‹ Les contemporainsChapitre 13 sur 41 · Y1E.NN1.T · texte numérisé non relu

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Il y en a bien cinq cents, peut-être mille : ânes île tontes les conditions et de tontes les couleurs, maigres ou dodus, jeunes ou vieux, gris, noirs, argentés, blancs, roux, bâtés et chargés du panier double, en costume de cérémonie enfin, pour mieux fêter Jean-Pons-Guillaumo.

Le chantre des mules de don Miguel se décide à faire tète à l'orage. Il se montre au balcon, l'enthousiasme redouble.

Hi h an ! — Hi han ! — Hi h an!

C'est à ne plus entendre Dieu tonner.

Notre devoir d'historien nous enjoint d'apprendre au lecteur que celte atroce plaisanterie avait été conçue et menée à bonne fin par Etienne Arago.

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Vous pensez quel retentissement la chose eut à Paris !

Grands et petits journaux se gaussèrent toute une semaine du malheureux Jean- Pons. On raconta l'aventure avec le plus grand soin; les rédacteurs n'omirent aucun détail, et la France entière éclata de rire comme les bourgeois d' Esta gel.

Rappelant lui-même ce bizarre incident de sa vie, notre héros l'accompagne de cette réflexion philosophique :

« J'aurais fait ma fortune en trois mois, si je m'étais montré derrière un rideau, à côté de la femme géante. »

Il ne se reconnut pas tué par ce comble de ridicule.

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Tout le pays riait encore aux larmes, qu'il manifesta de nouvelles prétentions politiques et littéraires. Il portait haut le front, se donnait une contenance audacieuse, bravait ses détracteurs de la parole et du regard, d( mandait à haute voix la pairie comme récompense de son dévouement au Système, publiait le Château Saint-Ange et la Tour de Mont- Ihérij, deux romans plus que médiocres, et faisait jouer sa comédie des Serments.

— Croiriez-vous, disait-il à Berrycr, que je reçois tous les malins plus de quinze lettres, où Ton me promet la guillotine dans le style des chiffonniers?

— Parbleu ! vous leur avez écrit : il

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est tout simple qu'ils vous répondent! riposta l'honorable légitimiste.

Nous allons dire une chose qui semblera prodigieuse ; mais, au sein même de l'Académie, Jean -Pons -Guillaume trouva moyen d'être ridicule. Il se plaça résolument à la tête de trois immortels qui demandaient à cor et à cris, presque à chaque séance, une importante et judicieuse réforme dans le dictionnaire.

Ces messieurs voulaient que l'I et le J fussent mêlés ensemble, et que ceux qui chercheraient la lettre U trouvassent en même temps la lettre V.

Qu'en dites-vous?

Ils s'intitulaient eux-mêmes le parti de la résistance abécédaire.

Etienne et Baour-Lormian composaient avec Pons-Guillanmc ce trio curieux, stupide avec orgueil et classique eu diable.

Encore aujourd'hui l'auteur de la Philippide n'oublie pas la fine et spirituelle repartie de Déranger.

Depuis trente ans, sa rancune persiste et zc montre toujours plus vivace. Quand il parle du bonhomme et de ses œuvres ^ il ne trouve ni assez de paroles méprisantes ni assez d'injures.

— Vous n'aurez pas ma voix, dit-il à Tissot quand ce dernier voulut être académicien.

— Allons donc! c'est une plaisanterie!

— Non vraiment, je volerai contre vou?, et des deux mains, corbîeu !

— Mais pourquoi cela, mon cher?

— Parce que vous avez forfait au bon goût, aux saines doctrines; parce que vous avez follement exalté un petit faiseur de chansons, dout le recueil, avant dix ans, sera sur tous les quais de Paris.

El le journalisme, là-dessus, de pousser de nouveaux éclats de rire, qui se communiquaient aux échos de la presse de province. Celle-ci ne manquait pas de répéter tous les axiomes de ce genre, tombés des lèvres immortelles de Jean-Pons- Guillaume.

Sa burlesque célébrité croissait; croissait encore.

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On le retournait dans tous les sens/ ou l'examinait à la loupe, on l'attaquait avec tous les acides.

Un jour, on révéla ses prétentions généalogiques.

Véritablement elles sont curieuses.

Notre héros se vante de descendre des anciens monarques du Béarn, ou d'un général de Didier, roi des Lombards, dont Muratori a parlé.

Peste ! Il nous semble voir d'ici le général Viennet, commandant au neuvième siècle les brigades italiennes contre les barbares Francs, aux longs cheveux graissés d'huile !

Jean-Pons regrette beaucoup de n'avoir pas le portrait de cet illustre ancêtre.

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On racontait bien d'antres anecdotes.

Aujourd'hui leur authenticité ne fait plus doute. Une des meilleures est celle-

Le libraire de notre homme le prévient qu'un de ses manuscrits est à l'impression.

— Demain ou après, lui dit -3, je vous enverrai les épreuves à corriger.

— Inutile, mon cher, répond Viennet avec la plus adorable candeur : je coule en bronze!

Va autre jour, voulant donner une haute idée de son importance politique et des égards qu'on lui témoignait à la pour citoyenne, il se met à dire, au foyer de

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