‹ Les contes de la guerreChapitre 1 sur 31 · LES · texte numérisé non relu

LES

Bonjour loi!.., l'en as un drôle de casque!... Celui à les pompiers il n'est pas noir et dor6 comme ça... Grand'mère est sortie avec sa boîte au lait, je suis toute seule, mais je n'ai pas peur, parce qu'il fait tout plein clair..

Ah ! tu te décides à pousser la grille. Qu'estce que lu veux, mon bonhomme, avec ton sabre à la main?... Oh! pourquoi que lu l'essuies dans l'herbe, ton sabre?... Si grand'mère te voyait!... C't'herbe-là, devant la maison, ça s'appelle du gazon, où qu'il faut pas marcher dessus... Tiens! qu'est-ce qu'on entend?boum! boum! n'en voilà un joli vacarme!

Tu secoues la lête et tu dis tout le temps : « Va, ya », — tu sais donc pas dire autre chose? T'en as une figure qui ne rit pas, avec ta moustache en Tair, — tu ressembles à un autre bonhomme que j'ai vu à Paris, que les sergents de ville ils emmenaient, — un grand aussi, avec une figure de chien niécbant, il avait battu une dame sur le boulevard.

Devine ce que j'ai dans le creux de ma main? C'est une bête à bon Dieu, — je l'ai trouvée dans les rosiers. Regarde, elle ne bouge pas, elle dort; je lui ai chanté les notes de mon solfège que maman m'apprend, pour la faire dormir... Hein, « solfège » n'en v'ià un drôle de mot 1

Je suis à la campagne chez grand'mère, parce que c'est les vacances. A Paris, Mélanie me conduit bien aux Tuileries auprès d'un grand carré de fleurs, avec aussi des rosiers, — quelquefois elle me montre un papillon, mais pas de bête à bon Dieu... A Paris on monte des escaliers, ou bien on prend l'ascenseur, pour aller cbez nous, — on n'a pas une maison à nous tout seuls. Ici, grand'mère, c'est sa maison à elle toule seule. Tu vois, pour entrer, y a seulement trois marches, — pourtant,

derrière le porle-mauleaii, il a bien fallu Illettré un élage, — comment qu'on aurait élé dans les chambres à coucher?

A présent, on est dans la salle à manger, — par cette porte-là, on va dans l'autre jarilin où qu'on peut marcher sur l'herbe, — mais mademoiselle moi ne doit pas toucher aux pêches, ni au raisin et pas non plus ouvrir la cabane aux poules... Pourquoi que tu tapes sur la table avec ton sabre, en regardant si on vient, puisque y a personne?... Finis donc, tu vas réveiller ma bête à bon Dieu... Tu peux bien attendre grand'mère. Je croyais que c'était elle quand t'as ouvert la grille. Je vais remuer mon doigt comme ça devant mon nez et je gronderai pour de rire : « Tu as dû t'amuser en chemin, grand'mère! »

A la bonne heure! viens-t'en plutôt dans le salon. Tiens! me reconnais-tu au milieu de la commode! C'est mon portrait quand j'étais toute petite, toute petite... l'année dernière. Maman dit que j'ai beau grandir, j'ai toujours l'air d'une poupée de Noël, comme y en a au Louvre, tu sais, ou bien au Bon Marché. Bien sûr que j'ai mes cheveux frisés de la même couleur que mon croissant pour mon chocolat,

le malin — el puis, j'ai mesyeux bleus, mais tout de même, je n'ai pas une tête en porcelaine ! Tout le temps : « Ya, ya », liens tu m'agaces,

— tu fais comme grand'mère, des fois; je lui parle un tas de choses, elle ne me répond pas;

— à la fin des fins, je la lire par le bras, alors elle me répond : « Oui, oui », et c'est « non » qu'il fallait dire!

Après le déjeuner, on reste dans le salon; moi, je m'amuse avec mon album d'images, grand'mère se met à son petit bureau et tous les jours elle écrit une lettre à maman pour lui raconter si j'ai été sage. Quand le facteur est passé, elle lit un livre, ou bien elle travaille à sa table à ouvrage devant la fenêtre. Quelquefois, un mendiant s'arrête à la grille, elle frappe au carreau avec son dé : « Attendez! » et c'est moi qui vas lui porter un sou.

— Comment! tu t'assois à la chaise de grand'mère el tu prends son porte-plume, et son papier à lettre! Ben, mon vieux!... Tu n'as donc pas de maison que lu viens écrire dans la maison à les autres?...

Mais comme elle est longtemps parlie, grand'mère! Elle m'avait dit : « Je reviens tout de suite, reste assise sur la marche et surtout

IIP va pas au solei! sans Ion chapeau. » Pourquoi alors qu'elle ne revient pas tout de suite?...

