‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 110 sur 188 · Rem. de la Rose, 14289, elz · texte numérisé non relu

Rem. de la Rose, 14289, elz

CHAUCSR. 19

288 LES CONTSS DE CANTEBBURY.

Lorsque mon quart mari fut mis en son cercueil, je pleurai sans arrêt et fis mine attristée, comme épouse le doit, puisque l'usage est tel, 590 et de mon couvrechef je couvris mon visage. Mais pour ce que j*étais pourvue d'un épottseur« je ne pleurai que peu, et tous pouvez m'en croire.

A l'église on porta au matin aion mari. Les voisins étaient ih qui pour lui menaient deuil, 395 et parmi les deuillants Janequin notie cla%. Ainsi m'assiste Dieu, quand Je ie vis marcher derrière le cercueil^ il me parut avoir et la jambe et le pied si bien tournés et beaux qu'au jouvenceau mon coeur tout entier fut donné. 600 II avait, que je crois, vu passer vingt hivers, moi quarante, s'il faut vous dire vérité. Mais j'avais toujours, moi, gardé dent de pouliche. J'avais dents écartées et cela m'aliait bien. J étais marquée au sceau de madame Vénus. 605 Ainsi m'assiste Dieu, j'étais une luronne,

et belle et riche et jeune et de joyeuae humeur; et au vrai, comme me le disaient mes maris, j'avais le plus fameux quoniam ' qu'on pût trouver. Car, pour certain^ je suis vénérienne toute 610 de sentiment, tandis que mon cœur est martien. Vénus m'a octroyé mon feu, ma paillardise, et Mars m'a octroyé ma hardiesse intrépide. Mon ascendant, ce fut le Taureau, où fut Mars. Pourquoi faut-il, hélas^ qu'amour ce soit péché ? 615 J'ai sans cesse suivi mon inclination, ma constellation exerçant sa vertu.

De là vient que jamais je n'ai su reCuser ma chambre de Vénus ^ à nul bon compagnon. Et je porte de Mars le signe sur ma face ' 620 et aussi en un autre endroit qui est caché. Car, vrai comme j'espère avoir de Dieu salut, . je n'ai jamais aimé avec discrétion,

1. Cf. Ceni Nouv.^hXKYlll : • Sa bonne femme ne ftal pas si oiseuse qu'elle ne près la Bon quonimm à trois compaignons ».

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