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veaux fragments philosophiques sur les sectes anciennes.
Au sujet de ce dernier livre, le Drapeau blanc, feuille plus royaliste que le roi, prodigue à Victor les félicitations, i 11 vient de prouver, dit Martainville, rédacteur en chef de cette feuille, combien il est loin de vouloir soutenir les principes révolutionnaires. »
— Attendez, monsieur Martainville, attendez un peu! Vous comptez sans l'éclectisme.
Le ministre Villèle tombe, et Martignac rend à M. Cousin sa chaire en Sorbonne.
Aussitôt l'illustre professeur, dont les doctrines semblaient si pacifiques, se retourne comme Janus, fait voir un autre
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visage et devient un foudre de guerre.
Chaque pensée, chaque mot de son cours, est une allusion politique.
La multitude se porte à la Sorbonne; on applaudit à outrance.
Aussi imprudent que les compagnons d'Ulysse, Martignac a lâché les vents contenus dans l'outre d'Eole: il est victime de la tempête, et la chaire de notre vaillant professeur se change en une formidable catapulte, dont l'opposition fait usage pour battre en brèche le ministère Polignac.
Celui-ci résiste et soutient le siège.
Arrivent les ordonnances, suprême vatout d'un parti désespéré, pièce de monnaie que la dévote congrégation jetait en l'air en murmurant :
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i — Croix ! »
Mais la Révolution mit brutalement le pied dessus et cria :
« — Pile ! »
Hélas ! le mot fut presque aussitôt suivi de l'action! Daignez excuser le calembour en faveur de l'image.
Le 27, M. Cousin se rend au Globe, dont il est rédacteur.
Il veut empêcher Pierre Leroux défaire paraître le journal et de s'associer à la protestation de la presse.
— Vous compromettez vos amis, lui dit-il. C'est trop vite, beaucoup trop vite! La Restauration est encore nécessaire.
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Quant à moi, je déclare que le drapeau blanc reste mon drapeau !
Le 28, il matelasse ses fenêtres, barricade ses portes, et se prend à suer la peur, tandis qu'on se fusille en bas.
Un grand nombre de citoyens viennent, le 29, prier Népomucènc Lemercier de prendre possession de la mairie du onzième arrondissement. L'auteur de Frédégonde accepte.
Gomme il se rendait à la mairie, alors située rue Garancière, il passe devant la porte du grand Victor, qu'il a connu ù la société Aide-loi, le ciel t'aidera.
Népomucène monte, se fait ouvrir, et trouve cet illustre patriote accroupi der-
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rière ses rideaux , pale et frissonnant d'épouvante.
Cousin refuse de le suivre. Il faul l'entraîner d'autorité jusqu'à la mairie.
La, notre philosophe commence à s'apercevoir que la révolution qu'il déclarait impossible est faite.
En avant l'éclectisme! passons à un nouveau changement de visage.
Il n'a plus un mot de regret pour le drapeau légitime. On l'entend parler de patrie, d'abnégation, de courage civique cl de dévouement à la cause de la liberté.
Quelqu'un exprime le désir d'aller solliciter une place, où il pourra mieux servir cette cause.
cousin . m
— Ali ! citoyen, dit Victor, comment osez-vous montrer de semblables convoitises dans nn jour si pur! Nous avons combattu pour la patrie, et non dans les intérêts mesquins d'une ambition personnelle.
Nobles et dignes paroles, assurément !
Dix huit mois après, l'homme qui venait de s'élever avec une énergie si louable contre les quêteurs de place en avait une douzaine à lui tout seul.
Il est vrai que l'éclectisme continuait triomphalement sa route.
L'ordre de choses de Juillet ne crut pas devoir payer par trop de faveurs cet admirable système. 11 semblait fait de commande, tant il cadrait avec le caractère
de Louis-Philippe et la pensée du règne.
