‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 130 sur 250 · ACTE V, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE III

l'oublie pas! Comme une amie qu'on a seulement connue dans la détresse, j'entends relever Malte momentanément perdue.

Fern'eze.

Barabas ressusciterait Malte de ses ruines? Barabas se montrerait compatissant cà l'égard des Chrétiens? Barabas.

Que donnerais-tu, gouverneur, pour me voir chasser les bandes d'esclaves à l'aide desquelles le Turc a subjugué toi et ton pays? Si je te livrais la vie de Calymath? Si je m'emparais de ses serviteurs ? Si j'enfermais ses soldats dans un des bâtiments de la cité, jusqu'à ce qu'ils fussent tous consumés par le feu ?

Ferneze.

Si tu accomplis de telles promesses, si tu te comportes à notre égard comme tu le prétends, j'agirai auprès des citoyens de la ville, et, au moyen de lettres privées, te ferai attribuer de grosses sommes d'argent pour ta récompense. Je n'en dirai pas davantage. Tiens la parole et demeure gouverneur.

Barabas.

Tiens ta parole et sois libre. Gouverneur, je te rends la liberté. Parcours la cité, consulte tes amis, n'écris pas, fais tes démarches de vive voix et compte-moi l'argent dont tu pourras disposer. Je prends alors l'engagement de libérer Malte. Voici mon projet : inviter le prince Selirn Calymath à une fête solennelle où tu assisteras, seulement.pour accomplir un acte que je te confierai, sans que ta vie se trouve en danger. Cela fait, je pourrai te garantir la liberté de Malte.

Ferneze.

Voici ma main. Aie confiance en moi, Barabas; je serai présent selon ton désir. Quel moment choisis-tu? Barabas.

Il faut agir de suite. Après avoir parcouru la ville, Calymath a l'intention de faire immédiatement voile vers la Turquie.

Ferneze.

Je vais m'occuper de l'argent et je l'apporterai ce soir. Barabas.

N'y manque pas. Au revoir, Ferneze.

{Sort Ferneze).

Voilà comment on fait des affaires! En choisissant ses amis parmi ceux qui ont le plus de chances de vous rapporter. Nous autres Juifs, comprenons ainsi la vie! D'ailleurs, les chrétiens n'en usent pas autrement. Maintenant, exécutons notre dessein. D'abord surprendre les

soldats du fameux Seiiin; ensuite organiser la fête; tout cela sans perdre de temps. Ma politique n'a pas de préjugés. Quant au résultat final de mes intentions secrètes, je le connais, et leurs vies en pourront témoigner!

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