‹ Les contemporains de Molière:Chapitre 306 sur 325 · ENTRÉE DES MAURES · texte numérisé non relu

ENTRÉE DES MAURES

l'our le ROY, Maure.

Ce Maure si fameux^ soit eo paix, soit en guerre, D*un mérite éclatant et d'un rang singulier, Pourroit mettre a ses pieds tout Torgueil de la terre , Et difficilement soufTriroit le collier.

11 ne sçait ce que c*est d'estre sans la victoire , Et tous les pas qu*il fait le mènent à la gloire ; Sur un chemin si noble il efface en allant Tout ce que les Zégris et les Abencerrages,

Ces illustres courages,

Firent de plus galant.

Lorsqu'il fait le Berger il est incomparable ; Représentant Cyrus, il prend un plus haut vol ; Qu'il se déguise en Nymphe, il a Pair admirable ; C'est la mesme fierté s'il danse en Espagnol ; Sous l'habit africain luy-mesme il se surmonte ; Mais de ces jeux divers quand il faut qu'il remonte A son vray, naturel, et sérieux employ, Où pas un ne l'égale, où nul ne le seconde ,

Personne dans le monde

Ne fait si bien le ROY.

Pour MADAME, Mauresque,

Que ces yeux ont de force et qu'il est dangereux De croire tenir ferme à la longue contre eux ! Qu'il y faut de sagesse, et que de politique ! Malheureux est celuy qui se trouve bruslé

* Espèce de capuchons.

' Nous avons cru devoir reproduire ici, en nous bornant ii donner les premiers vers dt's couplets otianlés, l'analyse du Sicilien, (elle qu'elle se trouve dans le /iiillet des Muses. La pièce ligure dans toutes les éditions de Molière. On pourra comparer ceUe analyse au texte, pour se rendre compte des modiiicaUonj légères ({ue Molière lit subir à sa comédie, en la transportant sur le UiéÀtre du Palaisiloyal. Le livret indique aussi quelques jeux de scène qui aident à mieux comprendre certains passages de la pièce.

Par les ardens rayons de ces soleils d'Afrique , Plus malheureux encore quiconque en est haslé ! 1>a bruslure au dedans peut demeurer paisible , Mais le hasle au dehors la rend toute visible ; L^effet en' est terrible et cruel tout à fait, Et Tappareuce pire encore que Feffet.

Pour MADEMOISELLE DE LA VALLIEBE, MaUTCSque.

Beauté du premier rang, Vous dont la gloire est inûnie ,

Avec un teint si blanc Venez-vous de Mauritanie?

- Que de pompe, que d'appareil Sur vostre marche, et pour vostre conduite ! Les autres n*ont rien de pareil.

Quels esclaves et quelle suite !

Pour MADAME DE BOCHEFOBT, Mauie^que.

Toute la noirceur du climat , !Non sans un tendre et vif éclat, Dans vos beaux yeux s'est retirée , Et c'est une preuve asseurée

De leur mauvais dessein

Contre le genre humain.

Pour MADEMOISELLE DE BRANCAS, tMoureyjue,

Quel éclat! quelle fraischeur!

P^on, personne de blancheur Auprès de vous ne se pique.

Et c'est une rareté Que vous ayez apporté Tant de neige de l'Afrique.

Pour MONSIELB LE GBAND, Mawe.

Vous estes bien fait, Maure, et vous avez la mine D'estre un des principaux de vostre nation : Il ne vous manque rien^ et qui vous examine .Ne trouve de défaut qu'en vostre expression.

018 LE BALLET nOVAL DES MUSES.

En parlant vous péchez, dît-on, contre les fonaff. Et vous vous énoncez trop peu ▼nlgairemtnr. S'il faut qu'aux natkms les langues soient eoDformm^ Un Maure doit-il pas parier obseurémeiit ?

Il est des délicats dont le clingrin s'applique A trouver tout mauvais et vous donner à dos , Comme si tous laschiez tous les nK>nslres d'Afrique Quand vous laissez aller trois ou quatre bons mots *.

Pour le MARQurs de vclleboy, IHaure.

iMaure, qui me semblez jeune, galant et branre t Kstcs-vous vostre maistre , ou bien si tous servez ?

Car le grand air que vous avez

Ne sent point du tout son eseiave.

D'autre costé cette triste langueur Qui semble avoir sa Source dans le cœur

Met les curieux à la gesne.

Vous n'avez ni collier^ ni chaisne , Ou , si vous eu ave/., ils ne paroissent point. Mais, toute chose mise en un juste équilibre. Voulez-vous me laisser décider sur ce point? Ma foy, vous n'estes pas de condition libre.

' Bensernde a déjà parlé plus hant des turlnpinadcs du duc d^Arroa^^nac, qui nVlail pas toujours di» bon ton ni de boa goùl dans ses plaisanteries, et qui se pc: menait tout.

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