SCÈNE V
UN CHIRURGIEN, MIROBOLAN.
LE CHiBUBGiBn , entrant par la porte que Mirobolan a laissée ouvert^. Monsieur, Monsieur le baron est fort rempiré depuis hier, et vous devriez le venir voir au plus tost.
MiBOBOLAN. JMray tantost ; je n'ay pas le loisir à présent.
LE CHiBUBGiEN. Mais le mal presse^ Monsieur : il seroit nécessaire que vous y vinssiez maintenant.
MIBOBOLAN. Je ne puis pas ; allez, saignez-le toujours, je le verray dans deux heures.
LE CHIBUBGIEN. Monsicur, je ne crois pas que la saignée luy soi bonne.
MiB0B0L4>. Saignez-le, vous dis-je ; je sçais bien ce que je fais.
LE CHIBUBGIEN. Mais, Monsicur...
MIBOBOLAN. Mais, encore une fois, saignez-le.
LE CHIBUBGIEN. Mais, mais, Monsieur...
MIBOBOLAN. Mais je veux qu'il soit saigné. C'est bien à faire aux chirurgiens à raisonner avec les médecins * !
LE CHIBUBGIEN. Mousicur, jc ne le saigoeray point; c^r je siiis as-
* On peut voir dans le livre de M. Flourens : Hist, de la découverte de la circulation du sanfft et dans les Médecins au temps de Molière ^ de M. Baynaud (ch. IV), le tableau des résistances obstinées que rencontra dans la Faculté de médecine de Paris la découverte de Harvey. L*année même qui précéda cette pièce, en 1672, on soutenait encore devant la Faculté une thèse contre la circulation du sang.
* La corporation des médecins et celle des chirurgiens étaient vis-à-vis I^une de l'aatre dans un état de rivalité et d*hostililé continuel. En IC0O, à la suite d'un procès qui avait duré trois ans, le parlement avait rendu un arrêt portant que les comniunauté.4 des chirurgiens et barbiers unies demeureraient soumises à la Faculté do médecine, que les chirurgiens ne pourraient prendre le titre de bacheliers, licencié», docteurs, ni porter la robe et le bonnet. Us furent très- longtemps à se relever de Tétai d'infériorité où les avait conititués cet arrêt.