SUR GABRIEL GILBERT
Il dit, clans la préface de ses Amours (fAn^élif/ue ci de Mèdor, que cet ouvrage est le IG*' qu'il ait donné au théâtre; d*où il suit qu'il nous manque six de ses pièces parmi celles qui sont antérieures à Tannée 1G64, car les Amours (fAngc'litjue n'occupent que le lO*' rang sur notre liste. Il est prolmlile que les autres n'ont pas été inipriniéeii. Nous avons retrouvé l'indication de plusieurs dans le registre de La Grange : La vrare et la fausse précieuse, jouée le 7 mai IGGOsur le théâtre du Palais-Royal (0 représentât.) et que La Grange désigne hahitueilement sous le nom de La vrare précieuse ; lluon de Bordeaux (5 août IGGO, 3 représentai. ) ; Le Tyran d'Egypte ( 25 févr. IGGI,* 8 représentât.}. La première <le ces comédies, mise à la scène moins de six mois après les Précieuses ridicules, et sur le théâtre même de Molière, semble, d'après son titre. a\oir été une sorte de compromis avec les ruelles irritées, auxquelles Molière voulait mieux prouver par là ce qu'il avait déjà dit dans sa préface, à savoir qu'il ne s'était attaqué qu'aux pi-écieuses ridicules et non aux véritables précieuses. Mais lu seule comédie de Gilbert qui ait été imprimée, c'est celle que nous reproduisons ici : les Intrigues amoureuses^ 5 a. V., jouée au mois de juillet IGGG (Paris, Gabriel Quinet, 1GG7, in-12, sans dédicace, — privilège du 22 sept. IGGG, achevé d'imprimer le \" février 16GT, et non 1GG8, comme le dit Deauchamps).
Gilbert nu'rilemit de n'être i)as aussi complétenu'nt oublié. Sans doute, il reste l)ien loin des écrivains dramatitpie^ du premier ordre : son style surtout est généralement faible, assez souvent plat et trivial, mais jKir moments il s'élève et il atteint à la force. Il a cà et là des pensées vigoureuses exprimées en beaux vers. Ses contemporains l'ont plus d'une fois pillé sans en rien dire. Suivant le mot de Ménage, il trouvait bien le gibier au gile, mais ce n'était pas lui qui le faisait prlir. Racine a prolllé de son IJ^polite, mais non Corneille de sa Rodogune : quoi qu'en dise le catalogue Soleinue , c'est le contraire qui est vrai. L'abbé d'Olivet et les bibliographes du théâtre racontent que ('orncille fut trahi eu cette circonstance par un coniident indiscret, à qui il avait lu sa pièce , et qui . eu communiqua le plan et les pensées à Gill>ert. Les deux Bodogune furent jouées laméuu^ année, en 1G44 ; à première vue on s'aperçoit que l'une est un plagiat de l'autre , dans les tpiatre premiers acte^; mais, avant même tout examen , comment croire que Corneille se soit fait le plagiaire de Gilbert?
Les Intrigues amoureuses appartiennent au genre de la comédie latine, Gilles valets sont la cheville ouvrière de la pièce et mènent toute l'action. Marot descend des Dave cl des Synis, comme le Mascarille et le Scapin de Molière : c'est un drôle spirituel et amusant, dont le caractère est bien tracé et vivement soutenu. La pièce , imbroglio très-compliqué, mais conduit avec un certain art et ingénieusement intrigué , est fondée sur une idée contraire à celle des Méncchmes et des autres comédies du même genre , où deux personnages qui se ressemblent, ordinairement deux jumeaux, sont pris pour un seul, tandis qu'ici c'est une seule personne qui se fait passer pour deux, s'habillant tantôt en fdle et tantôt eu garçon. De cette donnée, plus ou moins vraisemblable, niais comique et assez fréquemment exploitée dans les pièces du temps, découlent quelques analogies de situations, tantôt avec le Médecin