LA TAXE ET LES LIBÉRAUX
Il est curieux de relire la dénonciation suivante formulée par M. Beaubien contre ses nouveaux amis, les libéraux du gouvernement Joly, qui fut, on s’en souvient, l’incarnation de l’ineptie et de la corruption. Nous extrayons des Débats de 1879, page 49 :
La taxe, dit l’honorable député d’Hochelaga, quels que soient les cris que vous ayez fait entendre contre elle lors des dernières élections, la taxe, cette affreuse taxe, cette fois apportée par vous, est maintenant à votre porte. Vous ne pouvez l’éviter. Les revenus vont en diminuant, les terres de la Couronne ne rapportent plus ce qu’elles donnaient autrefois. Cependant vous allez de par le pays semant vos générosités à pleines mains pour pouvoir vous donner le luxe du titre d’hommes d’affaires hors ligre, gens à dénouer tous les nœuds gordiens, à mettre: d’accord tout le monde. Jouissez de vos succès, vous n’en avez pas pour longtemps à vous bercér dans votre contentement. Je pourrais vous redire comme un vieux tribun :
“ La banqueroute est là,” mais je me contenterai d'affirmer que ce sera à notre tour de crier sur les ‘‘ hustings,” la taxe les odieuses taxes !
Avec les dépenses énormes que votre grande générosité a accumulées sur la
rovince, lextension aux eaux proiondes à Québec, le chemin de ceinture des Trois- Rivières, l’extension sur les quais à Montréal, la construction de la ligne de Saint- Martin, l’achat de la ferme Gale, de la propriété Bellerive, vous allez dépenser
au delà d'un million. Non,la taxe n'est pas loin et rappelez-vous que c’est vous qui avez habitué le peuple à ne pas vouloir de cette chose dont vous avez absolu“ ment besoin aujourd’hui. Vous ne pouvez chercher encore à vous faire illusion. Le discours du trône doit vous ouvrir les yeux, vous au moins qui l’avez écrit.
Le gouffre est là devant vous, le gouffre que vous avez creusé de vos propres mains et vous y marchez inévitablement.
Soyez assurés d’une chose, c’est que nous n’oublierons pas, nous, aucun de vos tristes discours avec lesquels vous avez voulu faire l'éducation du peuple sur cette question de la taxe, et que «nous saurons vous les rappeler au moment où la nécessité vous amènera à vouloir malgré vous ce dont pendant si longtemps vous vous êtes moqués.
Après avoir dénoncé M M. Joly, Mercier et autres et de les accuser de précipiter la province dans le gouffre de la banqueroute, M. Beaubien voudrait maintenant nous ramener au même régime néfaste et corrupteur. Si le député d’Hochelaga fait volte-face aujourd’hui, pour venger son ambition froissée, il ne tardera pas à s’apercevoir que la masse des conservateurs ne le suivra pas dans cette voie qui n’estni la voie de l’honneur, ni celle de la droiture ou des véritables intérêts de la province.
Arrière les traîtres et les mécontents |
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‘qui pleure à chaudes larmes farce que
M. Mercier en faveur de l'instruction obligatoire
1 y a lieu de croire que si, par impossible! M. Mercier, le Renard libéral, arrivait jamais premier ministre, porté sur le dos complaisant et les cornes obligeantes des Boues du parti castor, il ferait de l'instruction obligatoire un des principaux articles de son programme. 1 l’a laissé comprendre assez clairement en Chambre, particulièrement le 17 juin L881, où il s’exprimait dans jies termes suivants, remarquables pour leur ton démagogique :
! 1 Cette question touche de trop près à une des Landes plaies de notre état social,
l’iguorance des classes ouvrières, pour que je ne profite pas de la circonstance qui
m'est offerte afin de la mettre à nu devant.
les mandataires du peuple, devant ceux
qui, par leur instruction et leur mandat,
sont appelés à c'catriser cette plaie en tra-
vaillant à la diffusion des lumières de lins-. truction. La cause de l'instruction est la
grande cause populaire..,. pour moi, je ne l’examine jàämais sans me sentir ‘ému jusqu'aux larmes en voyant sipeu d'efforts faits pour le triomphe d'une sinoble cause.
