C'est le nom que Pippo portera dans le reste du récit
923 Les Contes de ma Mère t'Qye,
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de Votre Altesse, vous envoie, çq poisson avec, ses respects et vous dit ; A grand seigneur petit présent.
Le roi, de cet air gai qu'il prend d'habitude avec quiconque lui apporte quelque chose, répondait au chat :
— DU à ce seigneur, qui m'est inconnu, que je lui rends grâces du fond de l'âme.
D'autres fois, lorsqu'on chassait au marais ou au bois d'Astran i, le chat y allait et, quand les chasseurs avaient abattu quelques belles pièces de gibier 1 , il les ramassait et les présemait au monarque avec les mêmes compliments. Il usa tant de fois de cet artifice qu'un beau matin le roi lui dit ;
— Je me sens tellement obligé à ce seigneur Gagliuso que je désire le connaître pour lui rendre toute l'affection qu'il me témoigne,
A quoi le chat répondît :
— Le désir du seigneur Gagliuso est de donner son sang et sa vie pour votre couronne, Demain matin, sans faute, quand le soleil aura mi? le feu à la paille des champs de l'air, il viendra vous faire la révérence,
Le lendemain, le chat revint chez: le roi et lut dit:
— Sire, le seigneur Gagliuso vous prie de l'ex»
i . O golano, o parrella, o capofuscolo. Je n'ai pu découvrir le sens de ces noms d'oiseaux.
Le mattr* Chat on h Chat botté, a» 3
cuser. S'il n'est pas venu, c'est que cette nuit quelques-uns de ses gens so sont sauvés et ne lui ont pas seulement laissé une chemise.
A cette nouvelle, le roi fit prendre dans sa garderobe quantité d'habits et de linge, et envoya le tout à Gagliuso, Deux heures plus tard, celui-ci arriva au palais royal, conduit par le chat. Le monarque l'accabla de compliments, le fit asseoir à ses côtés et lui donna un splendide festin.
Tout en mangeant! Gagliuso, de temps à autre, s'adressait au chat et lui disait :
— Ma mouche, je te recommande ces quatre perdrix; aie soin qu'elles prennent la bonne voie.
•— Tais-toi, malheureux, lui répondait le chat, ne dis pas de sottise?*
Et, comme le roi voulait savoir ce qu'avait dit Gagliuso, il lui conta que son maitre avait envie d'un tout petit citron doux.
Le monarque aussitôt en envoya quérir un corbillon au jardin ; mais Gagliuso revenait toujours k sa même guitare de portière, et le chat lui répétait : a Mets la bonde à ta bouche, » Le roi demanda encore ce qu'il voulait, et le chat trouva un nouveau moyen de réparer les incongruité! de Gagliuso.
Après avoir dîné et causé de choses et d'autres, Gagliuso prit congé et le chat resta avec le roi. Il lui venu longuement la valeur, l'intelligence, le
jugement de Gagliuso, et surtout les propriétés immenses qu'il possédait dans les campagnes de Rome et de Lombardie.Tant de qualités le rendaient bien digne de s allier à une tête couronnée.
Le monarque voulut savoir à combien pouvait s'élever son avoir; le chat répondit qu'il était impossible de compter les meubles et les immeubles de ce richard, que Ton ne connaissait pas sa fortune, mais que, s'il voulait s'en informer, il pourrait envoyer des gens hors du royaume, et qu'il aurait ainsi la preuve qu'il n'y avait pas de richesses au monde qui valussent celles de Gagliuso.
Le roi commanda à quelques-uns de ses fidèles de vérifier le fait dans tous ses détails. Ceux-ci emboîtèrent le pas au compère. Le long du chemin, de temps à autre il* leur offrit des rafraîchissements et, quand on eut dépassé les frontières du royaume, il prit les devants. Chaque fois qu'il rencontrait un troupeau de moutons, de vaches, de chevaux ou de porcs, il disait aux pâtres et aux gardiens :
— Holà ! faites bien attention : une bande de voleurs va piller tout ce qui se trouve sur la campagne. Si donc vous voulez échapper à sa fureur, si vous tenez à ce qu'on respecte vos troupeaux, dites qu'ils appartiennent au seigneur Gagliuso, et on ne touchera pas à un poil de vos bêtes.
