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LES FÉES

i oit-on voir le premier germe des Fées ) dans 1'bîstotre de Latone changeant en grenouilles les paysans qui ont refusé * de lui donner à boire?

D'autre part, l'image des fleursqui croissent sous les pas dans les variantes de ce conte est fort ancienne, et M. de Gubernatis signale à ce propos un passage de là légende sanskrite Çunahçepa dans {'AitareyaBr. (Mythologie çoologique, tome II, page 328, note 3.)

La mythologie Scandinave nous présente, de son côté, Freya, la déesse de l'amour, la fée aux larmes d'or, qui ne cesse de pleurer l'absence d'Oder, son époux.

Dans un conte de Straparole (m* nuit, conte 3),

»3o L$$ Contes de ma Mire tQye*

où U fée est une couleuvre, des roses et des violettes. naissent des mains de Blanche- Belle quand

ellë'ies lave, et de ses cheveux tombent des perles et des pierres précieuses, tandis que de la vermine sort de la tête et des mains d'une autre jeune fille qu'on lui a substituée auprès du roi son époux. De même dans les légendes indiennes du Deccan, dès que Sodeva Bai ouvre la bouche» il s'en échappe des perles et des pierres précieuses.

Les contes des frères Grimm (traduction Baudry) nous offrent aussi, dans la Gardeuse d?oies près de la fontaine, une jeune fille qui pleure des perles, et, si on nous permet de le dire en passant, nousméme, dans le Chat dû la mère Michel, avons essayé de montrer que ce don n'est pas très-enviable, surtout quand celle qui le possède est persécutée par une marâtre.

Après Riquet à la Houppe, le conte que Perrault a intitulé les Fées est, à commencer par son titre» le moins heureux de ses contes en prose. A côté des autres étiquettes si caractéristiques et qui s'imposent si franchement à la mémoire, celle-ci est bien banale, et d'ailleurs elle manque de justesse. Pourquoi les Fées, quand une seule figure dans le récit?

Les faits sont mal disposés, comme du reste chez presque tous les conteurs qui ont traité le même sujet; ils pèchent contre cette loi de la logique que,

pour faire croire au merveilleux, il faut observer

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Les Fées, *3i

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dans, le fantastique plus strictement que partout ailleurs.

Les vices se tiennent comme les vertus, et il n'est point naturel que la méchante fille ne soit pas intéressée. En voyant que, pour avoir à foison des perles et des diamants, il suffit de donner à boire honnêtement à une pauvre femme, elle peut bien prendre sur elle d'être polie une.fois dans sa vie.

Perrault a 6enti cette objection, Il a eu soin, et cet arrangement ne se trouve que chez lui, de faire revêtir à la fée un nouveau déguisement et de la ramener sous la figure d'un femme magnifiquement habillée.

Avouons qu'en ce temps de féerie, où il fallait •'attendre à tout, la fille qui donne dans le panneau est bien sotte ; mais que dire de sa digne mère qui, au lieu de s'occuper à recueillir les trésors qui sortent de la bouche de la cadette, la traite si mal que celle-ci est forcée de chercher son salut dans la fuite !

Si cette méchante femme entend peu ses intérêts, en revanche, le fils du roi sait mettre les siens d'accord avec ses affections. Il tombe bien amoureux de la fille aux perles, mais c'est en considérant « qu'un tel don vaut mieux que tout ce qu'on peut donner en mariage & une autre, > qu'il l'emmène en son palais et qu'il l'épouse. Cela s'appelle en tout pays faire un bon parti, sauf au paya des

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fées où les princes n'épousent pas les bergères pour leur dot.

Dans les Mèquennes de Marie au blé, un conte flamand qui a des points de ressemblance avec la Dame Ho lié des frères Grimm (traduction Franck), les choses semblent arrangées d'une façon plus logique. C'est la mauvaise fille qui rencontre d'abord la fée; elle peut ainsi sans invraisemblance se montrer telle qu'elle est ; plus tard, elle ne s'abandonne à son naturel qu'après avoir tenté de se contraindre; le jeune prince est désolé qu'on l'oblige à Pépouser, bien qu'elle ait le don de tout changer en or, et finalement il épouse l'autre pour ses beaux yeux.