Effectivement, le monarque du parapluie bleu voulait une philosophie qui ne fût ni républicaine, ni catholique, ni légitimiste, ni protestante, ni même libérale.
Or l'éclectisme satisfaisait à toutes ces conditions.
Victor était le docteur précieux, créé tout exprès pour Ja circonstance. On accepta sa doctrine eaméléonienne. Chacun se mit à suivre cette philosophie vague et commode qui prétend i marcher dans la ligne droite et la juste mesure à travers tous les systèmes, » et qui n'est en réalité qu'un cours impudent de variations, d'incertitudes et de mensonges.
Cousin disait un jour :
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— Mais je ne repousse pas le saintsimonisme. Il a du bon. Notre devoir est de puiser un peu partout.
Le même jour il s'écriait :
— Soyons chrétiens comme tout le monde ! Le christianisme est fort malade sans doute, mais il en a bien encore pour deux cents ans dans le ventre. (Textuel.) Comme il vivra plus longtemps que nous, il ne faut pas lui rompre en visière *. i
Et cette philosophie de saltimbanque a pu être prise au sérieux !
Cousin se prosterne devant la croix, tout en la regardant comme un signe de
1 Ceci explique pourquoi M. Cousin, ministre, (il toojours la révérence au clergé. 11 ne voulait pas que le clergé lui donnât i!c la férule.
superstition. Relevez demain la statue de Jupiter, il se hâtera de lui offrir une hécatombe.
Nous sommes de Ta vis de M. Peyrat, bibliographe de la Presse.
En tirant ainsi des révérences de tous les côtés, on se réduit au rôle de maître Jacques, et maître Jacques n'était ni un bon cocher ni un bon cuisinier.
Le gouvernement de la bascule récompensa de la façon la plus large le théoricien cher à son cœur.
Victor devint successivement conseiller d'État, conseiller de l'Université, officier de la Légion d'honneur, membre de l'Académie des sciences morales et politiques,
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directeur de l'École normale avec logement et traitement, membre de l'Académie française, pair de France, — et Barthélémy s'écria dans la Némésis :
Une seule pensée obsède notre vie!
Que nous font aujourd'hui Lisbonne et Varsovie, Et la peste lointaine, et le Belge voisin? De ses rêves de gloire oubliant la chimère, La France des Trois Jours, connue une jeune raçre, A soif du bonheur de Cousin.
Aussi le Moniteur, son fidèle interprète, A toujours pour son fils une colonne prête, Répertoire de croix et de bons du Trésor; Tour nous consoler tous de la publique gêne. Il construit le tonneau du pâle Diogènc Et le garnit de cercles d'or.
Tans notre siècle athée, heureux qui se confie Au modeste repos de la philosophie!
Heureux qui lit Platon mieux qu'un Grec de Péra, Danse aux joyeux salons où le monde l'invite, Professe un cours public que le public évite Et se macère à 1 Opéra!
Ah! que tes devanciers de Rome et de l'Atlique Avaient bien mal compris la pensée éclectique, Grand Victor! Ils jeûnaient de misère à leur cours; Sur les fonds de L'État ils n'avaient point de rentes; Des disciples suivaient leurs doctrines errantes Et payaient bien mal leurs discours.
Voilà les vrais progrès i!e la psyclmîog.e! Oli! que tu nages bien dans ta sphère élargie! Déjà ton œil rusé lorgne un septième emploi. Poursuis, rhéteur doré; dans nos jours de souffrance, 11 faudrait seulement pour affamer la France Dix philosophes comme toi.
Nommé directeur de l'École normale, M. Cousin publie un pompeux rapport sur une mission que le gouvernement lui a donnée pour aller en Saxe, en Prusse et en Autriche recueillir des documents relatifs à l'organisation de l'instruction pu-
blique.
Plus tard, i! fait deux autres voyages eu Suisse, eullo'laude, et continue, aux frais du Trésor, ses études sur la question.
