INTERRUPTION
On s'empresse de r^arer ici un oubli notable dans la liste des personnages. Il doit être reconnu que Tonnellier, que madame Gallochat et son fils prennent une part assez vive à cette scène, et Ton prie d'ajouter :
Madame Gallochat^
Son fiU GaUochai,
Tonnellier.
Revenons au jeune et infortuné Tonnellier dont s'agit...
On lui effondre son chapeau de coups de poing. — Tlà pour ton m'sieu!
Tonnellier. — Hi, hi, hi, qu'est-cô qu'on va dire chez nous? hi, hi, hi.
Zidore. — Ah! ben non, tais-toi, ça ne sera rien... ne le dis pas, hein ?
Tonnellier, — Tvcux lo dire, moi, hi, hi^ mon chapeau qui n'a plus do fond.
256 l'écolier
Zidore, -~ Nous somm'amis, tu sais, ne pleure pas... tiens, j'te vas donner quéque chose pour la peine... V\k un crayon rouge.
Tonnellier. — J'en veux pas, d'ton crayon, j'veux un chapeau, hi, hi.
Ztdore. — Tiens, v'ià encore un bouton... tu vois, c'est gentil, c'est en vrai or.
TonneUier calmé. — Nous serons amis, pas vrai ?
Vinet. — Qu'est-ce que t'as dans ton panier?
TonneUier. — Du raisiné.
Vinet, — Donne-moi-z'en un peu.
Tonnellier. — Est-il gueulard donc, celui-là! v'ià pour Zidorc ; toi, t'auras rien , t'es trop gueulard : v'ià ce que c'est de demander.
Vinet. — Vlàice que t'auras, toi.
Il lui donne un soufflet éclatant. Tonnellier crie et on étouffe ses cris, on l'entoure, on lui fait les cornes.
Zidore monte sur une table et déclame :
— Prêchi , prêcha; la chemise entre mes bras, le bonnet sur mes cheveux
Une voix. — Meg'k vous, v'ià m'sieu !
Zidore, dans son empressement, tombe du haut de la table en bas.
Un ami, — Bien fait.
l'écolier 257
Zidore. — Ça m'est égal, je ne m'ai pas fait de mal.
U se met à pleurer.
Mais la scène change : le maître parait à la porte et crie d'une voix forte :
Gare là-bas, si j'y vas.
Sensation marquée.
Tonnellier, — Hi, hi, m'sieu !
Le maître. — Attends, attends, chenapan... J'vas vous en faire du train, moi.
Il entre.
Tonnellier. — Hi, hi, m'sieu 1 Vinet m'a bat
Le maître. — C'est donc toi, Savoyard, qui... (il lui détache une claque à tour de bras), et à genoux tout le temps de la classe 1
Tonnellier. — Ho lo lo lo la la la! c'est pas moi qui... hi, bi...
Le maître. — A genoux ! obstiné 1... Silence par là ou je vais en faire autant... Ah! tu as une mauvaise tête ! et moi aussi... Nous allons faire la prière.
Tumulte, bruit de bancs et de vaisselle dans les paniers.
Le maître. — Pavais déjà dit qu'on devait déposer la mangcaille derrière la porte... dorénavant je la conGsquè... pour Azor... à genoux !
U fait le signe de la croix : In nomine Patris.,. U
258 l'écolier
jette un regard furieux à droite et à gauche. — In nomine Patris.,, J'te vas aller cingler, toi là bas... In nomint Patris.,. (Tonnellier gémit encore d'une Toix étouffée. ) Qu'est-ce que j'entends?... Tn nomine Patris... Le maître lève la main pour un nouveau signe et la rabat violemment sur la nuque de l'élève le plus proche en appuyant sur ces mots : — In-no-mi-ne-Patris y et-de-la-main-droite-animal ! . . .
L* élève à demi-voix. — Chameau !
Le maître. — Qu'est-ce que tu as dit?
L'élève levant les coudes. — Pas moi, j'ne dis rien.
Vinet. — M'sieu, il vous appelle chameau.
Le maître impétueusement. — On ne te demande nen, toi... enfant de rien du tout, ver de terre! — U court à Vinet et le secoue par les oreilles.
Vinet. — Holà, holà, c'est pas moi, c'est lui qui vous appelle cha-a-a-a-a-meau, chara-a-a-a-meau, hou you you you you I
Le maître. — khi les vermines I vous voulez doue m'épuiser, m'aasassiner!
U parait hors d'haleine. Gallochat se glisse dans la classe.
