ACTE II, SCENE III
le mal que je vous souhaite. (Apay^t). Le coquin ressemble î une tête de cochon nouvellement flambée!
LODOWICK.
Où vas-tu, Barabas ?
Barabas.
Pas plus loin. Quand nous parlons à des Gentils comme fons, nous prenons volontiers l'air pour nous purifier.
LODOWICK.
Peux-tu me vendre un diamant ?
Barabas.
Votre père les a tous pris. 11 ne m'en reste plus qu'un : lia fille. Mais celui-là, avant qu'on s'en empare, je le sacrifierai sur un monceau de bois. (A part). Je garde mcore à son service le poison et la lèpre I
LODOWICK.
Quel éclat a-t-il sans la monture ?
Barabas.
Le diamant dont je parle n'a jamais été monté! Sei- ;neur Lodowick, il étincelle comme pas un!
LonowrcK.
Est-il carré ou pointu ? Pienseigne-mei là-dessus.
Barabas.
Poinlu, mon bon seigneur.
Lodowick.
La forme que je préfère.
Barâbâs.
Moi aussi.
Brille-t-il la nuit?
Barabas.
Comme les rayons de Cynthia !
Lodowick.
Son prix ?
Barabas, à part.
Ta vie! [Haut). Monseigneur, nous ne nous disputerons las à propos du prix. Venez chez moi, je le remettrai à 'otre Honneur. (A part). Et je me vengerai!
Lodowick.
Non, Barabas, je veux le mériter d'abord.
Barabas.
Mon bon seigneur, votre père l'a déjà mérité quand, édant à un esprit de charité et de vérité chrétiennes, déireux de me purifier aux sources de la religion, pie reommandant de veiller sur mes péchés mortels, il m'a ris mes biens, m'a chassé de chez moi, et a transformé aa maison en un couvent de chastes nonnes.
Lodowick.
LODOWICK.
Sans aucun doute ton âme en recueillera les fruits. Barabas.
Oui, mon seigneur, mais le jour de la récolle semble encore éloigné. Je sais pourtant à quel point les prières de ces nonnes et de ces saints frères, qui en retirent d'ailleurs un certain argent, sont merveilleuses... (^ pa;"/) sans rendre les gens meilleurs. {Haut). Il suffit de constater leur zèle pour se convaincre qu'ils en récolteront des fruits, j'entends qu'ils abonderont en perfections.
LODOWICK.
Cher Barabas, ne change pas la conversation en la mettant sur les nonnes.
Barabas.
Je le fais, emporté par la chaleur de mon zèle. {A part). Espérant, avant qu'il soit longtemps, mettre le feu à cette maison ; car, malgré sa prospérité, je n'ai pas dit mon dernier mot sur elle ! {Haut). En ce qui concerne le diamant, seigneur, venez à la maison; nous nous entendrons facilement sur le prix, quand ce ne serait que par égard pour votre honorable père. En attendant il faut que j'achète un esclave.
LODOWICK.
Je te tiendrai compagnie.
Barabas.
Voici la place du marchés Combien cet esclave ? Deux cents couronnes ? Les Turcs pèsent-ils si lourd? Premier Officier.
C'est le prix.
Barabas.
Il sait donc voler que vous en demandez si cher? Sans doute il possède un nouveau procédé pour dérober les bourses? Il vaudrait alors trois cents pièces d'argent. Si je l'achetais, pourrais-je obtenir de la ville l'engagement ■ qu'elle ne l'enverra jamais aux galères? La justice est sévère pour les voleurs, et très peu sont libres avant d'avoir purgé leur peine.
LODOWICK.
Tu n'estimes ce Maure que deux cents pièces d'argent ?
Premier Officier.
Pas davantage, monseigneur.
Barabas.
Pourquoi ce Turc est-il plu?jcher?
Premier Officier.
Il est jeune et renferme beaucoup de qualités.