AVANT-PROPOS
On a beaucoup reproché au public français de ne point s'intéresser à ce qui se passait hors de France. Et peut-être ce reproche a-t-ilélé longtemps fondé.
Aujourd'hui, il ne se justifie plus guère. Les Français duxx" siècle ont pris l'habitude et le goût des voyages. Mieux instruits que leurs aînés de ce qui se passe dans le vaste monde et plus familiarisés avec les idiomes qui s'y parlent, ils s'intéressent'naturellement davantage à la pensée étrangère et à la littérature qui est l'expression de cette pensée. Les auteurs non français vraiment dignes d'une notoriété européenne sont assurés, à l'heure qu'il'est, d'être traduits tôt ou tard dans notre langue. On peut même soutenir que nos traducteurs, par crainte qu'on les puisse accuser de nous laisser ignorer des chefs-d'œuvre, nous rendent accessibles bien des œuvres qui supportent mal d'être traduites.
l AVANT-PROPOS
Il m'a paru qu'une série de volumes consacrés aux auleurs étrangers les plus célèbres de ce temps et à des œuvres marquantes parues hors de France, mais dignes d'intéresser le public français, pouvait avoir son charme et son utihté. La première série que je publie aujourd'hui contient dix études, généralement écrites au gré de X actualité, sur des auteurs très difîérents par la nationahté, le talent et les idées. L'immense variété de la matière constitue peut-être le principal attrait de ces études de littérature comparée. On va mollement du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, d'une forme d'art à une autre, d'un pôle de la pensée humaine au pôle opposé.
Quelle diversité selon les races et les climats ! Si, de Paris à Rome, le plus sot animal est l'homme quelle fécondité, du moins, quelle richesse dans sa sottise ! M. Bourget rapporte dans ses Essais de psychologie contemporaine que Stendhal avait pris pour devise ce vers d'un opéra-bouffe ita- Jien, aujourd'hui parfaitement oublié :
Vengo adesso di Cosmopoli.
Comme Stendhal, je trouve à ce vers médiocre, pour tout ce qu'il révoque, une saveur exquise. Et je l'inscris au seuil de ce volume, de cette série :
Vengo adesso di Cosmopoli...
AVANT-PROPOS d
Il est de mode aujourd'hui parmi les sociologues de médire fortement de Cosmopoli. Et ces attaques sont jusqu'à un certain point fondées. Le « cosmopolitisme politique », si Ton me passe cette expression mal euphonique, est une chimère dangereuse. Je suis le premier à la répudier. Quant au cosmopolitisme littéraire, ce n'est qu'une élégance de l'esprit, nécessaire, d'ailleurs, par le temps qui court. A ce titre, je prétends qu'on le tolère, mieux encore, qu'on l'encourage. Il procure à ceux qui le pratiquent des plaisirs intellectuels raffinés, multipliés à l'infini. Les honnêtes gens d'aujourd'hui ne s'en doivent plus priver.