Le maître. — In nomine Palris... D'oùsquc tu viens à cette heure, toi?
t 'ÉCOLIER 259
GaUochat. — M*Biea, m'aman a dit comme ça que
i'vous dise, qu'elle avait dit que que... elle n'avait
pas fait cuire à déjeuner... et qu'il était trop tard.
Le maUre, — Retournes-y et tout de suite on n'entre pas après neuf heures.
Gallochat, — Mais, m'sièu...
Le maitre s'élance après lui, il s'enfuit en criant.
Le fàa^tre, — In rumine Patris et Filii et^. (GaUochat rentre à quatre pattes, le maître s'élance de nouveau ; GaUochat disparaît, le maitre continue) : et Filii et Spiritus sancti,..
Les élèves sur tous les tons du miaulement : Amen.
Zidore, après les autres, note aiguë, exagéjrée :— Amen!
Le maitre dévorant sa colère et les den^s serrées. — Vent, sancte «ptrttus... Ici, Bocquet, ici, scélérat, que je le casse un bras ou deux... Je te ferai suivre, moi]
Boc<fuet, — Si, m*sieu, je suis... sancte spiritus sancte...
Le maitre avec un mouvement passionné. •*- Je vais f » donner sur les reins, des sancte spiritus.... Apportemoi ce que tu caches dans ta culotte.
Bocquet. — M'sieu, c'est mon déjeuner.
' Le maître, — Viens-tu? (Bocquet lui met dans la main un cornet de mélasse.) Yilajn dégoûtant, tu ne l'auras pas, ton déjeuner, s^vîigel... la brute, la brute elle-
260 l*£golier
même, vaut mieux que vous, car au moins la brute... mercenaires!... Vent, sancte Spiritus^ Bs — Bs — Bs — Bs — Bs — incende^ — Bs— Bs.
Les élèves, — Bs — Bs — Bs — Bs— Bs —
âmen!
La classe commence, le maître demande les leçons, on entend un frémissement de feuillets.
Tonnellier, — N'pousse donc pas, toi... STsîeu !
Anatole. — Tiens, capon. Ta dire à m'sieu !
Tonnellier. — Wsleu I ! !
Anatole. — Oh c'tte échinade après la classe, tu verras, va ! capon ! capon! filou !
Le maitr^. — Natole, Tévangile?
TonneUier. — Bien fait.
Anatole. — Grand voleur, tu verras (il se lève et commence très-haut) : En ce temps-là.,, là.,, h... Encetemps* là... à... En ce tempS'là... à... Jésus... us... us...
Le maitre. — Sait pas; quinze fois Tévangile à copier.
Anatole. — Si, m'sieu, si, m'sieu... En ce temps-là... à... à...
Tonnellier^ bas. — Bien fait.
Anatole. — En ce temps-là à à, (bas) filou ! filou I (haut) En ce temps4à... à... à.,.
Le maître. — Copier trente fois.
h'icoiiEK 267
avez eu tort, GaUochat; pourquoi n'osiez-vous pas^.Boon petit ami?
Madame Gallochat. — Tu vois, petit, mosieu eat bon... Vous savez, quetTois y ne sont pas fâchés d'aller comme ça courir... Oh! mais, que j'dis, j'vas t'y ramener, i*vas y parler, au mosieu...
Leniaitre. — Madame, je suis enchanté deToccasion...
Madame Gallochat. --^Y a pas de quoi, fhosieu Desvergettes... Allons, petit, ôte ta casquette, ylà ton panier, va avec tes petits camarades, et profiter... C'€st-il sage, c'estil savant, tous ces petits messieurs-là?
Le maître. — Mais, Dieu merci, je n'ai point à me plaindre, ça va, ça va, '
Madame GaUockat. — Ah I dame{ c'est pafi tout des roses. Seigneur Dieu, qu'on doit avoir quet'fois du mal dans vofétal!... .
Le maître. — Mais comme ça... il faut des soins.
Madame Gallochat. — AIloi»s,à revoir, mosieuDesvergettes, excusez bien.
LemaHre. — Gomment, madame, c'est moi qui... (Elle sort. A Gallochat, d'un ton dur : ) Veux-tu m'oùvrir ton livre tout dB suite ! (Gallochat fait un mouvement pour rejoindre sa mère). Yeux-tu rester là, drôle ! (11 le repousse 9ttr le banc d'un coup de poing.). Hum! hum!
