‹ Les contemporains [microforme]Chapitre 3 sur 26 · VI LES CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

VI LES CONTEMPORAINS

et d'exiger d'eux; mais leurs débuts dans la vie, les œuvres qu'ils ont esquissées, l’originalité de leur personne, leurs tendances, leur valeur littéraire, artistique ou philosophique, et surtout leur urbanité, leur sociabllité font d'eux des hommes prématurément mûris, prématurément épanouis.

Nous autres, les vieux, les “ manqués,” nous nous penchons avec complaisance sur ce bouquet de bourgeons vigoureux, et nous frémissons u’aise et d'orgeuil, dans le fond de notre cœur racorni, à la pensée que ces braves fils de notre vieux sol tiennent d’une main ferme la hamne de l'antique drapeau qui flotte sur nos vieilles gloires.

Allez! les jeunes, allez! fouillez le sillon que nous avons péniblement tracé ; nous avons accompli notre tâche avec vaillance, nous nous en flattons, mais nous vous avons laissé la besogne la plus déliçate, la plus glorieuse aussi, celle de moissonner les lauriers de toute espèce dont nous avons jeté la graine dans le sol qui a bu la sueur de notre génération.

Il n’y a pas que des jeunes dans ce second volume ; il n’y a pas que des progressistes. Il y a aussi des rétrogrades—excusez ce pluriel,

Er

j D. mais nous ne voulons pas faire de personnalités l $ E | — mais ceux ou celui à qui on peut appliquer | : D: l'épithète, ont également joué un rôle dans 1 + L notre société. Quelque soit l'importance de ce | L' rôle, il fait partie de la gamme des efforts com- - 4 muns, et, ne serait-ce que par son côté violent, | ; à L. il a pu provoquer une réaction salutaire dont il 4 convient de tenir compte. | S 1 é î Fe - Cette deuxième série de portraits n’est qu'un | ‘ ol anneau de la chaîne que nous rous proposons à y de dérouler. Tous les talents, toutes les facul- à d ñ tés, toutes les tendances, quelque soit leur em- À ploi, trouveront dans ce musée la place qui . 1 leur convient. :

1 Quand l'œuvre sera-tel'e achevée? Nous | | | l'ignorons, et nous souhaitons qu'elle n'ait pas l. . de fin. La perpétuation forcée de ce modeste . mais sincère ouvrage prouverait du moins que | k : nous sommes riches en hommes de vaillance, " bé ra 1: de probité et d'honneur. ' e |:

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MONSEIGNEUR LAFLECHE

Les anciens états de choses disparaissent rapidement depuis quelques mois dans notre milieu.

Avec la disparition de certains hommes s’en va aussi ce qui fut une école, une ligue, une faction. La séqueile reste, mais beaucoup à la manière de corps. sans tête, ou, ce qui revient au même, sans âme.

Il existait dans cette province deux genres de con servatisme.

Le premier, agrémenté de l'appellation “libérale.” était une manière d'opportunisme. Il tendait à plaire un peu plus au trône (pardon, en pays démocratique il faut dire au peuple) qu’à l’âutel. C’était une miniature t'u torysme mitigé, embourgeoisé, tel que rêvé en Angleterre par feu Churchill et honni parles éteignoirs qui servent de porte-queue au pontife Salisbury.

Le protctype de ce conservatisme accommodant était Chapleau.

L'autre conservatisme, celui qui restera comme une honteuse taie dans nos annales politiques, a pris sur la route différents surnoms : castorisme, ultra-

montanisme, etc,, ce qui est suffisant pour le désigner.

I] avait pour prototype l'évêque Lafièche, Son repaire était Trois-Rivières, ce Santiago canadien où l'on trouve plus de chanoines, plus de congrégations» 4 plus d'exploitation mesquine de la religion du Christ, mais en même temps moins d'industries, moins de liberté de penser et d'agir que partout ailleurs, sans

oublier le Paraguay d'antan.

Ces deux disparitions d'hommes ont été des coups mortels à deux corporations politiques, à deux doctrines-mères.

