ACTE V, SCÈNE V
Le Roi.
Il faudrait alors que je les obligeasse à divorcer? Loin de moi la pensée de délier un nœud sacré fait par la majesté de Dieu! Pour ma couronne, je ne voudrais pas disjoindre leurs mains réunies par le saint sacrement du mariage ! Réponds, Lacv, consentirais-tu à perdre Rose?
Lac Y.
Non, pour toutes les richesses de l'Inde, mon suzerain!
Le Roi.
Rose, j'en suis sûr, consentirait à s'éloigner de son Lacy?
Rose.
Si Rose avait à répondre à une telle question, ce serait non!
Le Roi.
Vous les entendez, Lincoln?
Lincoln.
Oui, mon suzerain.
Le Roi.
Et tu aurais le cœur de les séparer?
Sir Roger.
Je suis son père.
Le Roi.
Sir Roger Oateley, notre dernier maire, je pense ?
Un Noble.
Lui-même, mon suzerain.
Le Roi.
Voudriez-vous offenser la loi de l'anaour? Vous insistez! Vous vous adressez à moi pour interdire un mariage? Laissez-moi réfléchir. Vjjus êtes bien mariés, n'est-ce pas, Lacy?
Lacy. Oui, mon révéré suzerain.
Le Roi.
En ce cas, sur ta vie, je te défends d'appeler «ette femme ton épouse.
Sir Roger.
Je remercie Votre Grâce !
Rose, s' agenouillant.
0 mon gracieux, maître !
Le Roi.
Ne me suppliez pas. Sincèrement, bien que je sois encore célibataire, je ne vous épouserai pas. Rose.
Pouvez-vous séparer l'âme du corps et laisser le corps en vie?
Le Ror.
Je dois vous séparer. Jeune époui, cette jolie jeune fille ne peut pas être ta femme. Etes-vous content, Lincoln? Etes-vous content, Oateley?
Tous DEUX.
Oui, monseigneur.
Le Roi.
Voilà qui met le cœur à l'aise, car, croyez-moi, ma conscience ne sera pas tranquille jusqu'à ce que ceux que j'ai séparés ne soient réunis à nouveau. Lacy, donnemoi la main. La tienne, Rose. Soyez ce que vous voulez étr3. Embrassez-vous maintenant. Tout est bien. Et ce soir, mes amoureux, au lit. Maintenant je voudrais savoir quel est celui de vous qui a détruit cette harmonie. Sir Roger.
Alors vous m'enlevez ma fille de force?
Le Roi.
Dites-moi, Oateley, le nom de Lacy ne brille-t-il pas aux yeux du monde aussi clairement que le soleil sur les hommes?
Lincoln.
Si, mon gracieux maître. Aussi n'est-ce pas de lui qu'il s'agit, mais d'elle dont l'extraction est basse. Le Roi.
Pas un mot de plus, Lincoln. Ignores-tu que l'amour s'inquiète peu de l'origine du sang, de la différence des naissances ou des situations? La jeune fille est jeune, bien née, belle, vertueuse, digne 'enfin d'un gentleman. D'ailleurs, pour l'amour d'elle, il n'a pas hésité à s'incliner devant la nécessité, puisque, comme je l'ai entendu dire, oubliant les honneurs et les plaisirs de la Cour, afin de gagner son amour, il s'est fait cordonnier. Quant à son honneur qu'il a perdu en France, je le rachète. Lacy, à genoux. Relève-toi, sir Rowland Lacy. Dis-moi maintenant, sérieusement, Oateley, peux-tu n'être pas content de voir ta Rose mariée et grande dame? Sir Roger.
Je suis content de ce qu'a fait Votre Grâce.
Lincoln.
Et moi aussi, mon suzerain, puisqu'il le faut.
Le Roi.
Alors, qu'on se donne la main. Je veux que vous soyez amis. Devant l'amour, la discorde perd ses droits. Qu'en pense mon joyeux lord-maire?
Eyre.
0 mon suzerain ! L'honneur que vous avez fait aujourd'hui à mon ouvrier, Rowland Lacy, et toutes les faveurs