#fAdmirons ici, pendant un instant, cette émotion profonde de M.: Mercier,
la classe ouvrière est'trop ignorante.….
pour voter généralement en faveur. des candidats libéraux. Carils'agit surtout, dans l'esprit de M: Mercier, de l'instruction obligatoire en rapport avec la votation, c'est-à-dire avec le jeu des partis politiques :
Voilà de grandes vérités, continue-t-il, que j'emprunte à un célèbre écrivain français et que je livre à l'intelligente
née, . Comme le dit Emile de Girardin, “l’ex-
considération des membres de cétte Chambre. Ne Poublions pas : nos défaillances, nos erreurs, nos écarts, nos bouleverse-
ments électoraux, l'impunité des ‘fautes politiques, les dangers des monopoles dont nous sommes menacés, le maintien de vieilles institutions dont nous voudrions débarrasser le pays, et enfin la puissance ou plutôt la souveraineté de certaines influences qui paralysent, qui étouffent la véritable souveraineté, celle du peuple, tout cela nous le devons au défaut d’instruction, au manque de connaissances et non d'intelligence de ceux qui composent le corps électoral ; à l'absence d’une instruction primaire et secondaire suffisammeut répandue, suffisamment subvention-
périence démontre que lorsque linstruction élémentaire est le privilèce de quelques-uns et non l'obligation de tous, elle ne fait que des victimes ;” et j’ajouterai :
elle ne fait qu’empirer le mal, augmenter le pouvoir des influences occultes . et des tendances mauvaises. L’ignorance tue la Tiberté ; l’instruc tion lui donne la vie en tuant la superstition, % La rouille qui rrnge le fer d’une machine exerce sur. Jui . action moins destructive .que l'ignorance populaire sur les engrenages du 8y-tème représentatif. : Comment. ventou qu’il fonctionne, quand toute :sà force: est employée à vaincre la résistance ?
M. Mercier: reconnaissait tout le premier l'incertitude, puisqu'il disait quelques instants après les avoir proclamées :
| Voilà, d'excellentes doctrines, dont
J'ai prononcé tout à l’heure des mots terribles et bien dangereux : l'obligation de faire instruire nos enfants, Cette thèse, que je soutiens, n’est pas nouvelle, ef elle
e Chamillances, uleversey ‘fautes oles dont itien de oudrions uissance ines iniffent la peuple, at d’insances et mposent 1ne inssuffisam- >vention-
D, “Pex- ’instrucle quelus, elle outerai :
gmenter 8. et des e tue Ja vie en ille. qu B sur. Ju:
Pigno- ! du Sy:veut-ou rce: est
S, dont le preit quelprocla-
es mots ligation e thèse, , cb. elle
n’a pas loujours élé impie ; elle ne l’est que quand elle est soutenue par un libéral .. Et quelle était cette thèse de Prévost- Paradol ? C’est la mienne, c’est celle d’Emile de Girardin; c’est celle....
Ce peut être celle de beaucoup d'autres grands hommes, à part MM. Prévost-Paradol, Girardin et Mercier, mais ce n’est pas exactement là thèse des grands cavholiques parmi lesquels M.
Mercier se place si volontiers à l’occa-
sion :
Voilà, continuait-il, M. le président, ce que pensaient de cette question, à cause de
‘Jaquelle j'ai été si calomnié, deux écri-
‘vains modérés, dont l’un parce qu’il était conservateur a trouvé grâce devant l’orthodoxie, et dont l’autre était un des homines les plus remarquables de son époque et serait encore une des gloires vivantes de la France, si les malheurs de la patrie ne l’avaient poussé à un acte de désespoir que les hommes de cœur comprennent, mais que la religion et la raison ne nous permettent pas de justifier. !
Mais qu’il soit bien entendu que cette réforme que je demande ne doit se faire qu'avec toute la prudence et les réserves qu’imposeraient la pauvreté des parents, la distarce à franchir dans nos campagnes pour parvenir à l’école, et de manière à n’atteindre que les jeunes gens, à une époque déterminée. Et qu’il me soit permis de le dire: ce peuple, je voudrais le voir s’instruire parce que je voudrais le voir heureux.
Et ce peuple auquel je voudrais imposer les bienfaits de l’instruction, qu’est-il ? c’est l’arbre dont nous sommes les rameaux, c’est cet arbre puissant dont. les racines, pénétrant partout dans le sol, ont puisé les sucs nécessaires à notre existençe nationale. C’est cet arbre qui nous à faits ce.que nous sommes ; qui nous à nourris de sa sève, protégés de son ombre, soutenus de sa force. Cet arbre, c’est le peuple ! Laissez-moi donc vous dire avec l’auteur des PAROLES D'UN CROYANT :
‘ Vous êtes peuple, sachez d’abord ce que c’est que le peuple.”