Le castorisme avait déjà été fort maltraité par la grande faulx, L’Æ/endard avait dû se retirer de la circulation, malgré les générosités des sébiles paroissiales ; feu le sénateur Trudel était parti vers l’inconnu sans trouver un Elisée sur lequel il pût laisser cheoïr son manteau, et, pour comble d’avanie, Tardivel verse, depuis quelques mois, dans le libéralisme politique, ce monstre si éloquemment décrit et cons- 4 : pué par le Sy/labus, et colleté septante fois sept fois . par l’homme à la mémoire duquel nous consacrons

ces quelques lignes,

Pour être historiquement vrai dans cette enumération des malheurs de l’ultramontanisme, n'oublions pas de rappeler que le Cercle Catholique de Québec officine officielle de l'engeance, est depuis longtemps devenu caduc, grâce aux louables efforts des prêtres

“ paganisants,” comme les appelait Vincelette, et qui recevaient de Laval leurs inspirations et leur élan.

Le détail biographique importe peu à nos lecteurs. Qu'il suffise d'étudier l'homme comme missionnaire et comme évêque.

Notre confrère de St-Jérôme, l'Egalité, se demandait l’autre jour si Mgr Laflèche avait rendu plus de services, avait fait plus de bien comme évêque qu'à titre de missionnaire. Il se refusait à répondre en alléguant sa trop grande jeunesse

Nous ne prétendons pas trancher ce nœud gordien, offert très habilement à la décision du public, mais c'est, à notre sens, l’occasion de définir les deux types de missionnaires que l’on rencontre, non seulement au Nord-Ouest, mais partout où Rome veut se æréparer des pieds-à-terre pou: suppléer à ceux qui lui sont enlevés dans le vieux monde.

Les deux types qui nous serviront d'objectifs sont ‘Lacombe et Laflèche,

Le premier est un doux, un humble, un démocrate -de la hiér:rchie, Dans le Nord-Ouest, il se fait petit comme les petits, naïf comme les enfants de la prairie. Il prend les gens comme ils sont, et non comme ils devraient être. Ecoutez ses sermons, ou plufôt ses causeries —nous avons eu cette occasion plusieurs fois en 1885—-et vous constaterez de suite qu'il a compris que pour arriver au cœur des Peaux-Rouges äl faut montrer un Dieu bon garçon, généreux, pas du tout renfrogné,

Son langage est limpide comme l’eau des “ creeks,”

ses images sont débordantes de vie et de simplicité. Il ne parle de l'enfer que tout juste ce qui est canoniquement obligatcire. Et encore est-ce un enfer à V “Indienne,” où les flammes sont remplacées par la menace d'une disette de buffles.

En pleine rébellion, il a maintenu dans le sfatu quo, par ses simples moyens de prêtre bon enfant, des milliers de guerriers que soudoyaient en sous main: les corporations commerciales intéressées à ce que le soulèvement fût général.

Laflèche a été tout le contraire, Comme autrefois: les papes guerriers, il brandissait le crucifix comme si c'eût été un glaive, Il meublait la pauvre cervelle: des enfants de la nature d'images sombres. Il se-

montrait autoritaire comme un évêque espagnol, et si vous avez lu ses lettres d'alors, vous remarquerez

que sa meilleure narration est une description d’une bataille.

Lacombe empêchait les conflits, Laflèche s'étudiait à les rendre favorables aux siens,

Lequel, là-bas, s’est montré apôtre le- plus à la

manière de Celui qui disait : Sénite parvulos venire ad'°

me ?

Ces deux types si différents n'ont eu de commun que le courage, l’“ endurance,” le zèle et ...... la. santé.

. Le défunt a été nommé évêque à une époque où l'ultramontanisme était puissant partout : en France,

ve

ici et à Rome. C'était un Bourget bourgettant. Son élévation au trône épiscopal fut un des points de départ de cette ère d’indifférentisme religieux si répandu aujourd’hui dans notre pays. L'extrême a amené l'extrême.

Un homme politique, très religisux, mais à sa manière, qui est la bonne, disait un j"ur que les deux plus grands ennemis de la religion ici avaient été Nos Seigneurs Bourget et Laflèche, en quoi il avait xaison,

Ils ont été les Pierre Cauchon, les Ségur du Canada-français.

Et de même que Pie IX a fait sentir le besoin d'un Léon XIII, ici aussi ces deux autoritaires étroits et imprudents ont amené comme réaction salutaire l’'avènemert d'évêques diplomates, habiles négociateurs d'accommodements avec le ciel, n’oubliant pas qu'on peut être à la fois homme du monde et mitré«

L'évolution a été rapide et profondément marquée, <t nul doute qüe si une autopsie morale avait pu être pratiquée sur le défunt évêque trifluvien, on aurait constaté que l'avènement de ces prélats d'un autre genre a été le microbe dont le développement a précipité la dissolution de l'être,