Tu prends aussi une enveloppe!... Et maintenant tu le reposes, tu croises tes jambes — pourquoi que tu tends la main? Ecoute^, je veux bien te la prêter, ma bêle à bon Dieu, mais faut pas la déranger de dessus sa feuille, tu comprends, c'est son lil. Tu retires ta main, tu n'en veux pas? Moi, je ne suis pas en train de jouer h autre chose, — alors lanl pis pour toi si lu t'ennuies...

Tu te lèves... Ah! bon, lu te promènes tout aulour du salon avec tes mains derrière ton dos... n'en voilà des grandes botles pleines de poussière!...

C'est ça, — regarde plutôt les portraits au mur. Ce monsieur-là, c'est papa. L'autre jour, quand il nous a embrassées, il était habillé en çoldat, oh ! mais pas pareil à toi, bien plus beau, mon vieux.

Cetle dame- là, c'est maman. «. Ya, ya, maman », ça te fiiit rire, tu fais voir les dents. Oh! j'aime pas que tu me regardes comme ça avec ton air content... Qu'est ce que tu trouves? que je ressemble à maman, je parie!... pas

malin, tout le monde le répèle... Oh! là là! il sait même pas dire « maman >>, il dit « marna », — mais t'as pas besoin de recommencer à laper, — elle est pas là non plus, elle esta la Croix-Houge... un drôle de pays, loin, loin, puisque le chemin de fer coûterait Irop de sous pour qu'on y aille, nous deux grand'mère.

Attends un peu! pendant que tu t'amuses à décrocher les portraits, je vais te montrer la photo de grand'mère que papa vient de faire au 1 i juillet. 11 l'a faite en petit, avec son kodaU, mais il l'a emportée à Paris et le photographe l'a refaite en plus grand. Seulement, elle n'est pas encore encadrée... je sais qu'elle est cachée là, entre les feuilles du l)uvar(l, je vais bien la trouver...

On a bien ri, celle fois-là du 14 juillet! Vd\)a guettait auprès du gazon oh que t'as essuyé ton sal)re, — quand grand'mère est arrivée de la cuisine avec sa boîte au lait : crac! il l'a photograplîiée sur les marches... Parce que papa la taquine, grand'mère, à cause qu'elle prend toujours sa bol le au lait à la même heure pour aller à la fei-me des Moulins. « Grand'mère! qu'il crie, Thorloge sonne, dépêchez-vous! " h^lloiil : '< Justement, je me dépêche. » Elle dit

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qu'en arrivani au bon moment que l'on Irait les vaches, ils n'ont pas le temps de metiro de Feaii dans leur lait... Mais l'as bien dû la rencontrer, puisque la ferme c'est au bout de la rue, la dernière maison... Ah! voilà! j'ai Irouvé...

Tiens, fais donc attention! Tu ne sens pas {jue je te tire par la manche... Voyons, regarde un peu ce que je le montre : grand'mère, avec sa boîle au lait et son bonnet à ruhans...

Eh bien quoi? Qu'est-ce qui te prend? T'en ouvres un four! et tes gros yeux qui sortent! On dirait que t'as peur... Pourquoi que tu pousses la main devant loi pour pas voir?... Qu'est-ce que lu cherches vite comme ça?... Ah! ton sabre, ta lettre, tes autres papiers. . Tu l'en vas donc?

Mais reste donc plutôt! Elle va rentrer, grand'mère, tu vas la voir de vrai... elle va te parler... Tiens, son ouviage qu'elle a posé là 'quand l'horloge a sonné : du tricot qu'elle fait pour nos pauv' soldats... Tiens, le chat qui attend près de la porte, pour avoir sa goutte de lait, comme d'habitude... Et moi, ma petite lasse, loule prépar(^e sur la table de la salle à maiiser...

a Li:S CONTES DI'. LA GUERRE

Eh! Iù-l)as, mon bonhomme! t'en as des «''paules qui remontent!... Y a ponrlarit personne qui court derrière toi, — y a qu'une })etite fille qui lient un portrait h la main...

Mais qu'est-ce qui fait un vacarme pareil! Oh! là là! quel remue-ménage! Na! j'en élais sûre, ils ont éveillé ma bête à bon Dieu!... El. grand'mère qui ne revient pas... Oh! mais, oh ! mais voilà que j'ai envie de pleurer... 11 est donc bien tard, que le soleil est tout eu allé d'après [as rosiers... J'ai peur, moi, mainlenant... Et l'autre qui a laissé la grille ouverte... Alors, viens avec moi, minet, nous allons regarder dans la rue et je vais crier de toul es mes forces : « Grand'mère! grand'mère! »

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