“ Il y a des hommes qui, sous le poids du jour, sans cesse exposés au soleil, à la pluie, au vent, à toutes les intempéries des saisons, labourent la terre, déposent dans son séin, avec la semence qui fructifiera,
une portion de leur force et de leur vie, en
obtiennent ainsi, À la sueur de leur front,
Ja nourriture nécessaire à tous.
“ Ces hommes-là sont les hommes du peuple,” ....... 2 RASSE ....... ere serons
OS 0 0 0e mor eco soee
Nous avons donné des millions pour les chemins de fer et les canaux ; l’ouvrier a payé sa large part des taxes nécessaires à ces iniinenses constructions. Son tour est venu ; que l’Etat lui donne des’ écoles comi:e Europe en possède ; des écoles dan: '«squelles les jeunes gens apprennent un mrtier, en même temps qu apprennent ies sciences indispensables dans ce siècle le lumière et de progrès.
Telie était la thèse de M. Mercier il y à deux ans. Le dogme de l’instruction obligatoire allait de pair, pour lui, avec le dogme de l'abolition des Chambres Hautes, si chères au cœur de son nouvel ami M. Trudel.
Or, on sait que la vraie doctrine, sur cette question, c'est que l'Etat doit aider les parents à instruire leurs enfants, mais non les y forcer. C'est ce que M. Mercier comprenait parfaitement, en disant qu'il parlait un langage terrible et bien dangereuæ, qui n'avait pas toujours été impne.
Il n'y a qu'à consulter, du reste, pour constater que M. Mercier n'avait pas absolument tort de reconnaître le caractère dangereux sinon impie de . sa
thèse, empruntée de Girardin, Prévost- Paradol, Michelet et autres.
Voici, par exemple, ce que dit à propos de la thèse de l'instruction obligatoire le R. P. Delaporte :
La société a-t-elle pour obligation d’a prendre à lire à tous ses. membres ? En aucune façon. Ce n’est oint à la société politique qu'incombeut les dépene’s et les soins nécessaires pour instruire les hommes ; c'est à la famille d’abord, puis
là eux-mêmes. On veut que la, société
| tende des échelles à ceux qui.se sentent capables de monter; c’est donner à la société une grande et lourde résponsabilité.
La société doit écarter les obstacles, ce qui n’est pas une mince besogne; , la famille et l’association doivent fabriquer les échelles. Celui-ci veut qu’on apprénne gratuitement la lecture à louvrier; ‘un autre pourra demander qu’on lui procure
un journal gratuit ou à prix réduit, car à quoi sert de savoir li ; si l'on ne peut payer le livre ? Un trosième. demandera des bibliothèques gratuites, des cours supérieurs gratuits etc. etc. Tous ces ‘moyens d'instruction populaire, créés par lés associations ouvrières où émanant d'un
| fraterhel dévouernetit ‘des classes instruites, c'est chose gxcellente ;’ mais l'Etat
n’est pas plus tenu À fournir à chacun la science que le pain, pas plus obligé à enseigner l’usage du livre que celui du marteau ou de la lime. , Dans une société régulière, les établissements d’instruction publique ne peuvent être que des facilités offertes à la famille et à l’individu pour recevoir l’enseignement librement proposé et librement accepté.
IL semble qu'il soit tout naturel d’obliger tout électeur à savoir par cœur la Déclaration des droits de l’homme,
Qui ne le sait, d’ailleurs ? ce n’est point la lecture qui fait des hommes capables, c’est l’observation, la réflexion, la droiture du cœur, la modestie qui garantit contre les jugements précipités, le choix attentif de bons conseillers, l’application soutenue à chercher avec un complet désintéressement le vrai en toute chose. Les plus incapables des hommes sont les esprits fanssés par de mauvais livres, rieurtris par une instruction mal dirigée.
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Il n’y a point, certes, dans les premiers éléments de vos connaissances, dans la lecture, l'écriture et les quatre règies, la vertu qu’on semblait leur attribuer pour former le moral de l’homme....,,...,.
or eee some tone moe
A notre époque, l'instruction est plutôt offerte au peuple que demandée par lui.