Le cumul des emplois rend son influence énorme.
Il chante victoire; l'éclectisme triomphe sur toute la ligne de la grande armée universitaire.
Malheur aux jeunes aspirants à l'agrégation qui osent professer les doctrines interdites! ils sont sûrs de se voir repoussés aux examens. Le grand Victor est là, sévère, l'œil en éveil, et présidant un jury complètement éclectique.
Si le sujet montre une science trop grande pour qu'on puisse, sans crainte de scandale, lui refuser le diplôme, on l'en-
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voie professer dans quelque trou lointain,
où ses paroles sont étouffées et perdues.
Et, s'il parle haut, s'il n'assourdit pas
son timbre de voix, on le destitue sans miséricorde.
Ce fut ainsi que notre habile philosophe organisa l'absolutisme de la pensée; ce fut ainsi qu'il parvint à composer un étalmajor tVéeuyers féaux et portant bannière.
Il eut même très-facilement à sa suite une armée de goujats et de ribauds.
Les âmes faibles, — c'est le plus grand nombre, — plient el s'asservissent, qui pour ne pas entraver à tout jamais sa carrière, qui pour ne pas perdre le pain de sa famille.
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Or le Mahomet de L'éclectisme veut quelque chose de plus que cet universel silence.
Il est très-important que son libraire Didier fasse fortune, afin qu'il arrive à lui payer de magnifiques droits d'auteur.
En conséquence, chaque fois qu'une œuvre nouvelle de M. Cousin se publie, une question de plus Rajoute au programme de la philosophie orthodoxe. II faut donc acheter les livres, si l'on vont répondre à la pensée du maître, et toute l'Université les achète, professeurs comme élèves.
On sait que l'avancement est à ce prix.
Les éclectiques zélés ob'iennent les pal-
mes de l'Institut; les plus servilcs deviennent académiciens, et le bataillon, comme dit le colonel Victor, grossit, grossit toujours!
Mais quels tristes soldats !
Auprès d'eux les dragons du pape sont des prodiges d'héroïsme. La valeur qui se fourvoie dans cette piteuse phalange n'y reste pas longtemps. Alors le chef redouble d'habileté. Pour combler le vide Opéré par les désertions, il se fait racoleur; il grise les uns avec des caresses, verse aux autres le vin frelaté de la louange, et, quand les pauvres diables se réveillent, ils s'aperçoivent qu'ils ont signé leur enrôlement dans la horde éclectique.
Us sont fusiliers, fifres ou tambours, et
ne peuvent plus se soustraire au pacte maudit.
Grâce à ce joli système, Victor, a dif ferentes époques, a pu s'entourer d'esprits véritablement philosophiques, et capables de servir de contre-forts a l'édifice chancelant qui aurait croulé sans leur secours.
On a beaucoup parlé du zèle de M. Cousin pour ses amis.
Un mot là-dessus.
Les amis de M. Cousin sont en même temps ses humbles serviteurs, ses agents Çdèles, ses âmes damnées. Par eux et par leurs services, il domine, il gagne de l'argent; donc, il est tout simple qu'il entretienne leur affection.
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Son zèle s'explique le mieux du monde : c'est de l'égoïsme bien entendu.
M. Cousin se connaît lui-même aussi parfaitement qu'il connaît les autres. I! ne se dissimule pas la vanité de son système, et se tire d'affaire avec de l'adresse.
Par les mêmes raisons d'égoïsme et d'impuissance, il a grand soin de persécuter les esprits libres et cherebeurs. Il a fallu que des ministres eux-mêmes intervinssent pour défendre contre les odieuses manœuvres de ce philosophe eunuque Michelet, Quinet, Arnault et Gratien.
Salvandy est un de ces ministres.
L'intolérance de notre homme pour les
irfûes contraires aux siennes va jusqu'à l'aversion pour les individus.
