ACTE V, SCENE V
vrier, mais mon cœur est maladroit. J'éprouverais un gros chagrin si je croyais que ma rudesse pût offenser mon roi.
Le Roi.
Non, mon bon lord-maire, rassure-toi, et surtout demeure aussi joyeux qae parmi tes cordonniers. Je me réjouis de te voir en belle humeur.
Eyre.
Tu le veux, mon doux Dioclétien? Alors, soit! Je ne suis pas un prince, mais je suis né princièrement. Par le lord de Ludgate, mon suzerain, je serai aussi joyeux qu'une pie.
Le Roi.
Dis-moi, Eyre, quel âge as-tu?
Eyre.
Mon suzerain, je suis un vrai gamin, un adolescent, un novice. Vous ne verrez pas un poil blanc sur ma tête, pas un gris dans ma barbe. Chaque poil, je le garantis à Votre Majesté, qui adhère à cette barbe, Simon Eyre l'évalue la rançon du roi de Babylone. La barbe de Cham Tamar< n'était qu'une brosse à frotter à côté de la mienne. Et cependant je la ferais raser, et j'en confectionnerais des balles à tennis, s'il s'agissait de plaire à mon roi. Le Roi.
Tout ceci ne me dit pas ton âge.
Mon suzerain, je compte cinquante-six ans et peux encore pousser solidement un vivat en l'honneur de Hugh. Regardez cetta vieille donzelle, je dansais le branle des draps avec elle, il y a trente-six ans, et j'espère donner le jour à deux ou trois jeunes lords avant de mourir. Je suis encore vigoureux, toujours. Simon Eyre ! Les soucis et une maison froide, blanchissent les cheveux. Ma douce Majesté, épargnez-vous donc les soucis, rapportez-vous-en à la noblesse, vous demeurerez jeune comme un Apollon et je crierai hurrah! Je ne suis pas prince, mais je suis né princièrement.
Le Roi.
Ahl ah! Dis-moi, Cornwell, as-tu jamais vu un type pareil?
Cornwell.
Non, monseigneur.
(Entrent LE COMTE DE LINCOLN et SIR ROGER OATELEY).
1, Tamerlan {Tamburlaine), Cham ou Khan de Tartarie.
Le Roi.
Lincoln, quelles nouvelles ?
Lincoln.
Mon gracieux maître, prenez garde, il y a des traîtres ici!
Tous.
Des traîtres! Qui? Où?
Eyre.
Des traîtres dans ma maison ! Dieu m'en garde ! Où sont mes officiers ? Je sacrifierai mon âme avant que mon roi éprouve du dommage !
Le Roi. Où est le traître, Lincoln?
Lincoln.
Devant vous!
Le Roi.
CornwefI, emparez-vous de Lacy. Parle, Lincoln, Que peuï-tu dire à la charge de ton neveu ? Lincoln.
Ceci, mon cher suzerain. Votre Grâce, pour me faire honneur, a entassé sur la tête de cet enfant dégénéré des avantages immérités. Vous l'avez choisi pour commander des troupes en France. Pourtant...
Le Roi.
Mon cher Lincoln, arrête un instant. Je lis dans tes yeux ce que tu veux dire. Je sais comme Lacy a négligé mon amitié, je connais toute la gravité de sa' trahison... Lincoln.
Et ce n'estpas un traître?
Le Roi.
Il le fut. A cette heure, j'ai pardonné. Il n'obéissait pas à la peur en ne se rendant pas en France, mais à la force de l'amour.
Lincoln.
Je ne supporterai pas une pareille honte!
Le Roi.
Je pardonne à tous deux.
Lincoln.
Alors, mon bon maître, empêchez-le d'épouser une femme dont la basse origine déshonorera son lit. Le Roi.
Ne sont-ils pas mariés?
Lincoln.
Non, mon suzerain.
Haxs et Rose.
Nous le sommes?