ACTE II, SCENE I
DOBINE. En vérité, Monsieur, tous tant que vous estes de médecins , vous n'estes guères d'accord ensemble ; vostre science est bien incertaine, et vous y estes les premiers trompés.
MiROBOLAN. Cela arrive quelquefois, mais ce n*est pas la faute de la médecine.
DOBINE. Il faut donc que ce soit la faute des médecins, puisque ce n'est pas celle de la médecine.
NiBOBOLAN. Cela peut estre vray ; mais, Dorine, ce n'est pas là ton affaire.
DOBINE. ^on, mais je puis en dire mon sentiment; et puis^ si ce n'est pas mon affaire aujourd'huy, cela sera quelque jour en dépit de moy.
MiBOBOLAN. Fort bien; mais laissons ce chapitre, et songe à recevoir ce corps qu'on doit apporter incontinent, et à le faire mettre dans la cave, car je ne commenceray que demain à travailler. Cependant je m'en vais voir trois ou quatre malades dont je n'espère pas grand'chose.
DOBINE. Je feray tout ce que vous me dites.
MIROBOLAN, revenant. Si Dorine vouloit faire tout ce que je luy dirois, elle auroit un peu de tendresse pour moy , et certainement elle n'en seroit point faschée.
DORINE. bevriez-vous avoir de telles pensées, ayant une femme aussi bien faite que vous en avez une? Il me semble que cela n'est pas raisonnable, et que vous devez vous en contenter.
MIROBOLAN. C'cst uuc étrange chose que d'estre obligé de ne manger que d'un pain : l'on s'en ennuyé à la fin •
DORINE. Si Madame vostre femme en vouloit faire de mesme, qu'en diriez-vous ?
MIROBOLAN. Oh! ce n'est pas la mesme chose. La gloire d'un homme est de cajoler plusieurs femmes, mais la vertu d'une femme est de n'écouter que son mary.
DOBINE. Je ne crois pas que là-dessus les Jiommes ayent plus de privilège que les femmes , et qu'il leur soit permis de faire ce qu'elles n'oseroient entreprendre.
MIROBOLAN. La loy a voulu que cela fust ainsi.
DOBINE. Il falloit que cela fust tout au contraire. Ceux qui ont étably cette loy étoient des ignorans, car il y a des iguorans en loix aussi bien qu'en médecine. Mais je vois bien que vous m'en donnez à garder : je suis seure que vous auriez de la peine à me montrer cette loy. Allez voir vos malades, et me laissez en repos.
MIBOBOLAN. Saus adicu , Dorine.