ACTE ri, SCi^NE I
L'HOTELIER.
Du Leicesterhire.
Lucre, à part.
Mon neveu ! Par la messe, c'est bien mon neveu ! J'en tirerai parti! [Haut). Et ce gentilhomme, dis-tu, va l'épouser ?
L'HOTELIER.
Il l'a emmenée de la ville, avec le meilleur atout en main : son cœur. Ma maîtresse voudrait conclure ce mariage avant de repartir, n'étant pas, je le jure, de ces veuves qui succombent d'abord et se marient après. Elle a horreur de cela.
Lucre.
Sur ma foi, elle a mis la main sur un brave gentilhomme et bien à sa convenance. Je lui en ferai cadeau.
L'HOTELIER.
Votre Seigneurie le connaîtrait-il ?
Lucre.
Si je le connais ! Tout le monde ne le connaît-il pas ? Un homme aussi accompli ne se trouve pas au boisseau.
L'HOTELIER.
En ce cas, Votre' Seigneurie peut m'éviter la fatigue de me renseigner sur son compte ?
Lucre.
Te renseigner ? Suis mon conseil : ne va pas plus loin, ne te renseigne qu'auprès de moi, je puis te satisfaire. Il a été jeune, mais il s'est assagi ! Un mot. Votre maîtresse n'a-t-elle jamais été un peu légère dans sa vie? S'il y a des hommes qui ne se sont pas toujours montrés raisonnables, certaines femmes se conduisent parfois de façon un peu légère 1
L'HOTELIER.
Sans aucun doute, monsieur.
Lucre.
L'homme corrigé de sa folie n'en rentre que plus sage au logis.
L'HOTELIER.
La pure vérité.
Lucre.
Voilà ce que je puis vous dire de plus mauvais sur son compte. Jamais il n'exista de plus brave et plus généreux gentilhomme, que Witgood, le trois fois noble Witgood. L'Hôtelier.
Puisque Votre Seigneurie le connaît si bien, voulezvous condescendre à me raconter sa vie? Mon devoir consiste à prendre soin de la réputation de ma maîtresse, si bonne pour moi! Plus que je ne saurais le dire! Elle a déjà éconduit bien des soupirants, heureusement pour
elle! Si l'homme sur lequel elle a fixé son choix n'en était pas digne, elle pourrait encore reprendre sa parole. Il nous a affirmé posséder des terres et de quoi vivre. LrcRE.
Qui? Le jeune Witgood? Vous pouvez l'en croire. Il possède une jolie fortune à... Comment appelez-vous l'endroit ?
L'HOTELIER.
Je ne sais pas.
Comme une bête, j'ai oublié le nom! Il a de bons bois, de belles prairies... La peste soit de moi de ne pas me souvenir de l'endroit!... Quoi! 11 s'agit de Wilgood, de Witgood Hall et on ne le connaît pas davantage! L' Hôtelier.
Non, monsieur. Voyez comme on parle à la légère ! Le bruit court que tous ses biens sont hypothéqués au bénéfice d'un oncle habitant cette ville?
Lucre.
Un conte! Un conte!
L'IIOTRLIER.
Je peux vous assurer, monsieur, que tel est le rapport que l'on a fait à ma maîtresse.
Lu<.RE.
Vous imaginez-vous qu'il e;"t été assez naïf pour laisser un oncle prendre hypothèque sur ses biens? que son o; 'e c'H été assez inhumain pour en venir à une pareille extrémité ?
L'Hôtelier.
C'est ce que j'ai dit!
Lucre.
Jamais il n'y a pensé!
L'HOTELIER.
Les bruits sont pourtant courants.
Lucre.
Puisque vous insistez, sachez la vérité : je suis son oncle !
L'Hôtelier.
Vous! Qu'ai-je fait!
Lucre.
Voyons! Voyons! Un homme ne se trouve pas mal!
Votre Seigneurie est son oncle ?
Lucre.
Y voyez-vous un inconvénient?
L'HoTTLIER.
Je vous supplie, monsieur, de me promettre de ne point