L'œuvre définit l'homme, a écrit De Maistre, qui fut, avrc Veuillot, l'idole de Mgr Lafièche. Or, Trois- Rivières fait bien comprendre son évêque, Pas de démonstration longue à ce sujet. Nous savons que

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cette presque doyenne de nos cités de second ordreest lamentablement restée en arrière. D'industries,. pas plus que dans les cités espagnoles ; de liberté de la presse, moins qu'à la Havane en temps de blocus ;. d’élan vers le progrès, moins qu'autrefois chez les Sybarites, qui suaient à grosses gouttes rien qu’à voir les autres travailler. Sans la nature, qui a logé dans. le haut du St-Maurice des bois très riches, et sans cette infernale engeance protestante, qui les a exploités, les Trifluviens en auraient été réduits à. demander à leur évêque d’implorer le Ciel de renouveler pour eux la tombée matutinale de la manne,

Nous avons entendu, de nos propres oreilles, Mgr- Lafièche s'opposer à l'octroi de bonus qui auraient. assuré l'établissement d'industries importantes,

Il craignait pour les mœurs !

Nous l'avons également entendu dire, lors d’uneinauguration de chemin de fer: ‘“ Canadiens-français,. apprenez l'anglais, mais parlez-ie mal, ce qui constituéra une manière de cachet national.”

Dans un couvent il a conseillé, ce qui fit du bruit dans le temps, de ne pas trop s’instruire,

Ceci nous amène à soutenir, bien que cela puisse paraître paradoxal, que l’évêque Lafièche fut un: véritable Jean-Jacques Rousseau du terroir. Comme l'homme de Genève, il regrettait la civilisation, le progrès, l'instruction répandue.

Et si ses derniers jours ont pu être réconfortés par

quelque chose, ça certainement été quand le déloyal Brunetière a lancé son blasphême : la banqueroute de la science.

Rappelons, néanmoins, à son crédit la vigoureuse campagne qui dans le temps fut appelée la ‘croisade du rouet contre le piano.”

Nous ne nous attarderons pas à 4: ier de son attitude dans le Conseil de l'Instruction Publique, Il est suffisant de prédire que d’ici à six mois, grâce à sa disparition, il se passera du nouveau dans ce comice.

Aucun doute que son successeur sera dans la note des évêques de Montréal et de Valleyfeld : des prélats fin-de-siècle, S'il fallait que le chanoine Cloutier recueillît cette crosse, ce serait à donner raison à ceux qui croient que Trois-Rivières a été créé le huitième jour, un Dos/-factum, comme dirait certain trifluvien depuis longtemps en sécurité à Ottawa.

Avec un évêque Cloutier, le schisme de Maskinongé ferait des petits et nous aurions un Laflèche minuscule, ce qui nuirait beaucoup à la mémoire du défunt, et dérangerait considérablement l'espoir de ceux qui s'obstinent à rêver que derechef Religion et Progrès peuvent aller de pair.

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Par sa remarquable conférence de décembre dernier, devant le club Letellier, M. Cléophas Beausoleil ne se faisait pas seulement l’historie1 lumineux d'une importante évolution d’un parti politique: il mettait aussi sous les yeux de la génération venue après, les titres et les mérites d'une pléïade d’hommes dont les procédés et l’bnégation ont formé un bien profond contraste avec les allures de ceux qui ont bénéficié de leur œuvre, en la gâtant.

Plusieurs de ces pionniers du vrai nationalisme sont morts ou rentrés dans la vie privée. C'est un de ces derniers que nous voulons biographier aujourd’hui: Benoit Bastien, lequel, nous dit M. Beausoleil, était avec L. O. Loranger, l'homme le plus intelligent, le plus actif, le plus populaire de cette époque.

I. naquit à Saint-Benoit, comté des Deux-Montagnes, le 21 novembre 1827. On lui donna ce nom patronymique parce qu'il fut le premier enfant à étrenner les fonts baptismaux ce cette paroisse. 1l eut pour père Noël Bastien et pour mère Marguerite Charlebois.

Sa première enfance s’écoula au milieu des événe-

ments qui aboutirert à la rébellion, et ce, dans une région où le patriotisme n'était pas un vain mot. Chaque jour il put voir, d’un côté, les agissements des bureaucrates, et, de l’autre, les germes de la résistance, Il fut pour ainsi dire élevé à l’école de la revanche dont parlèrent, abord tout bas, puis au bruit de la fusillade, tous ceux qui l’entouraient. Aussi, il n'est pas étonnant de retrouver, par la suite et sans cesse, dans Benoit Bastien, l'amour national

soutenu par un courage qui ne s'est jamais démenti.

