PRÉLIMINAIRES
Nôtre toge virile , à nous autres Français , est beaucoup plus étroite et nous la mettons de bonne heure , mais elle n'impose aucune obligation.
C'est une espèce de vêtement tout d'une pièce, bifurqué pour les jambes, fendu à rebours depuis la nuque jusqu'au milieu du corps, garni à cet endroit de boutons qu'on ne boutonne jamais, d'où jaillit sans cesse, en cascade majestueuse, un bon pied de chemise dont l'usage est si varié I
Bn un mot, c'est une culotte !
Je commence par un mot bien redoutable aux oreilles anglaises. Cela s'appelle prendre un sujet ab avo.
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Mais, quoi 1 je ne serai guère lu par celles de ces dames qui ne savent pas le français, et celles qui le savent en ont bien vu d'autres.
Donc, le jour mémorable o& le jeune citoyen jouit de cette prérogative extérieure de son sexe, ce qui arrive d'ordinaire entre la quatrième et la cinquième année pour les enfants d'une précocité moyenne, on lui achète un catéchisme, on lui donne deux 'tranches de pain frottées de confiture, et le voilà écolier pour longtemps, peut-être pour toute sa vie.
Ce jour-là est un jour de joie ; les livres neufs, la culotte, les confitures, sont le miel dont on frotte les bords du vase amer de la science. Et quelle analogie touchante s^offre à moi! Penfant lèche l'enduit de ses tartines, déchire son livre, salit sa culotte; reste le pain sec et Pécole.
Le prétexte est que l'enfant doit apprendre à lire.
11 y a des parents qui avouent crûment qu'ils cherchent à se débarrasser de leur fils bîen-aimé durant la journée entière.
Mais, je vous demande quel peut être le sort du malheureux qui s'embarrasse de ces vingt ou trente enfants dont chaque famille s'est débarrassée ?
Ce malheureux qui peut être, selon les lieux et les
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circonstances, un bomme ou une femme, n'a rien à leur apprendre, il n'a qu'à les garder. Ceci n'est point encore Técole, c'est une sorte de troupeau et de parc. L'infortuné ! que ne garde-t-it plutôt les dindons !
Bile avait bien compris ceci, la bonne tante Chapelet!.... Qui sait ce que cette pauvre femme est de* Tenue?
C'était à quelques pas hors la ville, dans un faubourg où s'étaient amassées quelques maisons misérables. On entrait par la boutique de H. Chapelet, qui était menuisier, et dès les premières marches de l'escalier branlant et vermoulu, on entendait un babillage haut et confus, comme un bruit de cigales dans les champs en plein midi.
11 y avait là une vingtaine d'enfants des deux sexes, mais tous en robes et tous bavards, tous bruyants, tous pleurants , tous gourmands, tous jaloux et tous barbouillés.
' 11 n'y avait lù de calme que le crucifix noir au fond sur la muraille nue, et, à l'autre bout, la digne tante Chapelet assise sur sa chaise , les lunettes sur le nez. Tous deux dominaient la scène, et tous deux se regardaient. Héroe sérénité, même patience, même résignalion, même attitude souveraine, même toute-puissance.
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La tante Chapelet semblait consulter le Christ, et le Cfirist semblait encourager la tante Chapelet.
Je rappelle la tante Chapelet, parce que c'est le nom qu'on donne en ce pays-là aux maltresses d'école. Go n'est pas moi qui blâmerai ce nom doux et maternel. Le bon sens de ces braves gens a deviné cette règle touchante de l'enseignement religieux, qu'il faut que l'enfant puisse appeler son maître mon père.
Quand je dis que la tante Chapelet avait compris sa profession, c'est qu'elle avait à sa droite, dans l'attitude du soldat au repos , un roseau de douite pieds environ, qui-, de la place qu'il occupait, pouvait atteindre ù toutes les extrémités de la salle ; et dès que les marmots dépassaient çà cl là la limite voulue d'ordre et de silence, ce roseau s'allongeait et leur donnait sur les doigts sans que la bonne madame Chapelet sourcillât. On voit que la comparaison du pasteur est exacte jusqulk la houlette.