Un jour qu'il se promenait en compagnie de M. Vacherot1 sous une avenue du Jardin des Plantes, Pierre Leroux vient à passer près d'eux.
M. Vacherot quitte le bras de Victor et va presser la main du philosophe socialiste. Cela fait, il rejoint le pair de France et continue le dialogue entamé.
— Quoi! s'écrie Cousin, vous êtes l'ami de ce gaillard -là!
— M. Leroux?... mais c'est un des hommes que j'estime et que j'admire le plus.
1 Le même qui fut avec Dubois directeur de l'École normale.
— Allons donc! un écrivain obscur, le philosophe des ténèbres!
— 11 n'a pas la clarté de Voltaire, j'en conviens; mais c'est un novateur, un chercheur d'idées. Voire éclectisme peut emprunter quelque chose à son génie.
— Jamais ! . . . par exemple !
— En ce cas, dit Vacherot, vous êtes en contradiction avec votre principe même.
— Hélas! murmura Victor au milieu d'un profond soupir, j'avais compté sur Joufiroy et sur vous : comme Jouffroy, je vois bien que vous m'êtes hostile!
Puisque nous venons de prononcer le nom de Joufiroy, il est essentiel de rappe-
1er ici que la famille de ce philosophe,
mort eu 1842, chargea M. Cousin d'éditer ses œuvres posthumes*.
Un grand scandale se produisit alors.
Jouffroy n'était plus éclectique ; il avait même cessé d'être chrétien. Dans ses écrits il dirigeait des attaques violentes contre l'éclectisme et contre la foi.
Pour tout ce qui avait trait à la doctrine religieuse, Victor ne s'en inquiéta guère ; mais il biffa sans pitié tout ce qui
1 Elles s'imprimèrent eu 1844 Précédemment le père de l'éclectisme avait fait paraître les Ouvrages inédits d'Abêlard (1836^; un traité sur la Métaphysique d'Aristote 1837', et de nouveaux Fragments philosophiques (philosophie scolastiquc). Ce dernier livre se publia en 1859.
pouvait être blessant pour lui-même et pour son école.
Un exemple enlre mille.
Jouffroy avait écrit : « Le manque de précautions et Inexpérience de M. Cou sin... »
Quelle phrase irrévérencieuse !
— Arrangeons un peu cela, se dit le fidèle éditeur.
Et, sans trouble, sans hésitation, sans remords, il fait subir au texte le léger changement ci-dessous :
« Les excessives précautions et I'expérience de M. Cousin... »
Voilà de l'habileté, sans contredit... et de la conscience !
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Pierre Leroux, dans un opuscule qui a pour titre : De la mutilation d'un écrit posthume de Théodore Jotiffroy, signale une infinité d'altérations aussi incroyables, mais d'une portée beaucoup plus grande pour lui, car elles intéressent la doctrine.
Une fois sur le chapitre des défauts du grand Victor, nous n'allons plus on finir.
Harpagon, de retour en ce monde, ne se montrerait pas plus économe que notre philosophe et ne jouerait pas à ses amis des tours plus indignes, quand l'heure est venue de fouiller à l'escarcelle.
Barni, le traducteur de Kanf, en sait quelque chose.
Un malin, Victor le rencontre au Palais- Royal, lui frappe sur l'épaule, el lui demande s'il a déjeuné. Barni l'avait eu pour maître de conférences. Il répond négativement, après avoir ôté son feulr avec beaucoup de respect.
— Ni moi non plus, fit Cousin. Déjeunons ensemble !
On entre chez Douix.
Barni, qui se croit invité, laisse Victor commander un déjeuner confortable. On y fait honneur, et les plats se succèdent.
Mais tout à coup notre philo ophe se frappe le front.
Une affaire on ne peut plus urgente l'appelle à la Sorbonne. Il se lève, prend
sa canne et son chapeau, quitte le salon de Douix et court encore.
Darni paya la carte.