268 l'écolier
ouf!... dans le climat de Vheureuse Be'tiqw... Bon, bon, ne vous gênez pas, continuez, là-bas, c'est fort bien.
Bocquet et Zidore se frappent l'un Pautre. — A toi le dernier. — C'est toi qui Tas. — C'est toi. Et zut et zutf • — Et zut et zuti
Le maître, — Attendez, je vais me mettre de la partie.
Bocquet et Zidore passent sous le banc et se frappent alternativement en fuyant : le maître les poursuit.
Zidore, — C'est toi qui l'as.
Bocquet, — C'est toi.
Le maître les saisit, Ils continuent de se renvoyer des
Le maître. — Ahl déchaînés! (Il les secoue par les cheveux.) A genoux et au pain sec tous les deux (ils se mettent à genoux); les savoyards (il reprend son livre) : darhs le climat de Vheureuse Bétique.
Zidore et Bocquet, rampant sur les pieds et les mains, s'approchent et continuent leur escarmouche.
Le maître s'élance. — Ce ne sont pas des enfants, ce sont des bétes féroces... (il les sépare à grands coups). Viens ici, toi... et tous me le paierez cher tous les deux
Bocquet à voix basse en tirant la langue : — Ohé, Zidore! PstI pst! C'est toi qui l'as.
Zidore. — M'sieu... j'vas y dire ce que ttt sais bien
l'écolier 263
Lb maître, — Paurrebéte... bourreaux,.. samHrœurs... Qui est-K^e qui lui a introduit ce papier dans le corps ? Barbares !.. (A Félix) Serais-tu content, si Ton t'en faisait autant?... Si vous profitiez^ savoyardSp de oe que je vous montre... si vous écoutiez, cancres (Il appuie sur les mots) : Jamais faire à autrui ce que nous ue youdrioDs pas qu'on nous flL.. ça dit tout, ça.;, au lieu qu'ils ne savent qu'imaginer, ces renégats.,, il faut que je le dise, pour tourmenter, là, pour tourmenter h plaisir... Souffire, souffre si tu veux... mercenaires que vous êtes... Un maître qui consacre «a vie à leur donner de$ soins, une béte innocente qui ne leur a jamais fait de mal,., tout leur est J)on... ça leur est égal... Hais, si petit que soit un animal, il sQufTï*e comme vous : ce pa* pier, qui vous semble peu de chose, c'est comme rnie bûche pour vous... Parce que ça ne se plaint pas, n'estce pas... vauriens... ça n'en souffre pas moins... Ça se plaint, ça crie, ça pleure, ça hurle comme vous... C'est vous qui n'entendez pas, bourreaux... Pauvre bête!... ils lui ont coupé la tète... les chenapans... Rendez-lui la liberté.,, tout de suite... {On jette l'insecte par la fenêfre,) Tonnellier, — M'sieu, Zidqre m'appelle voyou I Le maître. — Silence!... Vous avez vu par J'évangile de ce jour combien il est difBcile...
264 L*iGOLIER
Tùnnellier. — M'sieu, Zidore me doDoc des calottes.
Le maître. — Vous venez de voir par l'évangile de ce jour..«
Tonnellier à Zidore. — Ah ! ben, finis, toi, je ne joue plus... M*sieu !
Le nuAtre. — ... combien il est difficile.
Tonnellier allant à lui. — M'sieu, Zidore ne finit pas de me donner de grandes pichenettes sur le nez.
Le maître lui allonge un soufflet en appuyant sur ces mots. — dif-fl-cil-le de par-don-ner les ofiTenses... Tiens, vermine, et à genoux ! (Tonnellier fond en larmes.) Vous avez vu par l'évangile de ce jour combien... Mais ils ne savent rien, les cancres... et je m'épuise (il tousse) Hum! hum ! hum (violent accès) ! Vous voulez donc m^avoir les poumons, misérables... Ils veulent m'assassiner... Âh! mon Dieu!...
Il cède à l'émotion, sa voix s'altère, ses yeux s'humectent, il s'essuie la figure de son mouchoir. Sensation profonde de stupeur et de compassion parmi les élèves.
Le maître. — Vous apprendrez l'évangile suivant... nous devons avoir fini à la Fôtc-Dieu... un évangile par jour, comme ga...
Il prend un livre qui indique qu'on passe à la dictée. Les cahiers s'ouvrent, les plumes s'apprêtent.
l'<golixr 265
Le maître dictant. — Le vieux Nestor répond en ces termes.,. Le vieux... Nestor... répond en ces termes... aux envoyés... Je te vas frotter les épaules, toi là-bas, va-nu-pieds.