Il y avail do mon lemps des' maisons où renseignement avait la prétention de marclier plus vite, et tout eu abordant les mystères de l'A B C, oii livrait aux enfants de grandes tables creuses pleines d'un sable fin et de longues ardoises oii la salive effaçait l'écriture.
A force de soins et d'application, les écoliers ])nrve-
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naient à figurer sur ce sable les compartiments d'un jardin anglais avec fossés^ bassins, bosquets, labyrinthes et cascatellcs.
Quant aux ardoises, j'y ai vu exécuter d'une manière surprenante pour un âge si tendre, le profil d'un homme qui fumait.
Ces écoles s'appelaient l'Enseignement mutuel
Il m'en reste un souvenir bien fait pour frapper de jeunes imaginations, c'est qu'on allait en rang, en marquant le pas comme des grenadiers, se poser en demicercle devant des tableaux abécédaires ot des enfants qui savaient peu étaient instruits par un autre qui ne savait rien. Quoi de plus mutuel, je vous le demande?
Mais qu'importe? homme ou femme, fille ou Veuve, prêtre ou laïque, qu'elle soit trois et quatre fois bénie la douce créature dont la patience parvint à nous apprendre à lire, ce bienfaiteur qui demeure presque toujours inconnu. On apprend h lire comme on apprend à voir, à marcher, à parler, sans savoir comment.
Je me souviens seulement que, vers l'âge de quatre ou cinq ans, je dévorais les Œuvres de cet aimable Berquin et les Aventures admirables de Robinson Grusoé, et je ne sais à qui je dois ces premières et ces plus pures joies de ma vie.
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Je ne connais rien de plus difficile, de plus charitable, de plus rebutant que d'apprendre à lire à un enfant, si ce n'est pourtant d'apprendre à lire à une personne raisonnable.
Quand vous avez démontré pour la vingtième fois à votre écolier que 6 et a font ba et quand pour la vingtième fois l'écolier a dit 6u, essayez, fùt-il votre fils, de ne pas casser la tète à votre écolier?
Calculez maintenant ce qu'il a fallu de bonté, de dévouement, de patience, de résignation en France, pour que le plus sot des journaux ait trois mille abon* nés.
Mais jusqu'à présent, l'écolier n'a rien montré de son personnage, ce n'est qu'un enfant qu'il faut laisser manger, pleurer, dormir et le reste. Vous ne soupçonnez pas toute la malice qui couve et mûrit sous ce."; cheveux blonds. Vous ne devinez pas les coliques, les fièvres chaudes, les phthisies pulmonaires, les rhumes, les catarrhes, les transports au cerveau qui s'amassent pour les professeurs entre cette casquette en coup de vent et cette culotte si mal boutonnée.
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l'École buissonnière
Le plas beau jour de la vie, au moins au même titre que celui où Ton remporte sou premier prix, où l'on gagne sa première bataille, où Ton fait sa première^ sottise, etc., etc., c'est celui où Ton jouit en toute propriété d'un encrier et de quelques plumes.
Avec quel soin on remplit la bouteille, avec quelle dévotion on la renverse, avec quel zèle on se noircit le nez et les doigts ; de quel courage on griffonne sur tous les chiffons de papier ; de quel cœur on barbouille son cahier, son banc, sa table, sa vesle, sa culotte, son mur, et comme tout l'univers se concentre dans un pâté d'encre.
Ce premier endrier n'est pas sorti de ma mémoire : c'était une belle et bonne écritoire, faite d une fiole enchâssée dans un morceau de liège carré, percé d'un trou i chacun de ses angles *, elle dura peu, mais je
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revins le premier jour chez mon père sous la couleur d'un esclave africain.
L'enseignement primaire est difficile à définir. IJ est certain qu'on en sort sachant écrire, mais il est inconcevable qu'on y parvienne après un temps assez confU' fiément distribué entre l'éducation des hannetons, la confection des cerfs-volants, le pugilat et le dessia à la plume et au charbon dans tous ses raffinements.