Une anecdote prouvera que pour lui aussi la

valeur n’attendit pas le nombre des années

En 1837, son père qui était allé résider à Ste- Scholastique, avait été un des premiers à prendr. les armes et à crganiser les siens. Comune on le sait, les parriotes, mal armés, durent céder devant le nombre et st disperser, Alors les &s#lois de Colborne se livrèrent à la plus agréable partie de leur tâche. Ce ne fut que pillage et dévastation ; la torche incendiaire fut promenée sur le long et le large, et on ne fut pas éloigné de voir, au Canada, une seconde édition des ignominies qui marquèrent, en 1814, l'invasion de la France par les Alliés.

Les soldats anglais étaient rendus à Ste-Scholastique. Ils en voulaient tout particulièrement au père de Benoit Bastien, Sa maison leur fut désignée, mais ils n’y trouvèrent que l'enfant.

— Où est ton père ? lui demanda le clief du peloton.

BENOIT BASTIEN [Te

—Il est allé se battre à St-Eustache.

—N'as-tu pas peur des soldats ?

—Non, un patriote n'a jamais pear des soldats, répondit crânement Benoit.

L'Anglais ne put s'empêcher d'admirer cette bravoure si candide et si décidée. Il commanda à ses gens de respecter l'immeuble du patriote Bastien ; il fit remettre J£= butin qui venait d’être enlevé et, sans doute, parla souvert du petit patriote qui lui

avait donné la réplique à Ste-Scholastique,

A l’âge de quatorze ans, il s'en alla à Montréal apprendre le métier de charpentier, Plus tard, les voyages “ par en haut ” l'attirèrent et il se mit à faire le commerce parmi les hommes de chantier. A cette époque le commerce de bois prenait un essor immense, et, avec la traite chez les Indiens, constituait le Yukon du jour. Mais ce n'était pas ‘out le monde qui avait la force physique, ‘’endurance, le courage pour s’y lancer. Beaucoup y ont laissé leurs os. M, Bastien, lui, sortit de ce cominerce avec un décuplement de santé, et déjà en suffisante possession des faveurs de la fortune pour pouvoir se lancer dans les grandes entreprises auxquelles il a attaché son nom. Mais n'allons pas trop vite; ouvrons ici une parenthèse qui ne manquera pas d'offrir de l'intérêt.

C'est sous le commandeirent du célèbre Montferrand que M. Bastien fit quelques-uns de ses voyages dans les Hauts. Nul na mieux connu que lui

l’athlète redoutable ; aussi, quand Montpetit et Sulte ont entrepris un récit de ses hauts faits, se sont-ils

souvent adressés à M. Bastien.

En ce temps-là, nos compatriotss étaient souvent obligés de faire valoir leurs droits au bout du poing Ce procédé n'avait pas alors le cachet d'aujourd'hui.

Le choix des moyens était très limité et les tenta-

tions étaient aussi nombreuses que légitimes. .

Un jour, il y avait élection à Montréal, Le meneur en chef du candidat anti-canadien était le distillateur Molson, le même qui s'était vanté de pouvoir se

faire suivre var tous les Canadiens “avec un torchon

trempé dans le whisky.” Lui +t les siens se mirent en tête d'empêcher les nôtres d'entrer dans certain

poll. La nouvelle parvint aux oreilles de M. Bastien et du brave Marcotte, Tous deux se portèrent vers le poll, tombèrent à bras raccourcis sur les Britons

et mirent le poll sous leur protectorat.

La ‘‘ troupe

anglaise,” comme on disait, fut appelée par Molson et priée de déloger les deux Canadiens: mais les militaires restèrent neutres, contemplant, avec une

admiration très visible, le désarroi infligé par nos

deux Canadiens à une centaine de fanatiques.

Toujours à la même époque, il n'y avait que fort

peu ou point de services muricipaux organisés à

Montréal. Celui du feu reposait sur la bonne volonté

de quelques citoyens. Or, à l’âge de 25 ans, on

trouve M. Bastien capitaine de pompiers volontaires,

Le 0 | charge qui lui rapportait $32.00...... par année et L demandait des sacrifices sans nombre, Lors du à grand incendie de 1852, il se distingua tout particu-

at | ‘ lièrement.

g 4 Dès ce temps-là, aussi, il donna l'exemple à ses 1i. 4 compatriotes en entrant dans la milice, qu’on laissait a- bénévolement aux mains des Anglais; il devint lieutenant sous le capitaine Irvine.