Un élève écrivant. — frot-ter-les-épautes.
Le maître. — Tu écris ça toi, ignare?... tu me confonds avec Fénelon... (il sourit) c'est pas mauvais... pauvre Pénelon! (il reprend sa dictée) dans te climat de Vheureuse Bétique... dans le... je ne sais plus où j'en suis... Le vieux Nestor...
Anatole. — STsieu, voulez-vous me tailler ma plume T
Le maître avec une intention maligne. — Monsieur, me prenez-vous pour un tailleur I je ne suis pas tailleur. . .
Les élèves avancés se mettent à rire. Le maître réprime à demi un sourire de satisfaction et demeure quelques secondes sans parler. Il reprend sa dictée.
— Dans le climat de IheureusCy non ce n'est pas ça... Le vieux Nestor répond^ virgule, aux. envoyés, virgule, iu.roi d^Ithaque deux points : Amis! point d'admiration...
En ce moment Vinet donne sans aucun motif un Tident soufflet à Tonnellier penché sur son papier. On s'étonne et Vinet s'écrie : — M'sieu, Tonnellier y me donne des calottes!
266 • l'écolier
Le maître. — Ici, Tonnellier.
TonnelUer oppressé €t stupéfait : — M'sieu, c'est lui.
U maître — Ici, brigand.. . faut que tu sois bien féroce toi (il soulève Tonnellier par les oreilles)!^ .
Tonnellier, -^ Holà holà, hoooooolà! (furieux), grande bête, nà!
Le maître. — Je t'anéantis, misérable tu es donc
un fléau, tu es donc né pour le tourment des humains... On aurait dû t'étouffer en naissant... Si j'étais ton père... Mais, les parents, c'est si indulgent... Je.ne sais plus où j'en suis... dans le climat de V heureuse Bétiqut»., savoyards 1
Gallochat rentre avec sa mère et se tient humblement derrière elle. La classe jest interrompue, les élèves chuchotent.
Madame GallocfuU. — Mande bien pardon, mosieu i)esvergettes, sans vous déranger...
Le maître. — Gomment, madame, je suis enchanté de l'occasion qui me procure...
Madame Gallochat. — L'petit est revenu chez nous,qui dit : Le jnosieu m'a grondé. Attends, quej'dis,j'vas voir, ça n'sera rien. Il n'osait pas revenir couune ça toHt seul.
Le maître. — Oh ! madame, quel enfantillage... Vous
l'écolier 261
Anatole, — Mais m'sieu..., — Quarante fois. — Une injustice, nà. — Gincpiante fois. — Ferai pas, nà. — Tu raisonnes!... — Le maitre se lève.— Si, m'sieu; si, m'sieu ; (plus bas) injustice, nà! filOu, nà !
Le maitre. — Zidore, FÉvangile.
Zidore se lève avec empressement et parle fort vite.— En ce temps-là, En ce temps-là, En ce temps-là,,, M^sieu, papa a été malade, j'ai pas pu apprendre tout.
Le maUre. — Une attestation de vos parents ?
Zidore. — Ifsieu, papa était malade.
Le maitre. — Quinze fois à copier.
Zidore éclate en sanglots. — M'sieu, m'sieu, papa est malade... c'est pas moi... c'est papa qui est malade.
Le maître. — Je n'entre pas là-dedans.... Bocquet, Tévangile ?
Bocquet. — M'sieu, ça n'est pas dedans le mien.
Le maitre. — Quatrième dimanche après la Passion,
Bocquet, — Cest Filipot qu'en a fait des cocottes.
Le maitre avec une irritation concentrée. — Vous les copierez quinze fois, ces cocottes.
Bocquet. — Mais, m'sieu...
Le maitre. — Silence, et obéissez... Vinet, ta leçon?
Vinet cherche sa casquette, ramasse une plume et de- . meure longtemps sous son banc.
262 l'écolier
Le maître, — Vinet, je t'attends.
Vinet sous le banc. — BTsieu, je ne trouve pas le coton de mon encrier.
Le maître. — Tu n'as que faire de coton dans cette circonstance, il me semble, Récitex
Vinet d'an ton très-haut — En ce temps-là. à. à. à...
Le maître. — Plus bas, nous avons le temps.
Vinet plus haut — En ce tempsrlà-à.... Jésus...
Le maître. — J'ai dit plus bas..^ parlè^e allemand?
On entend le chant d'un grillon sous les bancs. — Vri-<ri^ri-cr%.