L'école est obligatoire tous les jours, sauf le dimanche et le JEUDI, gravés en traits de flamme dans la mémoire de l'écolier. Dimnnche! jeudi I qni nous dira quels beaux ciels, quels horizons dorés et magnifiques s'entr'ouvrent à ces mots-là! Combien ces jours sont gros de promesses joyeuses, et comme ils nous dérobent tout le reste de l'avenir l Mais aussi qui nous dira, quand ils finissent, quel voile sombre s'étend sur le jour qui les suit, crêpe funèbre où se dessine, parmi les décors fan-? tasmagoriques de la classe, la pâle silhouette du maître d'école !
Je ne serais pas éloigné de croire que cette horrible pensée d'aller à Técole tous les matins, a déposé dans de jeunes ftmes ces premiùres^couches de lie qui aigrissent les caractères.
Il est, h la vérité, un moyen d'esquiver ce souci, qui
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est de s'habiller avec sounûssiOD, de ranger ses livres docilement, de remplir son panier avec courage, d^embrasser son père et sa mère, de partir exactement à rheureetdc s'en aller d'un grand zèle à Montmartre, ou sur les quais, ou sur les i)oulevard8, dans lé recoin de Paris le plus éloigné de Técole et du maître; après ({uoi, l'on revient par le même chemin comme si de rien n'était.
Cette méthode présente des écueils.
1"* Le maître a coutume d'exiger une attestation des parents, qui dit comme quoi ils ont retenu leur enfant.
2« n n'est point de statue, de pétrification subite, de congélation magique, ni le commandeur du Festin de Pierre^ ni la salaison de la femme de Loth, ni TAjax foudroyé, qui pui^ donner une idée de la transfiguration de recoller s'il vient à rencontrer quelqu'un de ses parents, ce qui peut lui arriver toujours et ce qui lui arrive souvent.
Le simple aspect d*uri parent ou nié ne d*un ami de la maison s'envenime, à cet instant terrible, de toutes les puissances de Tœil du basilic sur le dernier moineau. L'enfant pâlit, s'arrête, et çntrevoit tout ébloui des milliers de chandelles multipliées par un nombre indéfini de taloches. On a vu de ces petits malheureux, confondus,
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fasciacs, égarés, s'ailer offrir d'eux-ménies aux regards de l'oncle, du père ou du maître qui ne les avait pas tus.
Nous sommes trop justes pour dissimuler quelques avantages de V École BuissonnUre^ que nous soumettons aux réflexions des parents.
L*enfont «rrant des journées entières sur le pavé de la capitale, peut, s'il est observateur, devenir de première force dans les exercices de la balançoire, de la fossette^ du cheval fondu et des bains à quatre sous.
U peut s'ornerPesprit, se meubler la mémoire de tous les répertoires littéraires et gymnastiques des acrobates, marionnettes, charlatans, marchands de cirage, joueurs . d'orgue, équilibristes, jongleurs, bohémiens, chiens savants, alcides, enfants à deux tètes, aveugles, escamo* tcurs, paillasses, etc., etc., qui égaient et embellissent les carrefours.
Il peut apprendre Targot, le jeu du bouchon, et s'élever même, s'il a de l'abord et de Pouvprture, jusqu'à la counaissance de quelques jeunes filous.
Voyez celui-ci, qui s'en va lé long des maisons, la tète basse, son panier d'un cété, son livre de l'autre;
Il se retourne de temps en temps;
Il arrive au bout de la rue;
Il se retourne une dernière fois, il jette un regard eu-
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rieux 0 et lî, jusqu'à h porto do sa muson, il se detoaroè brusquement et se met à courir. — Le voilà loin, le voilà hors de vue, le voilà sur< les quais.
Il reprend une allure plus lente, d'autant qu'il sait que le temps ne lui manque p:is; son cœur ne bat plus si vite : il s'ennuie déjà.
Il passe devant un mardiand de gravures, de vieilles images, de caricatures, il les a vues cent fois, mais il les . regarde encore.