Depuis ce jour, il se promet bien de ne plus accepter les invitations du père de l'éclectisme.
Quand M. Cousin reçut, avec la confiance de Sa Majesté citoyenne, le portefeuille de l'instruction publique, il arriva rue de Grenelle en fiacre.
— Tiens ! mais alors nous le verrons partir en coucou ! murmurèrent les gobemouches des antichambres.
Ils oubliaient l'histoire de la belette et du grenier.
M. Cousin prit au ministère un embon-
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point colossal. Toutefois, plus heureux que Thôlesse gourmande de la Fontaine, on ne lui dit pas :
Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir!
Quatre énormes voitures de déménagement ne suffirent point à enlever ses bagages.
Son économie resta la même au sein des grandeurs. Tous les matins il se faisait cuire une simple côtelette par un garçon de bureau, nommé Rochaf, Suisse d'origine.
Il payait ce cuisinier d'occasion sur les fonds destinés aux lettres.
Pour ses secrétaires, il ne leur donne jamais plus de soixante-dix francs par
mois, deux francs soixante-cinq centimes par jour.
En revanche, il se montre fort exigeant, et les force à travailler douze heures consécutives.
Parfois les veilles de ces tristes esclaves se prolongent très-avant dans la nuit.
Lorsqu'ils n'écrivent pas sous la dictée du philosophe, ils transcrivent ses brouillons et les mettent au net.
S'ils viennent , le matin , un quart d'heure trop tard, ce quart d'heure est religieusement déduit à la fin du mois.
M. Cousin leur accorde trente-cinq minutes pour aller dîner.
Ils déjeunent en travaillant.
bO COUSIN
ordonne à ses acolytes de surveiller l'audacieux .
Apprenant qu'il vient d'être attaché, comme professeur de grec , aux enfants d'un prince russe, il se rend lui-même chez le prince, lui affirme que l'homme dont il a fait choix est d'une incapacité notoire, présente a sa place un de ses ocuyers hannerets, et fait renvoyer le premier précepteur, malgré les efforts de l'historien de Cromwell, alors ministre, et dont le malheureux jeune homme avait sollicité l'appui.
Villemain et Cousin se détestent cordialement.
Ahel joua plus d'un tour pendable à Victor.
rouva que le nom de celui-ci lut jour de la liste des membres du l'Etat en service extraordinaire
1 donne sa démission; il déclare reutpas d'un titre vain.
' même on porte au Moniteur ce p de griffe en quelques lignes :
t précisément pour cela que in n'a pas été conservé dans les service extraordinaire délibérant, onçoit pas de titre plus vain que 3n a porté six ans sans en user ja-
à ses principes d'éclectisme, le :tor, au mois de février J 8 48, » d'apporter à messieurs les ré- G
bO COUSIN
ordonne à ses acolytes de surveille daeieux.
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11 se trouva que le nom de celui-ci fut eftacé un jour de la liste des membres du conseil d'État en service extraordinaire délibérant.
Cousin donne sa démission; il déclare qu'il ne veut pas d'un titre vain.
Le soir même on porte au Moniteur ce petit coup de griffe en quelques lignes :
« C'est précisément pour cela que M . Cousin n'a pas été conservé dans les rangs du service extraordinaire délibérant. Il ne se conçoit pas de titre plus vain que celui qu'on a porté six ans sans en user jamais. »
Fidèle à ses principes d'éclectisme, le grand Victor, au mois de février 1848, s'empresse d'apporter à messieurs les ré-
publicains de l'Hôtel de Ville son humble adhésion.
— Ces farceurs- là, dit-il, me ficheraient à la porte de mon logement de la Sorbonne. Grattons-leur un peu l'oreille!
Plus tard, il devient un des membres les plus actifs du comité de la rue de Poitiers.
Il s'efforce de moraliser le peuple en lui donnant sa philosophie populaire, et en y offrant, comme catéchisme des masses, la profession de foi du vicaire savoyard.