Trois catégories de maîtres s’offrent à lui donner les connaissances qui peuvent l’intéresser : l’Eglise, la première en date, puis des hommes d’ordre, animés d’intentions parfaitement honorables, et enfin, beaucoup de socialistes, qui ont leurs motifs pour s’efforcer d’attirer à leurs écoles les masses ouvrières.
(Rev. P. Delaporte. Le problème économique et la doctrine catholique. p. 280.)
Voici maintenant ce que ldisait en 1880 de l'instruction obligatoire le R.
P. Paquin, dans une conférence donnée à Québec devant le cercle catholique.
Après avoir parlé de l'éducation telle
u’on veut la constituer en France, en russe et d’autres pays, le R. P. poursuivait :
Chez d’autres peupless on procède plus lentement ; on use de ménagements ; on fait un travail sous-main, tout en faisant une profession, par forme, de principes catholiques, pour ne pas froisser, par trop de brusquerie, le sentiment chrétien de la inasse ; mais le but définitif vers lequel on prépare un acheminement n’en est
moins identique avec celui de l’école ou-
vertement radicale. Œt je ne crains pas,
messieurs, d’être exagéré en avançant
qu’il n’est peut-être pas un seul pays au inonde, sans en excepter le nôtre, où des tendances de cette nature n’aient commencé à poindre sur l’horizon de l’école pro-
ressiste, qpi a su'trouver partout des adiérente. Je suis heureux de prendre ici occasion de dire que le peuple canadien n’a qu'à se féliciter de lesprit franchement chrétien de ceux qui ont aujourd’hui la haute main sur l'instruction publique dans notre province. Que l'Eglise soit toujours secondée, sur le terrain de l’éducation, par des hommes d’Etat aussi hautement caractérisés par leur droiture d’esprit et leur dévouement aux intérêts ca tholiques.
Puis le R. P. montre qu’au point de vue du droit naturel comme au point de vue du droit ecclésiastique, le principe de l'instruction obligatoire est faux :
La loi naturelle ne peut donc pas donner à l'Etat des droits qui absorbent ceux de la famille, Conséquemment, si l'Etat possède, sur l’éducation des enfants, des droits dérivant de la loi naturelle, ces droits ne peuvent commencer que là où finissent ceux de la famille.
L'éducation, dans sa partie principale, est intellectuelle et morale. Or, le savoir et la morale ne relèvent à aucun degré de PEtat. Il n’y a ni code, ni administration de la science, encore moins de la morale, encore moins de la doctrine religieuse. Il serait ridicule d’avancer que l'Etat, en tant qu’ilest le pouvoir public, puisse posséder un corps de doctrines. Aussi, la dénomination d'Etat enseignant est-elle la plus grande absurdité qui soit sortie du cerveau fiévreux des novateurs du jour.
L’hnpossibilité radicale et absolue de placer un trait d’union entre l’idée bien comprise de l’éducation et la véritable notion du pouvoir public, de sa nature et de «on objet, sera toujours une barrière infranchissable, contre laquelle se heurtera la théorie moderne de l’Etat éducateur, théorie forcément retenue à la porte du domaine de la raison, du bon sens et de læ vérité.
L'Etat a, sur l’éducation, un droit de protection, découlant de son devoir fondamental inhérent à son rôle de protecteur et de défenseur. Mais qu’on fasse bien attention que protéger n’est pas usurper.
Le rôle HAT de Érler ne va pas, et ne
ut jamais aller, jusqu’à son immixtion us led choses ds famille. C’est un rôle essentiellement exclusif de tonte
pas | fonction directrice. Les familles doivent:
trouver dans léur association civile des.
secours et des avantages dont elles seraient. privées dans leur isolement. La mission
ays au où des mmene prodes addre ici nadien rancheurd’hui ublique se soit e l’édussi haure d’es- ‘êts ca
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de l'Etat est de leur procurer ces secours et ces avantages, mais nullement de se substituer à elles. Ce droit de protection est donc en quelque sorte extérieur à l’ensemble des actes qui font la matière, le travail intime de l’éducation. Tout droit d’ingérence et d’intervention de la part de V'Etat sur ce terrain ne tendrait qu’à la suppression de l’autorité paternelle dans ses fonctions les plus propres et les ‘plus inhérentes à elle-même, et constituerait un véritable empiétement, une usurpation également réprouvée par la nature et par Dieu.
L’Etat est tenu de protéger l’éducation ; mais il n’a pas le droit d’en prendre la direction sous le prétexte de la développer, parce que l’éducation est l’affaire privée de la famille, soumise à la surveillance magistrale de l'Eglise.
