ACTE ïî, SCENE III
Barabas.
A-t-il donc trouvé la pierre philosophale? Si oui, tu peux m'en briser la tête, je te pardonnerai. L'Esclave.
Non, seigneur, mais je sais couper les cheveux et raser.
Barabas.
Ne sej-ais-tu pas un vieux coiffeur ?
L'Esclave.
Hélas! Je suis trop jeune.
Barabas.
Jeune ? Alors je vais t'acheter, et si tu te montres habile je te marierai à dame Vanité !
L'Esclave.
Je vous servirai.
Barabas.
En m'apprenant quelque méchant tour. Et sous prétexte de me raser, si tu me coupais la gorge pour me voler?... Te portes-tu bien ?
L'Esclave.
Tout à fait bien.
Barabas.
Tant pis! Je voudrais un esclave malade pour économiser sur la nourriture. Avec toi une pièce de bœuf par jour n'y suffirait pas. Montrez-moi un gaillard plus maigre. Premier Officier.
En voici un. Comment le trouvez-vous?
Barabas.
Où es-tu né ?
Ithamore.
En Thrace, d'où l'on m'a transporté en Arabie.
Tu fais mon affaire. Cent livres? Je le prends. Voici l'argent.
Premier Officier.
En ce cas, marquez-le et emportez-le.
Barabas.
Adieu. Viens, coquin, tu m'appartiens. (A Lodowick). Quant au diamant, vous l'aurez. Je vous en prie, seigneur, venez chez moi et je mettrai tout à votre disposition.
[Entrent MATHIAS el KATHERINE).
Mathias, à part.
Que peuvent combiner le Juif et Lodowick? J'ai bien peur que la belle Abigaïl soit en cause. Barabas.
Voici venir Don Mathias, séparons-nous.
{Sort Lodowick),
Il aime ma fille qui a du penchant pour lui, mais j'ai juré de tromper leurs espérances et de me venger du gouverneur.
Katherine.
Ce Maure est plus avenant, n'est-ce pas? Réponds, enfant.
M.VTHIAS.
Je préfère celui-ci, ma mère; regardez bien.
Barabas.
Affecteriez-vous de ne pas me reconnaître devant votre mère de peur qu'elle ne soupçonne le mariage en question? Quand vous l'aurez quitiée, venez chez moi, considérez-moi comme un père. Adieu, mon fils. Mathias.
Qu'est-ce que Lodowick pouvait bien vous dire?
Nous parlions de diamants et non d'Abigaïl.
Katherine.
Dis-moi, Mathias, n'est-ce pas cela le Juif?
Barabas.
Quant au commentaire sur les Macchabées, je le tiens à votre disposition.
Mathias.
Oui, madame. Je causais avec lui à propos de l'emprunt que je lui voudrais faire d'un livre ou deux. Katherine.
Ne lui parle pas, il est maudit du ciel. Tu as tes couronnes ? Partons.
Mathias.
Surtout, Juif, souviens-toi du livre!
{Sortent Mathias et sa mère).
Un Officier * Allons j'ai fait d'assez bonnes affaires.
{Sortent les Officiers et les Esclaves). Barabas.
Maintenant, dis-moi to« nom, ta naissance, ta condition , et ta profession.
Ithamore. I
A parler franc, seigneur, ma naissance est médiocre; je m'appelle Ithamore ; quant à ma profession, elle sera ce que vous voudrez.
Barabas, Tu n'as donc pas de métier? Alors écoute-moi bien, et tu sauras ce que j'attends de toi. D'abord il faut renoncer à la compassion, à l'amour, aux vaines espérances, à la. crainte ; ne t'émouvoir de rien, n'éprouver aucune pitié et te contenter de sourire quand les Chrétiens gémiront.