Le maître, — Qu'est-ce qui souffle par là ? J'vias le souffler, moi.
Vinet, — M'sieu, c'est chose qui m'empêcbede réciter, avec son cri-cri,., il me Je met dans le dos... Pélisque nà.
Le maître. — Qu'on m'apporte cet animal.
Félix, — M'sieu, c'est pas moi, c'est lui.
Lemaitre. — Apporteï-inoi cet animal, vous dis-je.
Félix en pleurs. — M'sieu....
Le maître impatienté. — Faut-il que faille le chercher?..,
Félix se cache sous son banc, Vinet vient déposer le grillon sur le bureau du maître*
l'£golier 269
(Bocquet lui fait les cornes). M'sieu, vous ne savez pas ce que Bocquet a dit?... Il a dit comme ça que sa grande sœur s'ec va sur le carré, et puis avec le voisin qui joue de la flûte, et puis qu'elle y a donné quatre sous pour qu'il ae le dise pas...
Bocquet 3n même temps. ~ M'sieu, Pécoutez pas, c'est pas vra... Eh bien, moi, j'vas y dire ce que t'as dit aussi.
Le tnaitre. — Silence, vipères!... vous portez le trouble et le déshoineur dans vos familles.
Le maître, ccnme on l'a dit, est marié, marié tant bien que mal, et soorepos, son honneur, les mystères de sa vie privée sont . la merci de cette multitude étourdie d'où s'échappe t6 ou tard, comme des roseaux de la fable, la fatale rumur : Midas, le roi Midas a des oreilles d'âne! Ainsi se mrit quelque catastrophe.
Bocquet. — M'siu, c'est pour vous, ce qu'il à dit... Il a dit comme ça...
LfimiWre. — Sileitel Bocgue^— Que radame Desvergettes.., Le maître. — Silen^, vous dis-je !
Boc^tiel. — Que ma^me Desvergettes...
Le maître, à ce nom{léchit :
L'enfont s'approche el(ui dit le reste plus bas.
270 l'écolier
Le maitro d'abord le repousse.
Puis il écoute.
Puis il fait^ répéter.
Puis il pâlit.
L'enfant étend ses révélations. Le maître la^ tomber sa tête dans ses mains. On fait silence, :1 se relève.
Le maitre. — Mon Dieu ! quelle épreuve ! je n'y survivrai pas.
Il éclate et pousse Bocquet jusqu'à !<' porte.
— Sortez d'ici, malheureux, allez retrower les parents coupables qui vous ont donné le jour.
11 revient à sa table.
Les élèves sont consternés, k Tcxcepion de quelquesuns qui sourient et font des grimaces.
Yinet bâille.
Tonnellier louche.
Félix mange.
Anatole siffle.
Boivin glousse.
Francis dort.
Gilot danse.
Le maUrc. — Messieurs, aprôicc qui vient de se passer, je me vois forcé dlnterrorore la classe; vous pouvez vous^ retirer.
L*ÉCOLiER 271
Les élèves reçoivent cette nouvelle avec acclamation. Bq cet instant parait madame Desvergettes avec Bocquet.
Madame DesvergetUs. — Pourquoi doncque tu chasses c'petit, DesTergettes? Il se désole à la porte, c'pauvrc enfant !
Le maître, — Il vous appartient bien de prendre sa cause en maini
Madame Desvergettes, — Tiens, qu'est-ce qu'il y a donc? Qu'est-ce que t'as donc, mimi? lia donc été bien méchant, Bocquet ?
Le maître,^ Sors d'ici, malheureuse!... que tu me fais dire.
Madame Desvergettes, — àh fia, dis donc, toi, tu m'ennuies pas mal!
Le maitre. — Vous n'avez pas de honte devant ces innocents ! Faut-il que je m'explique ?
Madame Desvergettes, — Explique-toi, qu'est-ce ça me fait? c'est que tu vas voir, toi, & la fiai
M. Desvergettes entraîne sa femme dans la pièce voi-^ sine. Bpcquet, qui a quelque raison de craindre les suites de l'explication, proflte du moment pour s'esquiver. On entend des cris, une dispute, des sanglots étouffés. La classe se déchaîne et fait on horrible tapage ; on escalade IcBbancs, on décroche les cadres, on danse sur les tables.
272 l'écolier
Vinet, monté sur un banc, chante :
Promenons-nous dans le bois Tandis que le lonp n'y est pas; Loup! y es-ta?...
On entend pleurer madame Desvergettcs.