Ce récit figure dans nos Contes du roi Cambrinus, et nous sommes d'autant plus à Taise pour en louer la disposition, que nous l'avons trouvée à peu près telle dans la tradition populaire.

Ce n'est pourtant pas dans l'arrangement des faits qu'il faut chercher le plus grand défaut des Fées. Ce maigre récit n'offre que le début et le dénoûment d'un conte; le nœud, autrement dit le drame, est absent. Il est aisé de voir que l'action tourne court et on en conclut sans peine que la tradition contenait quelque chose de plus et de mieux.

Bien que ce quelque chose, dans la plupart des traditions que nous allons parcourir, franchisse les bornes que Perrault assigne volontiers au merveilleux,

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je n'ose mettre cette lacune sur son compte. Ici, évidemment, la nourrice française a passé le but : à force de procéder par élimination, elle a fini par éliminer le conte lui-même, et elle a fourni à Perrault le cadre sans le tableau.

Un peu avant la publication du conte de Perrault, M Ue Lhéritier avait traité ce sujet dans les Enchantements de V éloquence, qu'elle donne, comme Y Adroite princesse, pour un récit . emprunté aux troubadours de Provence. Dans ce conte, aussi long qu'insipide, l'auteur met en scène deux fées dont l'une s'appelle Dulcicula et l'autre, plus gracieusement encore, Eloquentia nativa.

Le récit commence par une interminable aven- . ture qui n'a nullement trait au sujet, celle d'un chasseur qui, comme dans Céphale et Procris, blesse l'héroïne avec un dard lancé contre un sanglier : puis vient l'histoire des Fées, aussi pauvre .mais moins courte que dans Perrault, avec cette différence toutefois que la fée prend la figure d'une belle dame pour apparaître à la bonne fille et d'une paysanne pour se montrer à la mauvaise, — ce qui rend plus vraisemblable la malhonnêteté de la dernière. Le tout se termine par cette réflexion fort juste et qui n'a qu'un tort, celui de figurer à la fin " d'un conte :

« Je ne say pas, madame, ce que vous pensez de ce conte : mais il ne me paroît pas plus incroyable

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que beaucoup d'histoires que nous «faites l'ancienne Grèce ; et j'aime autant dire qu'il sortoit des perles et des rubis de la bouche de Blanche» pour désigner les effets de l'éloquence, que de dire qu'il sortoit des éclairs de celle de Périclès. Contes pour contes, il me paroit que ceux de l'antiquité gauloise valent bien à peu pris ceux de l'antiquité grecque : et les fées ne sont pas moins en droit de faire des prodiges que les dieux de la fable. »

Il faut lire ce récit fastidieux si Ton veut apprécier, même dans ses endroits les plus faibles, l'immense supériorité de Perrault sur ses contemporains. Il prouve d'ailleurs que de son temps le conte se contait en France comme il l'a donné, sans le drame qu'on trouve dans les pays voisins.

M 11 * Lhéritier dédie une autre de ses historiettes, Marmoisan ou l'innocente tromperie, k la Aile du conteur, « pour qu'elle la redise & son aimable frire et qu'ils jugent ensemble si cette fable est digne d'être placée dans son agréable recueil de contes, » Au lieu de Y Innocente tromperie, qui n'a rien de féerique, Perrault aurait-il choisi le sujet des Enchantements de l'éloquence» apris l'avoir débarrassé de l'aventure du chasseur? Cette hypothèse ne supprimerait nullement la collaboration de la nourrice.

M me Leprince de Beaumont a repris plus tard la donnée dans la Veuve et ses deux filles. La fée fait une fermière de la fille modeste et une reine de

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l'orgueilleuse, qui lui a refusé des prunes de son prunier. Celle-ci ne tarde guère à s'ennuyer sur le trône et va chercher le bonheur auprès de la fermière.