Les bouquinistes viennent d'étaler, il parcourt les vo* lûmes, il les feuillette, les entr'ouvre avec un disccr- . nement particulier des plus mauvais; il se met à lire enfin tout de bon les Aventures de Mandrin^ les Amours de Napole'an^ le Manuel du farceur de8ociéte\ Sacripanti ou les Brigands de la Calabre^ les Chansons grivoises, le Tableau deVamour conjugal, les poésies badines de Piron , jusqu'à ceque Tétalagistc impatienté lui arrache le livre des mains et le chasse : il 3*en va avecun chapitre de Faublas sur le cœur, un grand coup de pied autre part, et voilà comme il prélude aujourd'hui à son éducation physiquo et morale.
L'écolier oublie vite les offenses.
Le marchand en est quitte pour une écaille dUiuUre
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lancée de loin, pour une poignée de sable, ou de pias loin un seul mot passionné : voleur 1
0 boniieurl' voici un homme qui dresse une tablette sur deux bâtons croisés en X. L'écolier Ta flairé, c'est un paillassç; il le connaît d'ailleurs, il sait par cœur tout ce qu'il va dire. L'homme ôte son chapeau et met une perruque, quitte son habit et endosse une veste rouge, et puis il chante & pleine voix pour amasser la foule.
L'écolier est au premier rang, l'homme fait le moulinet pour agrandir le cercle et de son bâton lui caresse Péchîne; niais rien ne l'empêche : on le chasse à travers deux rangs de badauds, il rentre par-dessous les jambes d'un cuU*a8sier.
Voici que le jongleur demande pour sa démonstration Une personne de bonne volonté, c'est-à-dire une victime, Pécolier Se dévoue. On le campe au milieu du cercle^ et on lui fourre dans le nez une pincée sternutatoire; le tout dans le but de divertir l'assemblée : le malheureux éternue une grande demi-heure au milieu des rires sans oser se plaindre, et on ne I(» lâche que la bouche en feu, le nez en sang, les yeux hors de tête.
S'agit-il de tirer liUe carie au hasard, de couper un prétendu raban qu'on va raccommoder, d« découvrir
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anc muscade, ce mallicureuK enfant, qai a craint de s'ennuyer à Técole, sert de risée à la populace et reçoit les rebuffades du plus ignoble baladin.
11 s'arrête auprès d'un empirique et il évite à grand'peine qu'on lui arrache une dent, pour Texemphe. Il ro^rde un physicien ambulant qui le laisse une heure durant sous le feu d'une machine électrique, il passe auprès d'un marchand de savon à détacher qui le happe au collet et lui couvre sa veste d'ordure sous le prétexte de la nettoyer.
Mais, qu'est ceci ? que veut cet homme ? on s'assemble autour de lui, il a déposé sur le pavé une petite litière d'herbe et de mouron, là-dessus se roule un serpent,
une couleuvre, une hideuse béte toute vivante. Quand
le reptile a épuisé la curiosité, l'homme tire d'une cage un oiseau, deux oiseaux, trois oiseaux qui font les moff«, dit-il, et qui le sont très-véritablement depuis six mois.
n les pose sur la litière en attendant qu'ils se réveillent à son premier commandement, et récolier no li'S perd pas de vue; il regarde le serpent, il regarde Thomme, il revient aux oiseaux, ne sachant trop qu'en penser. Les oiseaux demeurent plus morts que jamais et comme s'ils n'avaient fîiit autre chose de leur vie.
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Le cercle suflisamineut aUécliô par cei prépiralifs, rhomme découvre une manne pleine de petites tablettes toutes noires; et cet homme qui a tant parlé de serpents et d'oiseaux, Tend tout bonnement du cirage.
— Messieurs! crie-t-il, le soulier le plus sale j'en fais un vrai miroiri une personne de bonne volonté, il a'ea coûte rien !
— Du moins, pense Tenfont, voici qai est profitable et j'aurai mes souliers cirés.
Les souliers de PécoUer sont rarement propres. Il monte sur la sellette.
i L'homme frotte, brosse, décrotte, lustre, cire, polit, et, en effet, le soulier prend l'éclat d'une escarbouclc, à condition que le cuir en sera brûlé demain par la corrosive composition.
