‹ Les Contemporains de ShakespeareChapitre 37 sur 250 · ACTE III, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI

Celia..

CofiVINO.

Celia.

C'était là où vous vouliez en venir?

CORVINO.

Je vous en ai dit les raisons. Je vous ai fait part de la décision des médecins, de ce qui pouvait en résulter pour moi, de mes engagements, de mes projets et de la nécessité de les mettre à exécution pour le rétablissement de mes affaires. Donc, si vous êtes loyale, si vous m'appartenez et respectez ma volonté...

Celia.

Avant votre honneur ?

CoRVINO.

L'honneur? Un mot! Il n'y a rien de tel dans la nature. Une expression inventée pour en imposer aux sots! Mon or perd-il de sa valeur parce qu'on le touche? Mes habits s'usent-ils parce qu'on les regarde ? Un vieux sorcier décrépit qui n'a ni muscles, ni nerfs, qui prend sa nourriture avec les doigts des autres, qui ne sait qu'ouvrir la bouche quand on échaude ses gencives ! une voix, une ombre! Un tel homme peut-il vous offenser? Celia, à part.

Dieu! Quel esprit le hante!

CoRVINO.

Quant à votre réputation, c'est une plaisanterie. Comme si j'allais raconter cela, le crier sur la Piazza. Sauf Volpone qui ne peut plus parler, son compagnon dont je tiens la langue dans ma poche, et vous (si vous voulez le crier sur les toits, à votre aise!) je ne sais personne qui puisse être au courant de l'aventure.

Celia.

Alors le ciel et les saints ne comptent plus? Ils sont ou aveugles ou stupides?

CoaviNo.

Comment?

Celia.

Soyez jaloux comme eux et songez de quelle haine ils brûlent à la vue de nos péchés 1

CoRVINO.

Si je croyais que ce fût un péché, je n'userais pas de violence à votre égard. Ah! si je vous offrais à quelque jeune Français, à quelque Toscan, dont le sang s'est échauffé à la lecture de l'Arétin, à la vue de ses gravures, au courant de tous les détours du labyrinthe de la luxure.

expérimenté dans l'art de la débauche, je commettrais un péché. Mais ici, il s'agit de tout le contraire, d'une besogne pieuse, d'une simple charité envers un malade, d'une honnête politique pour assurer mon bien.

Gelia.

O ciel! Peux-tu supporter un pareil changement!

VoLPONE.

Tu es mon honneur, Mosca, mon orgueil, ma joie, mon chatouillenient et mon délice ! Amène-les-moi. Veuillez vous approcher, monsieur.

CORVINO.

Allons. Suivez-moi. Quoi? vous n'allez pas faire de la rébellion? Par 1^ soleil qui nous éclaire!... Mosca.

Monsieur, signer Corvino vient vous rendre visite.

VoLPONE.

Ah!

MoscA.

Ayant appris le résultat de la consultation relative à votre santé, il vient pour vous offrir, ou plutôt, monsieur, vous prostituer...

CoRvrao.

Merci, mon bon Mosca.

MoscA.

Librement, sans contrainte...

Corvino.

Bien.

MoscA.

Cédant en eela à son amour pour vous, sa propre femme, la seule beauté qui ait son prix à Venise. Corvino.

Voilà qui est bien dit.

MoscA.

Afin qu'elle soit votre réconfort et vous sauve.

VoLPONE.

Hélas! je suis déjà un homme mort! Veuillez le remercier de la promptitude avec laquelle il m'offre ses soins, bien que ce soit vainement que l'on s'oppose aux arrêts du ciel. C'est vouloir réchauffer une pierre... {Toussant). Ah! ah! ah! ah! Chercher à faire repousser une feuille morte ! Je ne lui en suis pas moins reconnaissant de ses vœux, et vous pouvez lui dire ce que j'ai fait pour lui. Malheureusement mon état est désespéré. Qu'il prie pour moi et se serve de ma fortune avec circonspection quand elle lui échoira.

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