Déjà, sous Louis-Philippe, les évêques de France lui avaient lancé leurs mandements à la tête. Ce nouveau péché fut loin d'obtenir leur absolution .
Tour apaiser le courroux de l'Eglise, Viclor Cousin rompt aussitôt des lances contre les socialistes et les démagogues.
L'éclectisme se prête à tout.
Notre philosophe, d'ailleurs, n'avait probablement plus en mémoire certaine visite rendue à la Fayette vers la fin de la Restauration. Le héros des deux mondes habitait alors son château de Lagrange, et Cousin lui dit, en montrant, d'un air affligé, les antiques tourelles du manoir :
— Quel dommage, général, que tout cela vous appartienne !
— Pourquoi donc?
— Ah ! c'e^t que le moment approche où nous serons forcés de démolir les cbà-
teaux, sans en excepter le vôtre, et de partager les terres entre les enfants de la patrie, qui n'est qu'une seule et môme famille. On a beau dire, général, toute la Révolution est là !
Noble sauteur, où farrêteras-lu?
Le grand Victor se dédommage d'une jeunesse austère par une galanterie surannée.
Jamais il ne demande aux dames de propager sa doctrine, mais il désire qu'elles soient aimables.
Quand une jolie aspirante au brevet de capacité refuse de lui prodiguer ses doux sourires, elle éprouve le sort des rationalistes et n' obtient pas de diplôme.
On sait que, depuis tantôt vingt ans,
notre philosophe est attelé au char d'une muse charmante.
Tout récemment il s'est complu à la peindre sous les traits de madame de Longueville.
La sœur de Condé n'y a rien perdu.
Pour ressembler à madame Louise Colet, il faut être parfaite. Aussi que de puissance d'imaginative et quel talent de périphrase a déployés Cousin pour flatter la reine de la Fronde et l'absoudre de ce reproche si grave du cardinal de Retz :
a Elle avait trop d'embonpoint et le visage un peu gravé de la petite vérole. »
Il nous prouve que la duchesse de Longueville était la modestie, la piété, la
chasteté, la fidélité mêmes, et que la Rochefoucauld na jamais eu que le titre pur et sans tache d'ami de la maison.
Les amitiés saintes ne peuvent-elles se reproduire à deux siècles de distance?
Pauvres femmes, comme on les calomnie !
Alphonse Karr annonça le premier h liaison de notre philosophe et de la belle muse avec un manque de retenue et un oubli de toute pudeur qui lui ont valu co*te remontrance à coups de couteau dont chacun a gardé mémoire.
On prétend que l'entremise du philoso phe-académicien-ministre a pu seule obtenir à sa protégée tant de palmes glorieuses à l'Institut.
Ceci nous paraît une assertion gratuite et perfide.
Les vers de madame Colet sont assez admirables pour emporter le prix sans le secours de personne.
Faut-il parler de M. Cousin comme orateur politique? 11 est presque nul sous ce rapport. Jamais il n'a pris en sérieuse considération les misérables détails du gouvernementconstitutionnel. La Chambre des pairs l'entendit prononcer tout au plus quatre ou cinq discours, ayant pour but de défendre sa philosophie ou d'attaquer les jésuites.
Ce que nous ne lui refuserons pas, c'est d'être un infatigable travailleur.
De 1 840 à 1855, il a publié de nombreux volumes.
Voici les principaux :
Cours d'histoire de la philosophie moderne, professé pendant les années 181 G et 1817, sténographié par ses élèves, et revu par lui; — Leçons de philosophie sur Kant; — Des pensées de Pascal, œuvre où le mutilateur de Jouffroy signale à l'Académie une foule de mutila lions; — Introduction aux œuvres philosophiques du père André; — Fragments littéraires; — Jacqueline Pascal; — Fragments de philosophie cartésienne; — Fragments philosophiques, etc.
