‹ Les contemporains (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · MONTREAL · texte numérisé non relu

MONTREAL

A. FILIATREAULT, Éditeur

L,cs portraits en photogravure qui ornent ce volume sortent des ateliers que vient d'ouvrir " The Sun Photo-Engraving Co." au No. 1685 rue Notre Dame, Montréal. Cet établissement des plus complets est sous la direction d'un Canadian-Français, M. D. I<apointe, un maître dans son art. On admettra que nous n'aurions pu mieux choisir.

Avis de FEditeur

Nous avuns l'honneur et la satisfaction de publier aujourd'hui la deuxième série des biographies contemporaines. L'accueil bienveillant que le public a fait à notre première brochure prouve l'intérêt que l'on accorde à ces notices brèves et consciencieuses.

Les hommes qui prennent place dans cette galerie, sont des hommes connus, honorables, justement honorés, appartenant à toutes les classes de notre société, et tenant, à un titre quelconque, un rang enviable dans les sphères 011 ils évoluent.

Ce second volume, ou plutôt ce deuxième fragment d'un tout qui constituera un monument, un livre d'or national, fait une large place aux jeunes.

Les hommes dont nous livrons aujourd'hui la trop courte biographie à la postérité n ont pas tous encore fourni leur carrière et donné tout ce dont la société est en droit d'attendre

et d'exiger d'eux ; mais leurs débuts dans la vie, les œuvres qu'ils ont esquissées, l'originalité de leur personne, leurs tendances, leur valeur littéraire, artistique ou philosophique, et surtout leur urbanité, leur sociabilité font d'eux des hommes prématurément mûris, prématurément épanouis.

Nous autres, les vieux, les " manques," nous nous penchons avec complaisance sur ce bouquet de bourgeons vigoureux, et nous frémissons d'aise et d'orgeuil, dans le fond de notre cœur racorni, à la pensée que ces braves fils de notre vieux sol tiennent d'une main ferme la hampe de l'antique drapeau qui flotte sur nos vieilles gloires.

Allez! les jeunes, allez! fouillez le sillon que nous avons péniblement tracé ; nous avons accompli notre tâche avec vaillance, nous nous en flattons, mais nous vous avons laissé la besogne la plus délicate, la plus glorieuse aussi, celle de moissonner les lauriers de toute espèce dont nous avons jeté la graine dans le sol qui a bu la sueur de notre génération.

Il n'y a pas que des jeunes dans ce second volume ; il n'y a pas que des progressistes. Il y a aussi des rétrogrades — excusez ce pluriel,

LKS CON'ri':MI'ORAINS

mais nous ne voulons pas faire de personnalisas — mais ceux ou celui à qui on peut appliquer lepithète, ont également jouv. un rôle dans notre société. Quelque soit l'importance de ce rôle, il fait partie de la gamme des efforts corn.muns, et, ne serait-ce que par son côté violent, il a pu provoquer une réaction salutaire dont il convient de tenir compte- Cette deuxième série de portraits n'est qu'un anneau de la chaîne que nous nous proposons de dérouler. Tous les talents, toutes les facultés, toutes les tendances, quelque soit leur emploi, trouveront dans ce musée la place qui leur convient.

Quand l'œuvre sera-t-elle achevée ? Nous l'ignorons, et nous souhaitons qu'elle n'ait pas de fin, La perpétuation forcée de ce modeste mais sincère ouvrage prouverait du moins que nous sommes riches en hommes de vaillance, de probité et d'honneur.

MONSEIGNEUR T^AFLÈ^CHE

MONSEIGNEUR LAFLECHE

Les anciens états de choses disparaissent rapidement depuis c^uelques mois dans notre milieu.

Avec la disparition de certains hommes s'en va aussi ce qui fut une école, une ligue, une faction. La séquelle reste, mais beaucoup à la manière de corps sans tête, ou, ce qui revient au même, sans âme.

Il existait dans cette province deux genres de con • servatisme.

Le premier, agrémenté de l'appellation ''libérale," était une manière d'opportunisme. Il tendait à plaire un peu plus au trône (pardon, en pays démocratique il faut dire au peuple) qu'à l'autel. C'était une miniature du torysme mitigé, embourgeoisé, tel que rêvé en Angleterre par feu Churchill et honni parles éteignoirs qui servent de porte -queue au pontife Salisbury.

Le prototype de ce conservatisme accommodant était Chapleau. ^

L'autre conservatisme, celui qui restera comme une honteuse taie dans nos annales politiques, a pris sur la route différents surnoms : castorisme, ultramontanisme, etc., ce qui est suffisant pour le désigner.

II avait pour prototype l'év^êque Laflèche. Son repaire était Trois-Rivières, ce Santiago canadien où l'on trouve plus de chanoines, plus de congrégations» plus d'exploitation mesquine de la religion du Christ, mais en même temps moins d'industries, moins de liberté de penser et d'agir que partout ailleurs, sans oublier le Paraguay d'antan.

Ces deux disparitions d'hommes ont été des coups mortels à deux corporations politiques, à deux doctrines-mères.

Le castorisme avait déjà été fort maltraité par la grande faulx, U Eiendard avait dû se retirer de la circulation, malgré les générosités des sébiles paroissiales ; feu le sénateur Trudel était parti vers l'inconnu sans trouver un Elisée sur lequel il pijt laisser cheoir son manteau, et, pour comble d'avanie, Tardivel verse, depuis quelques mois, dans le libéralisme politique, ce monstre si éloquemment décrit et conspué par le Syllabus, et colleté septante fois sept fois par l'homme à la mémoire duquel nous consacrons ces quelques lignes.

Pour être historiquement vrai dans cette énumération des malheurs de Tultramontanisme, n'oublions pas de rappeler que le Cercle Catholique de Québec officine officielle de l'engeance, est depuis longtemps <ievenu caduc, grâce aux louables efforts des prêtres paganisants," comme les appelait Vincelette, et qui recevaient de Laval leurs inspirations et leur élan.

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