Les Contes de M. Mercier [microforme]
Mercier, le côté saïllant de son caractère se manifeste toujours : s’il n’abuse il s'abuse. ,
Pris au sérieux ‘par un très petit . nombre de ceux qui le connaissent, il supplée à ce désavantage par une confiance absolue en lui-même.
Chaque pas de sa carrière politique donne une preuve de cette vérité,
Le numéro prospectus du Temps con-
tient un article de lui, à sa quatrième page, la page des réclames. Et cet article intitulé: ‘* La vente du chemin de fer ” est un grand effort de M. Mer.
cer pour abuser ses lecteurs. Il y accomplit le tour de force d’exhiber du même coup les deux faces caractéristiques de son tempérament : il abuse ses lecteurs et il s’abuse lui-même. En d'autres termes, il les trompe et ï: se trompe.
Il les trompe en affirmant dans cet article :
lo. Que le gouvernement Chapleau a obtenu la ratification de la vente sous de faux prétextes et en trompant la Chambre.
20. Que le gouvernement Mousseau a exécuté le contrat avec une ineptie couprble et en faisant Ja fortune de quelques amis au détriment du pays.
Et il se trompe en prétendant en avoir fait la preuve,
Ces assertions ne doivent être accueiilies qu'avec une grande réserve, venant de M. Mercier, attendu qu'il a été souvent pris en flagrant délit de mensonye,
tel point que son ami, M. Fontaine, avocat de Saint-Hyacinthe, s’est, cru autorisé d'écrire de lui un jour : “Il ‘€ est des gens qui ignorent jusqu’à quel “ point M. Mercier... peut pousser “ l’effronterie et la manie du men- (6 SONG. «nue ” Et M. Bourgeois, aujourd’hui juge aux. Trois-Rivières, crut aussi, dans le temps, qu'il était: nécessaire de lui donner un baptême spécial à Saint-Liboire. Avec une solennité politique extraordinaire, il baptisa M.
Mercier sous le nom de ‘menteur public” ; et depuis, jamais M. Mercier n’a demandé la révocation de cet acte solennel, . ;
Il se trouve donc dans. une, condition très désavantageuse, devant un, public sérieux, pour affirmer avec autant d’aplomb que M. Chapleau et son gouvernement ont trompé.la Chambre pour obtenir la ratification de la vente du chemin de fer.
Mais en fait, dit M. Mercier :
Ce n’est pas tant la vente en elle-même que nous attaquons, que les moyens indignes employés pour la faire voter par la législature, et les conséquenses désastreuses pour le pays.que cette vente a produites grâce à l’incurie ou à la mauvaise foi de nos gouvernants.
Entendons-nous ici, M. Mercier, et consultons la logique... Si cette vente en elle-même ne doit pas être attaquée, c'est qu'ellé n’a pas produit de conséquences désastreuses pour le pays. Si elle a produit des conséquences désas-
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treuses, de quel droit ne voudriez-vous pas l'attaquer, “en elle-même?” Si elle a produit des conséquences désastreuses, comment, vous qui vous estimiez si fort en politique administrative ne vous en êtes-vous pas aperçu ? Et si vous vous en êtes aperçu, pourquoi n'avez vous pas au moins poussé le cri d'alarme ? A défaut de mieux, vous auriez pu au moins imiter l’oie du Capitole.
La ratification de cette vente fut demandée à la législature : des états ont été produits, des explications nombreuses données, de longs discours faits, vous étiez présent, plusieurs votes ont été pris; vous n’en avez donné qu’ur, et il est, en principe, favorable à la vente. Doic vous étiez favorable à la vente ! Avant même la session, vous vous êtes déclaré favorable à cette vente. Pourquoi, en Chambre, vous seriez-vous montré si sobre de discours, vous qui, d'ordinaire, vous prodiguez tant sous ce rapport, si vous n’eussiez pas été en faveur de cette vente ?
Oui, nous avons droit d’être étonnés de votre attitude actuelle, comparée à vos déclarations d'avant la session de 1882 et à votre allure sympathique à cette vente pendant cette session.
Comme vos dispositions intéressées donnent souvent prise à ceux qui disent vous connaître, on assure que l'intérêt que vous portiez à l'adoption d’un certain projet de loi, pour des fins que vous connaissez, a été le motif de votre mutisme, Nous avons la charité de croire que par exception cette fois, vous n’abusiez personne, et que vous ne vous abusiez pas non plus. (Comprenez-vous M. Mercier ?
Aujourd'hui votre intérêt est différent. Celui de votre parti est resté le même qu’alors, Pour expliquer votre intérêt actuel et le mettre d'accord avec celui de votre parti qui n’a pas changé, vous dénaturez les faits audacieusement.
