SCENE PREMIERE
Un jardin à Old Ford.
Entre ROSE, faisant une guirlande.
Rose.
Assieds-toi sur ce banc de fleurs et tresse une guirlande pour en couronner ton Lacy! Ces œillets, ces roses, ces violettes, ces giroflées, ces chrysanthèmes si joliment brodés, ne sont pas de moitié aussi beaux que mon Lacy ! 0 père impitoyable! 0 mes étoiles, pourquoi, le jour de Tia naissance, vous étes-vous assombries, au point que . evenue amoureuse, il me faille vivre sans celui que iime ? Parce que j'aime mon cher Lacy, je suis empriinnée ici comme une voleuse, retenue dans des murs ie mon père bâtit pour un meilleur usage ! Il me faut nguir après qui, je le sais, se lamente de mon absence itant que moi de la sienne.
' {Entre SYBIL).
Sybil.
Bonjour, jeune maîtresse. Gageons que vous me destifz cette guirlande? On me prendra pour la Dame de la ^ioisson.
Rose.
Sybil, quelles nouvelles de Londres ?
Sybil.
Toutes bonnes. Le lord-maire votre père, master Philpot votre oncle, master Scot votre cousin, et mistress Frigbottom, vous envoient leurs meilleurs vœux. Rose.
Lacy envoje-t-il ses salutations à son amante ?
Sybil.
Oh oui, et à très haute voix. Je ne le reconnaissais pas. Il portait une écharpe ici, une écharpe là, un bouquet de plumes, des joyaux, des pierres précieuses et une paire de jarretières, comme les rideaux de soie jaune qui sont ici, à Old Ford, dans la chambre de maître Belly.
Je me suis arrêtée devant notre porte, à Cornhill, je l'ai regardé, il m'a regardée, je lui ai parlé, il ne m'a pas adressé la parole. Gela, me suis-je dit, crie vengeance. Il a passé devant moi d'un air méprisant. Etes-vous devenu fantasque? pensais-je. Là-dessus j'entrai et lui fermai la porte au nez.
Rose.
G Sybil, comme tutrait»» mal mon Lacy, ! Mon Rowland est gentil comme un agneau, doux comme une colombe! Stbil.
Doux? Comme un boisseau de pommes sauvages! 11 me jetait des regards ausii aigres que le verjus. Va, me disais-je, tu peux être beaucoup dans mes cotillons, tu ne seras jamais rien dans mes bas! C'est votre faute, maîtresse. Ça vous apprendra à aimer qui ne vous aime pas. A votre place je lui dirais : c Adieu, Jeronimo, adieu M » Rose.
Alors il me laisse et part pour la France ? Sybil.
Je l'ignore, mais sûrement je l'ai vu qui paradait devant
ses soldats. Un homme comme il y en a peu ! Ainsi de^
ceux qui n'agissent pas comme tout le monde ! Laissez-I< '
aller se faire pendre, ma jeune maîtresse!
Rose.
Retourne à Londres et informe-toi si mon Lacy part ol non pour la France. Fais cela ; pour ta peine je le donne' rai mon tablier de batiste, des gants, une paire de ba rouges et un corsage. Veux4u partir pour l'amour moi?
Sybil.
Si je le veux ? Certainement je le veux. Un tahlier iJ
batiste, des gants, une paire de bas rouges et un corsage'
Je suerais du sang pour vous! Un tablier de batiste! Jë^
vais aller d'un trait et serai de retour en un clin d'oeil!
Rose.
Va, ma bonne Sybil, cependant jem'abandonnerai à ma douleur !