L'opération faite, le jeune homme se mire complaisammcnt dans son empoigne, et met Tautre pied sur la sellette, à quoi Thommo réplique par une bourrade en disant que ceci suffit pour donner une idée au public.
Le temps se passe, mais Tenfant s'ennuie : il s'avise parfois qu'on n'est pas tout à fait aussi triste à Técole. S'il pleut, par malheur, la situation devient insupiwrtable, où aller? comment tuer les heures? On a vu de ci's jeunes gens passer une demi-journée dans uuc
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église, soud Farche d'un pont, à regarder couler les égoûts : le tout, plutôt que d'écrire dix lignes et d'ap« prendre une page.
Si le ciel est beau, les ressources abondent : et d'abordf le matin, on va Toir détiier la parade; un régiment passe, musique en télé, on le suit, on marche à côté des tambours quand ils battent, de la musique quand elle joue, et Ton va au pas comme les compagnies, et Ton se détourne pour regarder ces rangées de moustaches, et Ton ferait dix lieues de la sorte ; si bien que le régiment arrive à sa caserne ou au Gbamp-dc-Mars.
Au Ghamp-de-Mars il y a un exercice à feu : et ce BODt encore deux heures bien heureusement employées.
Dans le temps des chaleurs, les bains de rivière suffisent à défrayer tout un jour; mais si, par un sort fatal, Tcnfant, dans ces circonstances, prend le goût de la pèche à la ligné, cVst fini, il est désespéré, il ne fera plus autre chose toute sa vie, il s'immobilisera sur un parapet, il se moisira dans une eau fétide péle-méle avec ses asticots, de vieilles savates et des culs de bouteilles, c'est un enfant à noyer dès ce moment-là.
Car, il faut le dire ici en manière de parenthèse, l'écolier en général est d'une patience bestiale. Il y en a qui sont capables de planter et d*arroâer tous les jours
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uae vieille canne de jonc dans l'idée qu'il en sortira quelque chose. J'en ai connu qui nourrissaient la passion de faire du verre et qui ont tenté mille expériences Mians ce but.
Ce pauvre Gérard, l'auteur de Léo Burkart, qui a perdu la raison maintenant et qui était dans son temps grand faiseur d'école buissonnière, m'a conté qu'il allait passer ses matinées au bord de la Seine, et qu'il y avait creusé un trou en manière de petit bassin qu'il remplissait d'eau tous les jours, que la terre buvait l'eau sans cesse et qu'il avait employé tout un été à ce manège.
Il y a encore des écoliers qui couvent eux-mêmes les œufs de nids qu'ils ont découverts et qui consentent à les porter six semaines dans le creux de l'aisselle sans faire un mouvement qui les offense.
Il y en a d'autres, enfin, qui m&cbent huit jours durant un morceau de caoutchouc ou gooune élastique, parce qu'au bout de ce temps elle se trouve suffisam.ment amollie pour se distendre en manière de globule, qui se remplit d'air et qui éclate sous le doigt avec un petit bruit qui en vérité n'en vaut pas la peine.
Nous abrégeons les preuves d'une industrie courageuse et persévérante qui ferait pâlir les Latude, les Pé-
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hâson et tous les forçats qui s'occupent de leur évasioa ou qui creusent à la pointe du couteau des tabatières dans un noyau de cerise.
l'intérieur db l'école primaire
Nous savons ce qui se passe hors de l'école, nous jetterons un coup d'œil sur Tintérieur de cette terrible institution.
Le maître d*école est d'ordinaire un jeune homme, en ce temps où le professorat est si chargé de jeunes sujets qu'il ne restera bientôt plus d'élèves. Il devient rarement vieux à moins qu'il ne soit d'un extrême endurcissement, d'une ignorance profonde, d'une sottise aussi grande et d'un très-mauvais cœur; le plus souvent quelque péritonite aigu3, quelque congestion cérébrale, quelque phthisie laryngienne l'emporte à la fleur de son âge avant qu'il ait pu s'illustrer par Tachèvement de quelques poésies ou le portrait de Napoléon à clicval en
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traits de plume. Pour la plupart, ils ont le tort d'être mariés; ce qui complique le gouvernemeot public dç Técole d^une administratioQ intérieurje et du soin particulier de un ou de plusieurs enfants.
