‹ Les contes de l'abb© de ColibriChapitre 46 sur 48 · POST-FACE · texte numérisé non relu

POST-FACE

LE président s'était très bien aperçu que la comtesse avait eu des distractions et de l'humeur pendant la lecture. Il lui demanda si l'ouvrage lui déplaisait. « Non, « dit-elle froidement, c'est une bagatelle, « une petite folie assez drôle. J'aime surtout « que l'abbé, exact sur les bienséances, ait « eu soin de ne pas blesser, les oreilles par « un seul mot indécent. C'est mon faible à « moi que la décence. Sans la décence rien « ne me paraît bon. » Pour moi, ajouta le président, je viens de voir dans cet ouvrage un grand défaut, que je n'avais pas d'abord remarqué. Il m'avait paru tout à fait décousu et digne de la plume de nos plus grands esprits; point du tout ! On voit que l'auteur

a visé en secret à l'ennuyeuse symétrie. S'il avait cette ridicule prétention, que ne ramenait-il sur la scène Saint-Val et sa vertueuse épouse ?

Ah! Persac, s'écria la dame, laissez de grâce en paix le perfide Saint- Val et l'infortunée qui est enchaînée à son sort. — Quoi ! madame , la connaîtriez-vous ? — Hélas ! cette épouse tendre, sensible, vertueuse, qu'il a oubliée, qu'il a trahie lâchement, pour une vile créature. — Eh bien ? — Vous la voyez devant vous. — Est-il possible ? Je vous avoue, madame, que je ne m'y attendais pas. — Un homme lié, par de saints nœuds, à une femme respectable, qui l'aime, qui l'adore, qui ne vit que pour lui, peut-il se résoudre à lui faire des infidélités dans un pays où elles sont si dangereuses ? Et avec qui encore ? Je suis outrée ! furieuse! Euh! le monstre d'ingratitude ! — Ah ! madame, comme votre conduite fait bien la critique de la sienne. Vengez-vous, madame, vengez-vous bien vite. H le mérite. — Non, laissez-moi, mon cher Persac.

N'abusez pas d'un moment où le dépit, la colère me feraient consentir à des choses

- i85 qui... Persac... Monsieur le président... Persac. . . Monsieur le président. . . que faitesvous ? — Vous le voyez, madame, je travaille à vous venger... Vous êtes vengée. La comtesse déclama encore contre son époux; le président la vengea encore. Elle trouva goût à la veiigeance, et allait continuer à se plaindre de son perfide, quand le président lui dit très-sérieusement : « Ma- « dame, je conçois qu'il est doux à un « cœur offensé de se venger; mais il est « quelquefois aussi beau de pardonner. » Et il disparut. La dame, peu satisfaite de l'éloquence de son vengeur, fut en chercher des plus déterminés au Waux-Hall. Une honnête femme une fois révoltée est vindicative comme tous les diables.

N'a pas pourtant une Honesta qui veut.

Belphégor. La Fontaine.

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TABLE DES CHAPITRES Contenus dans la première partie

Introduction i

I£PITRE DÉOICATOIRK V

Envoi ix

Avant-Propos xiii

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