ur LE Puis il prouva plus que jamsis qu’il était un vrai ur 4 | Canadien de la 5onne souche, en ayant de son se L: mariage avec Martine Lacasse, 12 eafants, dont 11 on É 1 vivants, Les vetits-enfants sont au nombre de 46, nt E et leur grand’-maman jouit d’une telle santé, qu’elle in É ne désespère pas d’en voir quelques-uns d'eux ajouter en 1 d'autres rameaux à l'arbre. rs L : C'ess à 24 ans que M. Bastien est devenu entreps ne. preneur. Il a été le constructeur attitré de l’Hôtelpe 4 Dieu et du Séminaire de Montréal, Pendant 25 ans on E il entreprit seul et se retira riche de $100,000. Soules dain la nostalgie des affaires s'en empara et il sucne comba aux attraits du commerce de bois, La 05 période des mauvaises années — qui était générale sur le continent américain —- l'eut pour une de ses rt victimes. Il perdit tout, oui, tout, excepté ce qu'un à Benoit Bastien ne perd jamais: l'énergie, le sangté froid et le courage. Il recommença humblement on l'édifice, élargit graduellement son champ d'action es, k. qui n'en menait pas large au début; puis, un bon

A Pete à Fete

118 LES CONTEhiPORAINS

jour, se trouva plus riche, plus puissant et plus admiré que jamais. N'est-ce pas là un de ces faits qui peignent bien, sans autre démonstration, l'homme qui en est l’auteur ?

Aujourd’hui, la société Bastien et Valiquette est une véritable institution métropolitaine ; ses travaux de voierie, pour ne parler que de ceux-là, marquent toute une étape dans la marche des municipalités adjacentes. M. Trefflé Bastien, le fils, membre de cette société, compte aujourd'hui au nombre de nos industriels les plus clairvoyants et les plus heureux.

M. Bastien a bâti la pre.nière maison du village St-Jean Baptiste et a été pendant 12 ans conseiller au Mile-End. En 1860, le quartier St-Jacques l’envoya siéger à l’hôtel-de- ville; il y resta jusqu'en 1877, allant cette année-là résider à St-Vincent-de- Paul, Laval. La société d'agriculture de ce comté le préféra comme président à l'hon. Aldéric Ouimet.

A deux repriies différentes, il a posé sa candida ture contre l’hon. P. E, Leblanc.

Jusqu'en 1872, il appartint au parti conservateur. Lois du mouvement national, si bien expliqué l’autre soir par M. Beausoleil, il en fut. Il mit au succès de cette formation l'entrain et la dextérité qui lui sont coutumiers. Avec M. L. ©. Loranger, il représentait le large élément du parti conservateur que révoltaient l’autoritarisme et les tendances de Sir John. Le mouvement contribua énormément à pré-

lage eiller l’enqu'en t-deomté imet.

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server le parti libéral de certaines propensions au radicalism® et, aussi, au socialisme mai dégrossi; il força Sir John à faire patte de velours — ce qui était déjà un gain ; — mais ses auteurs furent payés pour la plupart, par de l’ingratitude, cette monnaie courante de la politique. M. Bastien se tut, ne montra aucune rancune, ne sollicita ni faveur, ni honneur, mên:e quand ce furent ses amis intimes qui tinrent la quenouille d’abondance. On se le rappelle : feu Mercier n’aimait rien tant qu’à aller passer ses dimanches auprès de son “ami Bastien ;” de le consulter ouvertement ; d'en appeler à son cxpérience et de lui parler de ses rêves d'avenir. Quand il prit le pouvoir, qui, moins que M. Bastien en appela à leur vieille amitié ?

M. Bastien a rarement trouvé son maître comme organisateur et comme orateur populaire. (Certains de ses succès sont entrés dans le domaine de la légende. Ii savait parler au cœur du peuple, réveiller la bonne fibre, provoquer un grand mouvement.

Lors de la fameuse élection échevinale entre MM. Cléophas Beausoleil et Louis Allard, dans le quartier St- Jacques, élection qui prit des broportions historiques, il fut l'âme de la lutte, l'organisateur de la victoire. M. Beausoleil s'est toujours plu à lui en rendre publiquement et privément l’élogieux témoignage.

Il en fut de même pour M. L. O, Loranger — maintenant juge — quand il brigua les suffrages dans le quartier St-Louis et dans le comté Laval.