Vous dites que les motifs que les ministres faisaient valoir auprès de la législature pour lui démontrer la nécessité de cette vente, étaient au nombre de quatre :
1o Mettre fin aux déficits annuels ;
20 Libérer la province de l'obligation de compléter les travaux considérables qui restaient à faire ;
30 Faire cesser le système anormal des emprunts ;
40 Conserver ce chemin pour les Canadiens-français et l'empêcher de passer aux mains de leur ennemi naturel : le Grand Tronc :
Et vous ajoutez :
Le discours, prononcé devant la chambre, les 27 et 28 mars 1882, jar l’honorable M. Chapleau, alors le premier ministre, fait ressortir ces motifs avec tant de force et d’éloquencei qu'il suffit de le citer pour établir victerieusement notre prétention.
Nous allons examiner ces motifs que vous attribuez à l'honorable M. Chapleau, et voir si vous procédez aveo la
piobité qu’un honnête homme doit ap-:
où les surplus les remplaceront.
porter dans ges rapports avec le public.
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PREMIER MorTir —Mettre fin aux déficits annuels.
Voici ce que l'honorable M. Chapleau disait à ce sujet devant la Chambre :
La nécessité où nous étions d’équilibrer nos finances nous a amenés à la décision de vendre notre chemin... ,
Nous connaissons les déficits qui £<e sont accumulés depuis quelques années.
Nous savons qu’en vendant notre chemin, nous dégrevons notre budget suffi.
samment pour assurer au pays que les déficits cesseront, et que nous pourrons voir, dans un avenir très rapproché, le
L'on voit que ce que M. Chapleau disait alors était l'expression du sentiment de la grande majorité des hommes qui connaissent les affaires.
En vendant ls chemin, ‘nous pour- ‘“ rons voir, dans un avenir très rap- ‘“ proché, le jour où les déficits cesse- ‘ ront et les surplus les remplaceront.” M. Marcier le pensait ainsi, lui aussi, car il a accepté cette assurance sans réchmer. Rien depuis n'est venu démontrer que cette espérance exprimée par M. Chapleau soit vaine, Tout, au
men!
tion certa plus,
Ai de pe à rec ces ps ne “Ho ” Ce cours plus ( l’état
Gré $554,
contraire, fait croire qu'il voyait alors absolument juste.
Avec une malhonnêteté inconcevable, M. Mercier, dit :
Nous venions de voir que le premier ministre portait ce déficit à $400,000 et que l’état officiel, en date du 4 avril 1882, lestimait à $500.000.
En effet, le 27 mars, M. Chaplesu disait : ‘ Nos finances sont obérées et le déficit, cette année, sera de plus de $400,000.”
Or, voici ce que cet état fait voir : ‘:
Si l’on ne comprend pas les montants spéciaux dans les recettes, le déficit prévu
au 30 juin 1882 sera de $500,000 ; mais si |
l’on comprend les montants spéciaux dans les recettes, il n’y aura pas de déficit.
Il n’y avait donc là rien que de très clair et de très loyal, et M. Mercier se trompe quand il s'efforce d'y faire voir autre chose.
M. Mercier cite du discours de l’honorable M. Wurtele, page 12. ce qui suit :
Cet estimé, ajouté aux paiements, forme un total de $3,040,579.78, et celte somme, déduite des recettes, {ant actuelles que prete de l’année courante, soit $3,141,-
73.73, constitue un surplus pour l’exeroice actuel de $101,093.95. |
Ici, M. Mercier clôt sa citation; mais M. Wurtele ajoutait aussitôt :
Comme ce chiffre est basé sur une estim'tion approximative des recettes et dépenses de deux mois, en tenant compte de toute augmentation possible Cans l’aug mentation des dépenses et d’une diminution dans les recettes, je préfère, pour être certain de ne pas exagérer, estimer le surplus, comme je l’ai déjà fait, à $#50,000. :
Ainsi, on le voit, M. Mercier, chef
de parti, obéissant à son tempérament, à recours à ces roueries méprisables, à ces petits larcins sur la vérité; quand il ne peut la cacher entièrement, il s'efforce d’en dérober une partie. .
” Ce n’est pas tout pourtant. Le discours de M. Wurtele explique ce surplus (p. 4) et se montre d'accord avec l’état officiel cité par M. Mercier :
Grâce au paiement de la somme de $554, 146.83, par laquelle la cité de Mont-
ES
réai a soldé son emprunt municipal, j'estime que nous aurons, cette année, un surplus d'environ $50,000.
Ce montant de $8554,146.83 payé par la cité de Montréal était un montant spécial dans les recettes. En d’autres termes, ce n’est pas de la recette courante, Sans ce montant spécial, quel eût été le déficit pour l’année 82 ? Plus de $500,000. M. Chapleau et l’état officiel ne disent rien autre chose,
Où est donc celui qui, ici, a recours aux faux prétextes ? Touchez-vous le front, M. Mercier.