur 325 · ACTE III, SCENK VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENK VIII

Pour ceux du Languedoc ?

Les lettres et Faniour.

Les Gascons?

Grands hâbleurs, mais d'ordinaire braves. Les Limosins ?

Gourmands et grands mangeurs de raves*.

Les Auvergnacs ont-ils de charn^ans entretiens.^ Ils sçavent les beaux -arts , sont grands musiciens , Et les Grecs ont fondé chez eux la colonie De ces doux rossignols qui viennent d*Arcadie ^ Mais sont-ils asnes tous ?

Plusieurs sont égrillards, Comme ont accoutumé d'estre les montagnards. Dismoy, les Provençaux ont-ils Famé courtoise? Us sont les inventeurs de la rithme françoise ^, D'esprit ingénieux ; mais ils sont presque tous^ Comme ceux d'Italie , avares et jaloux.

Les Lyonnois ?

Joueurs et gens de bonne chère.

Voilà, comme je crois, la France tout entière. Et des Parisiens, quoy, n'en dirons-nous rien ? C'étoicnt, pour en parler et les dépeindre bien , Autrefois des badaux4, a présent fort habiles :

> Manger da paiu comme un Limousin, disait le proverbe. — Cest ordinairement aux Auvergnats et aux Savoyards qu^on appliquait le sobriquet de mangeurs de raves {Dit de VapostoUe , treizième siècle; Fleury de Bellingen, Élymol, des prou, /r.,p.2lo) ; il n'y avait pas un long chemin à faire pour aller, des Auvergnats surtout, Jusqu*aux Limousins, que les dictons populaires ont toujours rangés dans la même famille.

' On sait ce que c'est que les rotusins ou rossignols d^yircadie*

^ Marot, quia de la littérature, fait ici allusion aux troubadours, à TAcadémie du gai savoir, fondée à Toulouse, et aux court d*amour. Rithme, aujourd'hui du masculin, est ici employé pour rime.

* C'est la vieille renommée des Parisiens. Rabelais a parlé au long et au large des badauds de Paris en hadaudois.

On 8*7 laisse duper autant qu'en lieu de France,

dit Cliton de Paris,

Et parmi tant d'rsprlls plus poils et meilleurs, Il 7 croit des badauds autant et plus qu'ailleurs

(P. Coro., U Menteur, I, se. i.)

Crispin dit la même chose, dans les Femmes coquettes de Raym. Poisson :

Monsieur, parlons eocor de Paris, Je vous prie ; Parla. )e suis badaud. Monsieur : c'est ma patrie.

(III, se. 1 ).

LES INTRIGLKS AMOUREUSES.

CLINDOB.

DAMON

MÀROT.

DAMON

L'esprit et le bon sens croissent avec les villes; On n'en voit plus de sots , si ce n'est par haznrd , Par certain accident , et non pas de leur part * . Je vois bien ce qu'il dit, j'entens la raillerie : Il parle de la belle et grande Confrérie \ De son discours des mœurs je suis fort satisfait J'ay peine a digérer pourtant un certain trait, Qui pique mon neveu vivement et ma nièce. Hé quoy? Je suis naïf, et dis tout sans finesse. Disant que les ^lanceaux sont fourbes et matois, Tu leur as à tous deux bien donné sur les doigts.

MAROT, à part. Quand on parle beaucoup on dit quelque sottise; Il faut avec esprit couvrir cette bestise. {Haut.) Des provinces en gros j'ay dit les passions ; La règle générale a ses exceptions :

L'on peut voir un Normand qui fuira la cbicane. Un Auvergnac aussi qui ne sera point asne; Tout de mesme un Manccau peut n'estce point matois, Lt réducation cbange les mœurs parfois ; Puis Yante et Damon sont d'un âge si tendre , Que, loin d'estre trompeurs, on les pourroit surprendre : Clindor les connoist bien.

Ab! les pauvres jumeaux, Je crois qu'ils sont tous deux aussi bons qu'ils sont beaux. Et qu'ainsi que leur corps, leur esprit se ressemble. Je souhaiterois fort les voir tous deux ensemble, Pour de leurs petits traits faire comparaison. Vous le pourrez, s'ils sont tous deux à la maison.

MABOT, à part. Il faut sur ce sujet trouver une défaite. {Haut.) Ils sont tous deux sortis pour faire quelque emplette : Prests à se marier, ils ont peu de loisir. Mais vous pourrez demain vous donner ce plaisir. Et puisque c'est chez vous que le festin s'appreste

CLl.NDOB.

DAMON

I On voit, par cette digression, que cliaque province avait dès lors sa renommée spéciale, qui n*a guère varié depuis, même après que lesdélimitalions provinciales ont disparu. Il est curieux de constater l'antiquité de ces réputations locales, qui, du reste, remonlent l)ien plus haut encore, et il serait facile dVn faire voir I*invarialiilité et la persistance, — Je ne dis pas la légitimité, — par de nomt)reux témoignages , surtout pour les Normands, les Picards, les Tourangeaux, les Manceaux, les (Gascons, les Auvergnats. Je Tai fait pour quelques-uns, et ai Jugé iautile de le faire pour d^uutres, dont la réputation est trop bien établie et trop universellement connue.

> Voy. dans le r' volume de ce recueil, notre note sur le double sens du mot sot p. 474 f.

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