Le maUre^ pour parler comme Técolier, est encore à déjeuner quand ses élèves arrivent le matin Tun après l'autre : que peut-il manger? c'est un mystère. L'écolier curieux se fait là-dessus des illusions grandioses. Que peut manger un maître , si ce n'est tout ce qu'il y a au monde de meilleur, de plus rare et de plus secret?
U y en a qui mangent tout simplement à déjeuner une mouillette trempée dans un demi-verre de vin.
On remarquera peut-être que c'est le mets qu'on donne auK perroquets quand on veut les faire jaser.
La classe est donc déserte, fraîchement arrosée et balayée, les élèves s'y glissent lentement et slnstallent ; mats comment saisir cette scène multiple? Nous allons écouter au^ portes; et dans le cas où nous serions cliargéB 4'tin rapport sur l'enseignement primaire en France, nous transcrirons exactement ce qui va se passer et se dire; encore ce moyen laisse-t-il à regretter le procédé des chœurs de la tragédie grecque.
Citons les personnages :
M. DesvergeUes^ le maître.
l'égolibr 253
Madame Desvergeiies^ sa femme.
Bocquet.
FilipoL Vinet.
Afiatole.
Isidore,
Le reste ne vaut pas V honneur d'être nommé» Les sujets intéressants qui sont entrés les premiers se ^groupent et causent d'un air animé. Le jeune Pilipot, qui a pris en chemin une grande résolution, passe la tête à travers la porte et dit d'un ton profond :
— Qu'est-ce qui vient voir passer la re?ue ? Yiens-tu voir la revue, Vinet?
Vinet. — Bt l'maître?
FUipot, — On y dit aut... y a personne chez nous... Vien&-tu?
Vinet. — Ah ! ben non, tant pire« Pilipot. — Ah ! que t'es couenne... j'y vas, moi. Vinet. — C*e8t bon, ça va être dit au maître. FUipot. — Oh 1 y dis pas, c'est béte. Vinet. — Bh ben, donne-moi quéque chose. FUipot. — Tiens, v'ià mon couteau.
Vinet prend le couteau et s'enfuit.
— Je le dirai tout de même... attrape.
25à l'écolier
Filipot consterné s'écrie :
— Oh!..
11 lâche cette dernière injure :
— Méchant galopin ! et disparaît.
Vinet. — C'est moi qu'a un beau couteau !
Anatole. — C'est moi qu'a un hanneton.
Vinet. — Veux-tu changer?
Ànatole.'-y t'enftiiiiiiiche... et toi, veux-tu changer?
Vinet. — Ah quial j'en ai plein chez nous d'z'bannetons.
Anatole, -: Et ton couteau donc, tu peux beo le ^rder., .
Vinet. — Eh ben, changeons.
Anatole. — Ça y est.
On ne peut s'empêcher ici d'être frappé de la mobilité de ces jeunes esprits. L'élève nommé Tonnellior entre dans ce moment, ccûffé d'un chapeau de paille qu'il porte depuis peu.
Vinet. —Ohé, ZÎdore! vHà Tonnelli»*! Oh! c'chapeau! ohlc'tetôte!
Zidore bourre Tonnellier d'un côté, Bocquet le repousse de l'autre, et Ton prie de toutes parts :
— Oh ! c'tcolo-quet! nous-allons t'y nous amuser. TonncMier grognant.— I.ai3-se-moi-dûiic-trda-quille,toi*
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Zidore revient à la charge :
— Oh! c'aez qui vous faill ohé, Mayeax!
Tonnellier impatienté. — M'aieur!
Boequet. — Ah! Tes capon, toi ?... MayQUX I Hayeux.
Tonnellier. — M'sieur! m'sieur!