‹ Les contemporains (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · MGR LAFLÈCHE · texte numérisé non relu

MGR LAFLÈCHE

Le détail biographique importe peu à nos lecteurs. 'Qu'il suffise d'étudier l'homme comme missionnaire et comme évêque.

Notre confrère de St-Jérôme, X Egalité, se demandait l'autre jour si Mgr Laflèche avait rendu plus de services, avait fait plus de bien comme évêque qu'à titre de missionnaire. Il se refusait à répondre en alléguant sa trop grande jeunesse

Nous ne prétendons pas trancher ce nœud gordien, offert très habilement à la décision du public, mais •c'est, à notre sens, l'occasion de définir les deux types de missionnaires que l'on rencontre, non seulement au Nord- Ouest, mais partout où Rome veut se préparer des pieds-à-terre pour suppléer à ceux qui iui sont enlevés dans le vieux monde.

Les deux types qui nous serviront d'objectifs sont Lacombe et Laflèche.

Le premier est un doux, un humble, un démocrate de la hiérarchie. Dans le Nord-Ouest, il se fait petit •comme les petits, naïf comme les enfants de la prairie. Il prend les gens comme ils sont, et non comme ils devraient être. Ecoutez ses serinons, ou plutôt ses causeries — nous avons eu cette occasion plusieurs foi.»* en 1885 — et vous constaterez de suite qu'il a compris que pour arriver au cœur des Peaux-Rouges il faut montrer un Dieu bon garçon, généreux, pas» •du tout renfrogné.

Son langage est limpide comme l'eau des " creeks,"

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ses images sont débordantes de vie et de simplicité. Il ne parle de l'enfer que tout juste ce qui est canoniquement obligatoire. Et encore est-ce un enfer à i' " Indienne. " où les flammes sont remplacées par la menace d'une disette de buffles.

En pleine rébellion, il a maintenu dans le statu quo^ par ses simples moyens de prêtre bon enfant, des milliers de guerriers que soudoyaient en sous main les corporations commerciales intéressées à ce que le soulèvement fût général.

Laflèche a été tout le contraire. Comme autrefois les papes guerriers, il brandissait le crucifix comme si c'eiit été un glaive. Il meublait la pauvre cervelle des enfants de la nature d'images sombres. Il se montrait autoritaire comme un évêque espagnol, et si vous avez lu ses lettres d'alors, vous remarquerez que sa meilleure narration est une description d'une bataille.

Lacombe empêchait les conflits, Laflèche s'étudiait à les rendre favorables aux siens.

Lequel, là-bas, s'est montré apôtre le plus à la manière de Celui qui disait : Sinite parvitlos vcnit e ad me ?

Ces deux types si différents n'ont eu de commun

que le courage, 1' *' endurance, " le zèle et la

santé.

Le défunt a été nommé évêque à une époque où l'ultramontanisme était puissant partout : en France,.

ici et à Rome. C'était un Bourget bourgettant. Son élévation au trône épiscopal fut un des points de départ de cette ère d'indifférentisme religieux si répandu aujourd'hui dans notre pays. L'extrême a amené l'extrême.

Un homme politique, très religieux, mais à sa manière, qui est la bonne, disait un jour que les deux plus grands ennemis de la religion ici avaient été Nos Seigneurs Bourget et Laflèche, en quoi il avait raison.

Ils ont été les Pierre Cauchon, les Ségur du Canada-français.

Et de même que Pie IX a fait sentir le besoin d'un Léon XIII, ici aussi ces deux autoritaires étroits et imprudents ont amené comme réaction salutaire l'avènement d'évêques diplomates, habiles négociateurs d'accommodements avec le ciel, n'oubliant pas qu'on peut être à la fois homme du monde et mitré*

L'évolution a été rapide et profondément marquée, et nul doute que si une autopsie morale avait pu être pratiquée sur le défunt évêque trifluvien, on aurait constaté que l'avènement de ces prélats d'un autre genre a été le microbe dont le développement a précipité la dissolution de l'être.

L'œuvre définit l'homme, a écrit De Maistre, qui fat, avec Veuillot, l'idole de Mgr Laflèche. Or, Trois- Rivières fait bien comprendre son évêque. Pas de démonstration longue à ce sujet. Nous savons que

cette presque doyenne de nos cités de second ordreest lamentablement restée en arrière. D'industries,, pas plus que dans les cités espagnoles ; de liberté de la presse, moins qu'à la Havane en temps de blocus ;. d'élan vers le progrès, moins qu'autrefois chez les Sybarites, qui suaient à grosses gouttes rien qu'à voir les autres travailler. Sans la nature, qui a logé dans le haut du St-^îaurice des bois très riches, et sans cette infernale engeance protestante, qui les a exploités, les Trifluviens en auraient été réduits à. demander à leur évêque d'implorer le Ciel de renouveler pour eux la tombée matutinale de la manne.

Nous avons entendu, de nos propres oreilles, Mgr Laflèche s'opposer à l'octroi de bonus qui auraient assuré l'établissement d'industries importantes.

Il craignait pour les mœurs !

Nous l'avons également entendu dire, lors d'une inauguration de chemin de fer : " Canadiens-français, apprenez l'anglais, mais parlez-le mal, ce qui constituera une manière de cachet national."

Dans un couvent il a conseillé, ce qui fit du bruit dans le temps, de ne pas trop s'instruire.

Ceci nous amène à soutenir, bien que cela puisse^ paraître paradoxal, que l'évêque Laflèche fut un véritable Jean-Jacques Rousseau du terroir. Comme l'homme de Genève, il regrettait la civilisation, le progrès, l'instruction répandue.

Et si ses derniers jours ont pu être réconfortés par

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