‹ Les contemporains [microforme]Chapitre 5 sur 26 · AT RENE D PE GNT · texte numérisé non relu

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GONZALVE DESAULNIERS

L'art ne fait que des vers, le cœur seul est poète.

Les versificateurs foisonnent parmi nous, mais combien avons-nous de vrais poètes ? En comptant ceux d’hier et ceux d'aujourd'hui, complétez-vous le trajet de vos dix dcists? Il semble que cet art si difficiie a, pour le vw/gum pecus de notre littérature, l'irréductible attrait que comportent les choses défendues. Et, ponr comble, c'est le nul, c'est le médiocre, c’est le barbare qui s’agite le plus, s’obstine davantage à monter Pégase et à nous imposer ses produits,

Dans le domaine de la poésie, il nous semble qu'il ne peut y avoir de place pour rien autre que le vrai beau, le vrai bon. Ce beau et ce bon peuvent être de nuances diverses, d'intensité variée. Tel n’a d’envolées et d'inspiration que pour l'épique, la grande hymne, la pièce d'envergure; tel autre se sentira de la verve et de la dextérité rien que pour la bluette, la fantaisie volante, mais toujours, si c'est le cœur qui parle, on aura sous une forme, ou exquise ou

puissante, des sentiments vrais, sains et, selon le cas, charmants ou passionnants.

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Strass ou diamant, pas de milieu. Soyez de mauvais prosateurs, c'est un peu votre droit, puisqu'il n'existe pas d'autre forme de littérature à l'usage des gens qui s’obstinent à écrire sans pensée et sans grammaire, Mais, de grâce! n'outragez pas la muse. Rappelez-vous ce qu'un maitre, André Chénier, a formulé en ce beau vers qui nous sert d'épigraphe aujourd'hui.

En ouvrant notre galerie à M. Gonzalve Desaulniers, du même coup nous évitons le reproche d’oublier le: jeunes et nous essayons le portrait d’un compatriote qui, depuis belle époque, a donné des arrhes à la Poésie, et reçu la consécration que des œuvres nombreuses et toujours p'us châtiées attirent et maintiennent.

Et puis, ces quelques pages sont de quasi-actualité, ne précédant que de quelques mois la publication d’un volume de vers de notre ami.

On aura peine à le croire, ce Desaulniers ne vient pas du comté de St-Maurice. Il est né le 24 juin 1863 à St-Guillaume d'Upton, un foyer de libéralisme bien connu; son père, le Dr Antoine L. Desaulniers, a laissé de vivaces souvenirs dans la région où s'écoula sa vie, et sa mère était une Letellier de St- Just, Après avoir étudié au collège de Sorel, il passa chez les Jésuites pour faire son classique.

De 1883 à 1880, il appartint au personnel de l’£tendard, dirigeant en même temps la Revue Canadi-

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enne où il publia notamment des études sur la politique du pays et celle de l'étranger. En 1880, il fonda le Vational, qui fut vraiment le tyne du journal à la fois frondeur et pimpant,

Plusieurs des campagnes entreprises et menées par cet organe resteront mémorables,

Convaincu, comme bien d’autres, que le journalisme mène à tout à condition qu'on en sorte, M. Desaulniers se mit à étudier le droit, passa ses soirées à approfondir codes et jurisprudence et fut reçu avocat en 1995.

Comme journaliste nroprement dit, il eut un genre qui est toujours ptécieux dans l'écrit quotidien: une conception rapide et une forme originale et limpide, L'étude qu'il publia sur la question des biens des Jésuites dans l’exclusif Fouwrnal des Débats, de Paris, a attiré l'attention dans le temps et vaut encore d'être relue, Dans la suite, il a été appelé à collaborer à deux autres publications parisiennes: la Revre Inter nationale et \a Revue des. deux Frances,

Quand ii se passionnait pour l'imprimerie, matériellement parlant, et ne trouvait plus de vraies délices qu’à s'occuper de plomb et de presses, il nous rappelail vaguement Balzac, passionné lui aussi pour les entreprises de ce genre et partageant également son temps entre l'atelier, où il tentait cent expériences audacieuses, et le cabinet d’études où s’élaborait l’immortelle Comédie Humaine.

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