Conclusion : « Pour être heureux, il faut ne posséder que les choses nécessaires et n'en point désirer d'autres, » Ce conte philosophique n'a qu'un avantage sur ceux des MM WM ,Lhéritier et d'Aulnoy : il est beaucoup plus court.

Pour en finir avec les traditions françaises, citons les Deux Filles (Contes populaires recueillis en A gênais par J.-F. JJladé. Paris, 1874), qui empruntent leur début au Petit Poucet et où Faction •st tout aussi faible que dans les Fées.

Une châtelaine offre k la jolie fille des bijoux et de beaux habits : celle-ci les refuse et épouse le prince d'Angleterre. La laide les accepte et épouse un vieil ivrogne. On voit que décidément cette donnée n'inspire guère l'imagination française.

Dans les deux contes, allemand et italien, que nous donnons ci-après, comme dans presque tous les récits étrangers que nous avons sous les yeux, le drame consiste en la substitution de la jeune fille laide à l'autre avant ou après le mariage.

Cet incident se retrouve dans le roman de Berte aux grands pieds, du poëte Adenès ; dans Désiré d'Amour, des Contes du roi Cambrinus; dans un conte zoulou, recueilli par le révérend Henry Callaway (ffursery taies, traditions and historiés 0/

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théZulus. Natal, 1868), oti l'héroïne porte le nom charmant d'Ukcombekcantsini ; dans Petit frère et petite sœur, de Grimm (traduction Baudry) ; dans Zitterinchen de Bechstein (traduction Franck) ; dans la Fiancée du roi des mers, conte finlandais publié par la Semaine des enfants (11 e année, n° 67, p\ 114, avril i858); dans la Biche au bois, de M me d'Aulnoy, et enfin dans la Princesse Rosette , un autre conte plus enfantin et moins intéressant du même auteur. Remarquons en passant que ces deux historiettes ont paru un an après les Fées.

Les contes étrangers sont très-nombreux. Il nous suffira d'indiquer les principaux en signalant. les différences les plus saillantes.

Sous ce titre générique : Les Princesses qui sortent de Veau, la traduction Thorpe des contes suédois de Cavallius et Stephens en énumère une douzaine, tant danois qu'allemands, bohémiens, magyars, italiens et français ; elle cite Rosette, où l'on ne voit ni fées, ni marâtre, ni sœurs belles et laides et néglige les Fées, peut-être pour cause d'insuffisance ; elle donne cinq récits, dont le dernier comporte douze variantes. Ce sont Lilla Rosa et Long Leda, h jeune Svanhvita et la jeune Râfrumpa, Y Anneau d'or et. la Grenouille, la Belle Bergère et la Guirlande.

La fille maltraitée y devient une belle-fille, ce qui semble plus naturel; la fée y est remplacée tantôt

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par trois demoiselles qui demandent qu'on les baigne, tantôt par des moineaux, des tourterelles, ou encore une petite main qui sort de la fontaine. La belle-fille y répand tour à tour des roses sous ses pas ou des bagues d'or quand elle rit; elle y gagne des cheveux d'or, un collier d'or, une guirlande de fleurs sur la tête, des oiseaux qui chantent dans la guirlande ; l'autre y attrape des crapauds, des gre* nouilles, des .serpents, des rats morts qui lui sortent de la bouche, des chardons ou des queues de renard, sorte d'herbe, qui naissent sous ses pas, ou encore elle se voit condamnée à répéter sans cesse :

« O les sales animaux! » l'injure avec laquelle elle a repoussé la prière des malheureux.

La belle-fille, après sa substitution, est changée tour à tour en canard et en oie, et le charme est rompu quand on blesse la victime au petit doigt, ou quand on la revêt du vêtement de soie qui a opéré la transformation, ou encore quand un clerc touche avec une bible la chaîne dont elle est attachée.

Quelquefois, avant de revenir à sa première forme, la jeune fille se métamorphose successivement en serpent, en dragon, en loup et même en un pot de goudron où le prince plonge son épée pour rompre le charme. L'imagination varie sans cesse les circonstances du récit qui au fond reste toujours le même.

Dans les Novelline di Santo Stefano di Calci-

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