‹ Les contemporainsChapitre 40 sur 41 · BEN RI BEI NE K · texte numérisé non relu

BEN RI BEI NE K

Et le mot, répété à Henri Heiue, le faisait .'claler de rire sur sa couche douloureuse. Un jour, Béranger vint le voir.

Madame A*** se trouvait au chevet du

malade. Ravie de Taire la connaissance du grand chansonnier, elle ne lui ménageait pas ses plus coquettes œillades.

— En vérité, monsieur, lui disait-elle, étes-vous bien sur d'avoir soixante-quinze ans? On vous en donnerait à peine cinquante.

— Ah ! madame, répliqua Béranger, vous en seriez trop convaincue, si vous vouliez me permettre de vous en donner la preuve.

Le poëte, presque mourant, se souleva sur son lit avec effort, et s'écria :

— Taisez-vous, vénérable polisson!

Peu à peu le vide se faisait autour de lui. Ces Parisiens ont tant de choses en tête! Sa verve s'épanchait alors en exclamations pleines d'amertume.

— Vous venez me voir, dit-il un soir à Berlioz, qui entrait dans sa chambre: toujours original !

Son agonie dura cinq années entières, pendant lesquelles il produisit encore deux incomparables chefs-d'œuvre : le Romancero et le Livre de Lazare.

Dans les derniers temps, il essaya de se convertir, et se fit lire la Bible.

« C'est à ce saint livre, dit-il dans les Xovissima verba , que je dois la résurrection de mes sentiments religieux. Chose étrange! après avoir passé tant de folles années de ma vie à courir tous les bastiin-

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gues delà philosophie, après m'ètre livré à toutes les cabrioles de l'esprit, après avoir dansé et papillonné avec tous les systèmes, sans y trouver une satisfaction, pas plus que M essai i ne dans une de ces nuits de débauche d'où elle sortait fatiguée, mais non assouvie; après toutes ces orgies de la raison, je me trouve tout à coup, comme par enchantement, placé côte à côte avec l'oncle Tom, !e nègre dévot, et, animé d'une égale ferveur religieuse, je m'agenouille avec ce bonhomme noir devant la Bible. . . »

Héla! il ^e moquait encore au seuil du repentir! Voilà pourquoi, peut-être, il ne le franchit \ as, du moins sous le regard des hommes.

Peut-être en fut-il autrement sous l'œil de Dieu, qui sonde les reins et les cœurs.

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Enfin ce noîjle esprit cessa de vivre et de souffrir. Henri Heine avait défendu toute pompe à ses funérailles. On respecta sa volonté dernière. Mais il n'avait pas défendu à ses amis et à ses admirateurs de lui dire au Lord de la fosse un adieu suprême.

Il faisait froid : très-peu raccompagnèrent jusqu'au champ du repos.

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