Enfin, quelque intérêt que puisse avoir la société au développement de l’éducation, celle-ci demeure toujours une choses essentiellement réservée. Du reste, le plus sûr, l’unique moyen pour l’Etat de voir l'instruction atteindre le degré de développement voulu est précisément de laisser Pautorité paternelle et l’autorité religieuse, les seuls pouvoirs autorisés en cette matière, dans une pleine et entière liberté de remplir leur mission. Son immixtion 1ci ne saurait que retarder le progrès dans une chose qui échappe à sa cor pétence.
{ ette priorité donne à l’autorité du père de amille une autonomie parfaite vis-àvis de Etat. Si le père dépend du pouvoir civil dans l’ordre des choses publiques, il lui est supérieur dans l’ordre des choses domestiqnes. Dans ce sanctuaire, il est vraiment souverain, parce que, vue du côté de la terre, son autorité, je le répète, ne relève d’aucun pouvoir humain.
Aussi, pour me servir du langage énergique du Père Félix, ‘ à la toute-puissan- ‘ ce humaine voulant envahir le foyer do- ‘ mestique, le père, investi de sa souve- ‘“ raine autorité, et debout sur le seuil de ‘ sa maison, peut-il, sans dépasser les li- ‘ mites de son droit, répondre à l’envahis- ‘“ seur: Arrêtez! Le maître ici, c’est ‘ inoi ; moi que Dieu a placé ici pour ‘, gouverner et administrer le royaume ‘“ que j'ai reçu de sa souveraineté; moi « qui tiens de ma paternité elle-même le ‘ devoir, et avec le devoir le droit, person- ‘“ nel et exclusif, de gouverner, d’admi- ‘ nistrer, de défendre et de protéger ces ‘ sujets que je nomme mes enfants, et qui ‘€ sont, par l'autorité. de Dieu et la loi de ‘ nature, mes swjets, parce qu’ils sont mes ‘“ enfants. Ainsi, cette royauté paternelle ‘ échappe par sa nature et son essence ‘ même à la domination de toute autori-
« té créée et purement humaine; et elle ‘ porte avec elle-même et en elle-même ‘ Je droit indéniable qui sort de sa vropre ‘ institution.”
Par ses lois. l’Etat ne peut lier le père, il ne peut lier l’enfant, il ne peut lier la chose même de l’éducation. Il ne peut lier le père, parce que celui-ci est revêtu d’une autorité qu’il tient de la nature indépendamment de l’Etat, et dans l’exercice de laquelle il est indépendant de tout po\voir purement humain. Soumis à l’autorité civile en tout ce qui concerne Jes choses publiques, il lui est supérieur en ce qui touche à l’éducation de ses enfants, parce que cette éducation est une chose réservée à la famille, et que dans le domaine des choses domestiques, l’autorité du père, vue du côté de lasterre, est souveraine.
Les promoteurs de l’éducation obligatoire disent que l’Etat est tenu de protéger les intérêts de l’enfant aussi bien que ceux du père, et que, sice dernier néglige de remplir ses devoirs, l’Etat doit intervenir dans l'intérêt de l’enfant. Or c’est là un leurre pour ménager à l'Etat envahisseur son intrusion dans la famille. L'intervention de l'Etat ne peut avoir de raison d’être, qu’on l’envisage du côté de l’enfant, ou du côté de la société, ou du côté du pouvoir public.
Que la négligence d’un père à pourvoir à l’éducation de ses enfants soit un mal, je ne songe pas à le nier ; au contraire, je maintiens que cette négligence dans un devoir si hautement prescrit par la nature et par Dieu est souverainement regrettable. Mais de grâce, qu’on veuille bien se rappeler qu’il serait souverainement absurde de prétendre remédier à un mal particulier pat la mise en principe d’un mal général. Le mal qui résulte de la négligence paternelle, si grave gi soit, west toujours qu’un mal isolé, un mal privé, tandis qu’une législation établissant en principe le droit d’intervention de l’Etat n’a plus seulement une portée particulière, mais atteint à la fois et simultanément toutes les familles qui composent la nation.
