BAII. DE TROIS ANS
Manon Duuu, surnommée la petite Joujou, danseuse de son métier, d'une part ; et messire Tout-d'Or, ancien munitionnaire des armées du roi, présentement marquis de... et autres lieux ; de l'autre part, convenus et demeurés d'accord de ce qui suit :
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Savoir
Articles proposés par le Monsieur
Article I.
M. Tout-d'Or exige, d'après le conseil de son médecin, que la petite, avant d'entrer en exercice, aille faire une retraite de six semaines à la campagne, pour y respirer un air sain, et s'y rafraîchir le teint qu'elle a très échauffé.
Art. II.
Après son retour, elle n'ira plus souper en ville : comme M. Tout-d'Or l'aime, il craint pour elle les indigestions.
Art. III.
Elle ne prendra pas de ces laquais à taille élégante, qui font la fleur le jour, et mon bon ami la nuit. Pour cet effet, ils seront choisis et toisés par Monsieur, et non par Mademoiselle.
Art. IV.
Elle renverra sa mère avec une pension, et en recevra une autre de ma main. Les véritables mères sont trop indulgentes.
Art. V.
M. Tout-d'Or s expressément que
réserve i ladite
Accepté à condition que M. Tout-d'Or fera une retraite aussi. Je crois que l'air de la campagne lui est aussi nécessaire qu'à moi.
Accepté, pourvu qu'il me soit permis de donner à souper chez moi.
Accepté , à condition qu'ils seront robustes; c'est à dire, propres à frotter, et en état de résister à la grosse fatigue.
Accepté. Je pourraiplus décemment donner des coups de poing à l'une qu'à l'autre.
Accepté, mais j'avertis M. Tout-d'Or que je suis
Demoiselle devient enceinte, pour se faire une réputation d'honncte fille, les diverses fantaisiesqu'ellcaura, necoûteront pas plus de cent écus chacune.
très féconde, et que j'ai des fantaisies fréquentes dans mes grossesses.
Articles proposés par la Demoiselle
Art. I.
La Demoiselle, avant d'entrer cncharf;e, veut un appartement sur le Palais-Royal, orne de beaucoup de i;laces, de magots et de canapés surtout, avec un boudoir digne d'elle.
Art. II.
Elle veut avoir un vis-à-vis à sept glaces, avec des chevaux fringants et des harnais poniponés.
Art. III.
Pour paraître décemment aux spectacles, au boulevard, aux Tuileries, et faire honneur à son Monsieur, il lui faut nécessairement des diamants; savoir :
des girandoles, un esclavage, un ruban, des cornes, une sultane et une infinité d'épingles, sans préjudice des nœuds et du bouquet de brillants, qui viendront dans la suite; sans quoi la Demoiselle promet à son Monsieur qu'elle aura des vapeurs noires ou couleur de rose selon son caprice.
Accordé, i condition que le portier qui gardera la porte du devant et celle du derrière de la maison sera vieux; que les fenêtres de l'appartement seront élevées, et qu'il n'y aura aucun escalier dérobé.
Accordé , à condition qu'elle n'ira pas ventre à terre, et ne crèvera que deux chevaux par mois.
Accordé, ù condition que les diamants n'appartiendront à la demoiselle, qu'après avoir donné des preuves constantes do sa bonne conduite; et pour l'y engager elle n'aura, la première année du bail, que la jouissance des diamants, la propriété de la moitié, après la seconde année et l'entière propriété à la fin du bail.
Art. IV.
De pius, elle demande une petite maison, avec un théâtre pour y faire la dame d'importance.
Art. V.
Elle prétend pouvoir recevoir à sa toilette, sans que le Monsieur s'en scandalise, le petit maître qu'elle daignera choisir, pour la prôner dans les foyers; et le petit abbé qu'elle chargera de faire des vers en son honneur dans le Mercure, ou de faire des couplets malins contre ses camarades.
Art. VI.
On lui donnera cinquante billets de parterre à distribuer à toutes les représentations :
lesdits billets serviront à la faire applaudir les jours qu'elle dansera ; les autres seront employés à faire huer ses rivales; l'on donnera de plus la table et un habit à demi usé tous les ans à un gredin qu'elle mettra à la tête de sa cabale.
Art. vil
11 lui sera permis d'aller seule chez ses supérieurs.
Accordé, à condition que la petite maison ne sera ni à Passy, ni à Pantin :
l'air y est si vif qu'on y dévore. De plus, le Monsieur exige qu'il n'y ait pas déloge grillée dans la salle de spectacle, et qu'on n'y joue jamais les pièces de l'ennuyeux Molière. Lorsqu'on fait de la dépense, il faut du moins se distinguer par son bon goût.
Accordé, en recommandant à la petite d'avoir l'œil sur ses bijoux.
Accordé, mais lorsque le Monsieur viendra souper avec la petite, le cabaleur ira manger à la cuisine.
Accordé sans réplique ; à tout seigneur tout honneur.
Art. VIII.
On la délivrera de tous les Accordé, rien n'est plus
enfantsmâlesqu'ellcaura, mais juste! Une mère prudente
on lui laissera les filles, surtout se ménage toujours une
si elles sont jolies. poire pour la soif à venir.
Fait double et signé par les deux parties^ l'an de grâce^ etc.
Quoi ! ce n'est que cela ? s'e'crièrent toutes' nos compagnes d'un air surpris; la Joujou est bonne d'avoir voulu nous de'rober la connaissance de son traite : il est dans la forme ordinaire, et les articles en sont tout à fait simples. J'en ai jadis fait un pareil, dit la petite actrice, avec un financier, qui lui a servi de modèle avec trente femmes de condition.
Allons, allons, c'est encore une imbe'cile, continua la Diane; mais elle est jeune; elle se formera : revenons à nos histoires. J'ai débité la mienne de bonne grâce ; je veux savoir celle de l'abbé, du chevalier et de mes deux compagnes. — Rien n'est plus juste, dit la marchande, et elle parla ainsi.
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