Il répétait la même chose dans les fermes qu'il rencontrait sur la route, si bien que partout où
Le maître Chat ou le Chat botté. 225
passaient les gens du roi, ils trouvaient les flûtes d'accord : toujours on leur répondait que tout appartenait au seigneur Gagliuso. Quand ils turent las d'interroger, ils s'en retournèrent chez le roi et lui dirent monts et merveilles de la richesse du seigneur Gagliuso.
D'après ces renseignements, le monarque promit un bon pot-de-vin au chat, s'il parvenait à négocier le mariage : le chat faisant la navette de ci de là conclut l'affaire. Gagliuso vint à la cour, et le roi lui donna sa fille avec une grosse dot.
Les fêtes durèrent un mois, après quoi Gagliuso témoigna le désir d'emmener sa jeune femme dans ses terres. Le roi les accompagna jusqu'à la frontière, puis ils entrèrent en Lombardie où, par le conseil du chat, Gagliuso acheta de grandes propriétés, et une terre qui lui donna le titre de baron.
Devenu foncièrement riche, Gagliuso remercia le chat autant qu'il le put, déclarant qu'il devait à ses bons offices sa vie et son élévation; que ses artifices lui avaient plus servi que l'intelligence de son père; que, par ainsi, le chat pouvait user et abuser, comme bon lui semblait, de sa vie et de ses trésors.
Il lui. jura de plus qu'après sa mort, dans une centaine d'années, il le ferait embaumer et le mettrait dans une châsse d'or, qu'il garderait en sa chambre, afin d'avoir toujours son souvenir devant les yeux.
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Cette exagération déplut au chat qui, trois jour* après* s'étendit tout de son long dans le jardin et contrefit le morr. A sa vue, ia femme de Gagliuso s'écria :
— Oh ! mon mari> quel affreux malheur! le chat est mort.
— - Que le diable l'emporte ! répondit Gagliuso ; mieux vaut lui que nous,
— Qu'allons-nous en faire ? reprit-elle.
— Prends-le par une patte et jette-le par la fenêtre. Le chat, qui était loin de/attendre à ces bonnes
paroles, se mit à dire :
— Est-ce donc là cette grande récompense pour t'avoir ôté les poux du corps ? Est-ce là ce million de grâces pour t'avoir fait jeter tes haillons, si effl» loches qu'on pouvait y suspendre des fuseaux ? Estce là ta reconnaissance pour la toile d'araignée que j'ai tissée afin de te nourrir, quand tu mourais de faim, mendiant, va-nu-pieds? As-tu donc oublié que tu n'étais qu'un porte-guenilles, un traînemisère, sans culotte» dépenaillé* dépouille-pendus ? Voilà ce qu'on gagne * laver la tête à un âne! Va, maudit soit tout ce' que j'ai fait pour toi, car tu ne vaux même pas la peine qu'on te crache à la figure.
Elle est jolie, la châsse d'or que tu me préparais! La belle sépulture que tu «Unis me donner I Va donc, sers, travaille, souffle, sue pour ce beau salaire ! Oh ! malheureux qui fonde sa marmite sur la fpi d'au-
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trui ! Il avait bien raison ce philosophe qui a dit : * Qui âne se couche, âne se réveille, et qui plus fait, moins il doit attendre. » Mais belles paroles et vilains actes trompent sages et fous.
A ces mois il s'en alla en hochant là tète. GagHuso avait beau le rappeler avec du mou, il n'y eut pas moyen de l'arrêter; il courut toujours sans retourner la tête, en disant :
De riche appauvri Dieu, te gard' Et de croquant passé richard.