SCÈNE III
Une rue à Londres.
Entrent LUCRE et HOARD, se querellant. LAMPREY^
SPIGHCOCK, FREEDOM et MONEYLOVE cherchent
a les calmer.
Lamprey.
Voyons, maître Lucre, et vous maître Hoard, la colère est un vent qui vous trouble en même temps.
HOARD.
Un adversaire me défiera-t-il journellement, rouvrant la blessure de notre inimitié, blessure que trois étés n'ont pu cicatriser? blessure dans laquelle, à sa vue, je veux couler des gouttes de plomb fondu au lieu de baume. Lucre.
Hoard! Hoard! Hoard! Ne peux-tu pas être tranquille chez moi? Répondez à cette question, devant témoins, et dites-m'en la raison. Je confie ma cause à ces gentlemen^ des hommes honnêtes, d'esprit bien équilibré, ou j'en appelle aux impartialités de la loi pour décider de la matière. Ce butin est à moi, honnêtement. Cela peut arriver à tout le monde? Un homme sage doit-il agir comme un misérable parce qu'un autre homme lui a soufflé une affaire ? Non. Je dis non, dans le cas présent. Lamprey.
Et vous avez raison, master Lucre.
Hoard.
Est-ce le rôle d'un ami? Non! Plutôt celui d'un Juif,
Pesez bien mes paroles. Quand j'ai battu le buisson jusqu'au dernier oiseau, ou, si je peux m'exprimer ainsi, discuté le prix à une livre près, est-il honnête de venir, comme un usurier habile, le soir même de la conclusion du marché, glaner toutes mes espérances en une minute? D'entrer par une porte "de derrière pour rompre le susdit marché? Car tu n'as jamais pris le droit chemin. As-tu le cœur de me parler ainsi sans t'accuser toimême?
HOARD.
Quaad tu as ruiné ton propre neveu, mis ses terres sous séquestre, poussé jusqu'à la dernière extrémité''tes forfaitures familiales, sous prétexte que c'est un coureur, un dépensier, un habitué des mauvais lieux, que veux-tu qu'un étranger attende de toi, sauf des vulnera dilaceraîa, ou, comme dit le poète, des honteux procédés? Lucre.
Vas-tu longtemps me rabattre les oreilles avec mon neveu? Suis-je cause de tout ce qui est arrivé? Responsable de ses folies? S'il se livre à tous les excès, il en sent le besoin. S'il &e rassasie, il cède à ses goûts. S'il insiste, il obéit à son tempérament. En quoi cela est-il de ma faute ?
Ho.VRD.
En quoi! En rien, rien, rien ! Tel est le gouffre de tes appétits et le loup de ta conscience ! Mais demeure bien assuré, vieux Pécunius Lucre, que si jamais la fortune me favorise, si se présente t'oecasion de te vexer, j'en profiterai avec une haine si enflammée, un esprit si per- Ters, une fureur si vive, que je te ruinerai ! Ldcre.
Ah ! Ah ! Ah !
Lampret.
MastOT Hoard, vous êtes un homme raisonnable...
HOARD.
Je te ferai la guerre... !
Lucre.
Et moi donc !
HOABD.
Si impitoyablement...
Lucre.
Je te poursuivrai si monstrueusement...
Hoard.
Oses-tu braver ma colère ? Oh f que n'ai-je le pouvoir d'un usurier sur toi î
Lucre.
HOAUD.
Lucre.