Tous ces fragments prouvent que
M. Cousin n'a pas l'ampleur nécessaire pour produire un traité complet de philosophie.
C'est tout simplement un critique et un arrangeur.
Ha, de plus, édité les Œuvres philosophiques de Maine de Biran, et traduit le Manuel de philosophie de Tennemann; ou plutôt il n'a fait que le revoir; M. Auguste figuier en est le véritable traducteur.
A défaut d'œuvres originales, Cousin édite celles d'autrui.
C'est toujours du travail, mais ce n'est plus de la puissance.
Néanmoins il a publié de son cru un livre qui a pour titre du Beau, du Vrai et du Bien, et une Défense des Principes de la Révolution française et du gouvernement représentatif, deux ouvrages fort médiocres.
On peut dire toutefois du dernier que c'est une dette et un souvenir, car le couvernement de Louis-Philippe était doux à l'éclectisme.
Il faut rendre cette justice à M. Cousin que ses Portraits des femmes illustres du dix-septième siècle sont écrits dans une grande manière et dans un grand style.
Avant de paraître en volumes chez Di-
(fier, ces curieuses éludes biographiques trouvèrent place dans la Ile vue des Deux- Mondes.
Pour contenter à la fois Buloz et Didier, car l'un et l'autre de ces messieurs n'acceptent que de la prose inédite, voici le moyen dont s'ingénie le grand Victor.
On ne gagne jamais trop d'argent.
Du même sac on doit, quand on le peut, tirer deux moutures.
11 fait d'abord une esquisse de trois ou quatre feuilles, qu'il vend à la Revue. Puis, à sept ou huit mois de là (Buloz exige impérieusement ce délai), l'auteur reprend son esquisse, l'amplifie et la porte au libraire.
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Tout le monde est satisfait.
Ce bon monsieur public seul n'y voit que du feu.
Sur le point de terminer l'histoire de Cousin , n'oublions pas qu'un de ses plus grands travers est de s'être cru dans tous les temps et de se croire encore aujourd'hui le plus bel homme de son siècle.
Jadis Victor se rendait à l'École normale en tilbury, ganté comme un fashionable et le lorgnon dans l'œil.
On eût cru voir Alcibiade, et non Platon.
Les disciples se moquaient du maître.
Presque tous les jours ils faisaient en sorte
cousin m
d'amener ce philosophe, aussi fat que pédant, sur le chapitre des illustra lions contemporaines.
M. Eugène Despois, dans le feuilleton de l'Indépendance belge du 20 mai dernier, raconte l'anecdote suivante.
— Il est nécessaire, disaient les élèves, d'étudier l'œuvre de nos écrivains modernes, afin de l'apprécier convenablement. Nous devons lire Victor Hugo aussi bien que Racine.
Et Cousin de répondre sur un ton d'oracle :
— Mes amis, laissons cela au profane vulgaire ! Mais nous. . . atnos viri ingénia, kaloi kai agathoi , est-il besoin, quand
nous avons devant les yeux l'Apollon du Belvédère (ici le professeur levait ses grands bras à gauche vers la statue absente), est-il besoin de nous détourner (ici le philosophe portait brusquement les mains et les yeux à droite vers son talon) pour regarder un chiffonnier qui passe?
Ah ! monsieur Cousin, cette appréciation du plus grand de nos poêles vous condamne sans retour.
Votre gloire est loin d'atteindre à celle que vous traînez dans le ruisseau. Le diamant n'est pas souiilé, la fange vous reste.
Quand la postérité vous apercevra sous votre costume philosophique, aussi bigarre que celui d'Arlequin, elle portera de vous
un jugement capable de réhabiliter ceux
que vous avez voulu flétrir, et, modifiant pour votre usage l'épitaplie célèbre de l'auteur de la Métromanie, elle écrira bur votre tombe :
Ci-gît Victor, qui ne fut rien, Si philosophe ni ebrélien.