SCÈNE II
, Une chambre dans la maison de Volpone. Entrent VOLPONE et MOSCA.
Volpone.
Je suis blessé !
MoscA.
Où, monsieur?
Volpone.
Pas extérieurement. Les blessures extérieures ne comptent pas. Je pourrai toujours les supporter. Dans sa colère, Cupidon sortant des yeux de cette femme, m'a pénétré comme d'une flamme. Je brûle au dedans de sa chaleur ; telle une fournaise que le vent ne saurait éteindre. Au plus profond de moi se livre le combat! Je suis un homme mort si tu ne viens pas à mon secours, Mosca. Mon foie se dissout, et sans l'espérance d'un air bienfaisant, de son haleine rafraîchissante, je ne serai bientôt plus qu'un amas de cendres!
MbscA.
Hélas, mon bon monsieur, mieux eût valu que vous ne la vissiez jamais.
Volpone.
Ou que tu ne m'en eusses jamais parlé !
MOSCA
En effet. J'avoue mon tort puisque vous voilà malheureux. Mais j'écoute ma conscience non moins que mon devoir et je ne négligerai rien pour me soulager de ce tourment.
VoLPONE.
Cher Mosca, puis-je espérer?
MoscA, Monsieur, vous m'êtes cher par-dessus tout, je ne souffrirai pas que vous désespériez tant qu'il y aura un remède.
VoLPONE.
J'entends parler mon ange le meilleur ! Mosca, prends mes clefs, mon or, mon orfèvrerie, mes joyaux, tout est à ta disposition. Fais-en l'emploi que tu voudras; tu peux même me monnayer. Mais couronne mon attente I
MOSGA.
Patientez.
Soit.
MoscA.
Je ne doute pas de satisfaire vos désirs.
VOLPOXE.
En ce cas je ne regretterai pas mon dernier déguisement.
MoscA.
Surtout si vous arrivez à cocufier Gorvino?
VoLPONE.
Surtout! Je n'ai jamais eu l'intention de le choisir comme héritier. La couleur de ma barbe et de mes sourcils ne m'ont pas fait reconnaître?
MoscA.
Pas du tout.
VoLPONE.
Je leur ai bien donné le change ?
MoscA.
Je voudrais pouvoir les tromper avec moitié autant de bonheur. {A pari). Et échapper à votre épilogue.
VoLPONE.
Ils ont cru que j'étais Scoto?
MoscA.
Scoto lui-même n'aurait que difficilement distingué la vérité. Mal» je n'ai pas le temps de vous flatter. Il faut partir. Attendez que je réussisse pour applaudir mes talentB.
{Ils sortent).