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Aujourd’hui, M. Bastien est en dehors du tourbillon politique et municipal. En prenant un repos bien gag:\é et en reportant sa pensée sur la route parcourue, il lui arrive sans doute d'établir une comparaison entre les hommes de son temps et ceux du jour présent, S'il lui vient aux lèvres un sourire moqueur, nous ne sommes pas de ceux qui n’en comprennent ni la signification ni la raison d’être ; mais qu’il nous permette de lui dire que si la génération actuelle laisse trop s’émousser les grands sentiments d'autrefois, elle contient beaucoup de gens auxquels le récit d’une vie honorable et bien remplie comme la sienne, donnera de l'émulation aux solennelles heures d'urgence nationale,

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AVID MARSIL.

Photo Quéry Freres,

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DAVID MARSIL

Médecin de campagne !

Dans tous les pays du monde, ce titre fait naître dans l'esprit l'idée d’une vie de dévouement, d’un savant modeste qui fait des prodiges sans que jamais son nom retentisse en dehors de son village. La campagne n'est pas d'habitude l'endroit où se confectionnent les grandes renommées. L'absence des journaux, les obstacles aux relations empêchent trop souvent le mérite réel de percer.

C’est une consolation, parmi tant de regrets causés par la mort de l'honorable Dr Marsil, de pouvoir dire que son nom était connu d’une extrémité à l’autre du pays, que sa réputation de savant s'étendait même à l'étranger et que son influence s'était fait sentir partout où il y avait une cause patriotique à défendre, une idée libérale à promouvoir. Quarante années de travail opiniâtre et 'itelligent avaient permis à ce médecin de campagne de prendre rang parmi les membres les plus éminents de sa profession en Amérique son patriotisme ardent et infatigable lui avait mérité ce titre qu'il estimait tant de “successeur de

Chénier ;” ses idées tranchées et son zèle dans les

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luttes politiques en avaient fait l’une des figures les plus admirées du parti libéral de cette province. Mais il ne sera pas regretté seulement par un parti : ceux-là mêmes qui différaient d'opinion avec lui sur les questions politiques du jour étaient souvent les premiers à rendre hommage à ses vertus, les premiers à reconnaître ses services comme champion de l’idée nationale, .

Le Dr Marsil s'est rendu utile à son pays et à sa tationalité de plus d’une manière, Dans l’humble sphère de la politique municipale comme sur le théätre plus vaste des affaires générales du pays, dans les associations patriotiques comme dans les conseils de sa profession, son influence s'est constamment exercée pour l'avancement de sa race et du pays.

C'était un homme —un homme de lutte et de travail, Nous n'avons pas la prétention de raconter en quelques pages une carrière aussi bien.remplie et aussi méritoire. À peine pourrons-nous en rappeler brièvement les principaux événements.

Le Dr Marsil avait 64 ans quand la mort est venue l'enlever si inopinément. A le voir passer sur la rue, droit comme un chêne, sa longue chevelure ondulée flottant sur ses larges épaules; en entendant sa voix forte et mélodieuse, peu de personnes lui auraient donné cet âge.

Cependant il avait commencé jeune à faire connaissance avec le travail, Lorsqu'il commença à

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DAVID MARSIL 123

étudier la médecine, il y a plus de quarante-cinq ans, la tâche n'était pas aussi facile qu'aujourd'hui, Les appareils et les laboratoires manquaient :omplètement, Mais le jeune Marsil avait décidément une

“vocation ” et il triompha de toutes les difficultés.

Admis à la pratique de la médecine en 1856, et il se fixa presque aussitôt à St, Eustache où il est mort. Durant ces quarante années il a prouvé combien il

aimait sa profession, Au milieu de tant d’autres

occupations il ne l'a pas négligé un seul instant. Il avait une salle de dissection chez lui-même où il

poursuivait ses études en s’aidant des recherches les

plus récerites des savants du mpnde entier,

Il devint ainsi un chirurgien des plus habiles. Lorsque le président Garfield était sur son lit de mort, il fut appelé en consultation avec les sommités

-de la science chirurgicale,

Il était un des collaborateurs de l’Union Médicale et plus d’un de ses articles ont été reproduits dans l'Encyclopédie Internationale de Chirurgie Depuis

nombre d'années il était un des membres les plus actifs du Collège des Médecins et Chirurgiens de la

province de Québec : et en cette qualité il a contribué puissamment à améliorer l'enseignement médical ainsi que la position de la profession dans le pays. En 1895 il fut élu président de l'Association Médicale Canadienne pour la province de Québec. Der-

mièrement encore il avait préparé un mémoire qu'il

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