Mais, l’on dira peut-être : les pères de famille fidèles à. remplir leurs devoirs n’ont pas à se plaindre d’une telle législation, puisque les paies légales ne les atteignent pas ; elles n’atteignent que les parents négligents.—Vous croyez? mais ne voyez-vous pas que le droit d’intervention étant passé en loi, le pouvoir civil se trouve revêtu de la faculté de juger quand le père de famille aura rempli ses devoirs d’une manière suffisante pour échapper à la sanction de la loi, et que, par une conséquence rigoureuse, ce père de famille
se trouve subordonné, dans l’accomplissement de ses devoirs domestiques, à l’autorité du gouvernement ? Ne voyez-vous pas que cette subordination donne à l'Etat un véritable pouvoir discrétionnaire ? Et comment concilier une pareille subordination avec l’autonomie parfaite et entière que le droit naturel donne à l’autorité paternelle dans le gouvernement des choses domestiques ?
Les avocats de ce système montent sur les toits pour faire valoir, en termes pomeux, l'immense privilége de la liberté aissée aux parents de faire instruire leurs enfants là où ils veulent, pourvu qu’ils leur fassent donner un certain degre d’instruction. Or,sans se donner la peine d’écouter d’autre discours que celui du simple bon sens, tout esprit droit se convaincra que le droit donné à l’Etat d’exiger que le fils de famille ait acquis un certain degré d’instruction amène, comme une conséquence immédiate,le droit d’aviser aux moyens de constater officiellement si le degré de science déterminé: par la loi x été atteint pour chaque individu.
Les fauteurs de la contrainte légale pro:
‘ fessent, pour les intérêts de l'enfant,
que se plaisent à placer sous la tutelle de l'Etat où ils lui font trouver protection contre la négligence de sor père, un zèle qui serait digne d’élozes si ce n’était pas là un prétexte pour pallier une spoliation J’admets même l’hypothèse de labus ou de l’usage maladit de l’autorité paternelle, soit dans le choix des éducateurs, soit dans le mode d'éducation, Mais par
‘contre, il faut bien admettre aussi la pos-
sibilité d’une erreur du côté dé l'Etat.
& Ah ! dirai-je avec le Père Félix, l’abus le plus désastreux, l’immense désastre, ici, ce n’est pas, croyez-le bien, le nee de famille manquant ça et là, dans éducation de ses enfants, au devoir fon-
. damental de la paternité ; le mal, lin-
comparable mal, immense danger, c’est un ministre abusant, contre les jeunes générations, de la puissance dont il est investi, ét essayant de confisquer: au nom d’une légalité oppressive, à des millions de familles, le droit le plus inviolgble de toute paternité.”
Qu'en pense M. Mercier, l’homme éminemment digne de confiance, que les pieux Castors proposent de substituer à M. Mousseau comme premier ministre ?
Le principe de l'instruction obligatoire, invoqué par les radicaux dans presque tous les pays, est également faux au point de vue du droit naturel et au point de vue du droit chrétien,
D’après le droit naturel, l'éducation est du ressort de l’autorité domestique, et la société politique, dans l’état normal des choses, ne peut s’arroger le droit d'imposer l'instruction. L'Etat peut, lui aussi, ouvrir à la jeunesse les sources de la science ; il peut, en offrant des garanties aux parents, leur veniren aide dans l'éducation ; mais jamais il n’a le droit d’user de violence sous ce rapport. Ceci est si vrai que la société, bien loin de pouvoir forcer les parents à faire instruire leurs enfants, ne peut pas même intervenir pour priver de ses droits paternels un père qui induit ses enfants en erreur par pure ignorance, La société ne peut pas, même pour le bien de l'enfant, l'enlever à l'éducation que ses parents lui donnent ni forcer ceux-ci à l’instruire d'une manière plutôt que d’une autre.
C'est précisément pourquoi l'Eglise catholique réprouve justement le zèle indiscret de ceux qui enlèveraient aux parents juifs ou infidèles leurs enfants pour les baptiser et les faire élever dans la foi chrétienne.
Voilà la doctrine conservatrice et catholique. Aussi, M. Mercier avait-il raison de dire qu’il s'embarquait sur un terrain critique et dangereux en soutenant la doctrine contraire à Québec.
Nous aimerions à voir le pieux Zte:dard lui donner la réplique sur ce terrain.
homme que les ituer à minis-
obliga- : dans lement naturel tien,
ucation stique, bat nor-
riolence ‘ai que r forcer :urs enir pour un père eur par e peut ’enfant, parents nstruire
autre, l'Eglise le zèle nt aux enfants
élever
ke ut Caavait-il sur un soute- Québec.
x Etei-
ce ter-