‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 195 sur 250 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Une rue dans une ville de province.

Entre WITGOOD.

WlTGOOD.

; C'est fini ! Tu demeures un gentilhomme, mais un genl.ilhomme pauvre, c'est-à-dire rien. Quel lait rapportent juaintenant tes prairies? Où sont tes riches coteaux et tes JDlaines? Tout a sombré dans la fosse de la luxure! Pourjuoi faut-il qu'un galant ne paie que deux shillings pour sa table d'hôte et quarante pour fréquenter les mauvais Jeux où il s'abrutit ! Mais où est Longacre ? Dans la jîonscience de mon oncl« qui voyage depuis trois années, Recommandant à cette conscience de ne plus retrouver le ihemin de la maison. Il a dû s'enliser dans le sable mourdiTit des subtilités légales, où il crève sur un amas de wœmimire. Et ces vieux oncles à cervelles de renard, à ronts de bœuf, trouvent encore le moyen de défendre eur avarice, de vanter leurs manières d'agir, et de provoquer ainsi nos folies!

Il a passé sa jeunesse Dans les mauvais lieux, à boire, à courir des dangers, Et il laisse son parent le plus proche Tricher devant un étranger.

Un oncle qui encourage l'usure! Je n'ose pas parcourir 3elte ville, de peur d'y rencontrer cette horrible peste : mes dettes, qui me coûtent l'amour d'une vierge, sa dot

et ses vertus! Comment va vivre à cette heure un homme privé de tout? N'existe-t-il pas sur cette terre un million d'individus se reposant sur leurs cervelles et de leur esprit faisant leur unique ressource? Je ne compte que pour un dans ce million et je n'utiliserais pas le mien? Tout moyen, fût-il même illégal, me serait à cette heure d'une grande utilité !

{Entre UNE COURTISANE).

La Courtisane.

Mon amour!

WlTGOOD.

L'objet de mon horreur! Toi le secret motif de ma ruine, tu voudrais maintenant troubler mon esprit, ma dernière ressource? Veux-tu donc me réduire à néant? Arrière, courtisane, araignée ramassée sur ses pattes, qui fanes les roses sur les joues de la jeunesse! La Courtisane.

Je satisfaisais loyalement vos caprices, et toutes vos richesses trois fois gaspillées n'égalaient pas le joyau que je vous ai offert : ma virginité. Vos terres hypothéquées peuvent vous revenir après avoir acquis de la valeur, tandis qu'une fois engagée, la vertu ne se rachète pas.

Pardonne-moi. J'ai tort de l'accuser et de t'adresser des reproches.

La Courtisane.

Maintenant que je vous fais horreur, adieu.

WlTGOOD.

Demeure, toi qui raisonnes si bien I

La Courtisane.

J'ai été le « secret motif de votre ruine » « Je troublerais votre esprit, votre dernière ressource ». Arrière !

WlTGOOD.

Je t'en supplie, ne me rends pas fou par ma propre

faute. Reste. M'aimes-tu ? La destinée m'a mis en si piteux

état que c'est à toi que je dois avoir recours.

La Courtisane.

A moi? En ce cas, rassure-toi. Je mets tout le pouvoir de ma beauté à ta disposition.

WlTGOOD.

Voilà qui s'appelle parler en honnête coquine ! Cela prouve que la ruse, d'abord hésitante, peut se perfectionner.

La Courtisane.

Allons, je te prêterai assistance. Pourquoi t'abandonnerais-je ? Quoique tu demandes, je serai là, en toute occa-

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