‹ Les contes de ma mère l'Oye avant PerraultChapitre 23 sur 36 · I - i-TT · texte numérisé non relu

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4 38 Les Contes et Ht* Mère VOye.

nala> recueilli** par M. A, de Gubernatis (Turin, 1869), la beile-fille est cachée dans la peau d'une vieille femme qu'on lui enlève pendant ton tom» meih Dan» une version calabraise donnée par 1* même auteur {Zoologie mythologique > t, II, p. 3 a 9)3 il faut tuer la sirène qui retient l'héroïne»

Or, sa vie dépend de celle d'un petit oiseau qui si trouve dans une cage d'argent, laquelle est enfermée dans une boite de marbre et sept boîte» de fer, dont la sirène seule a lel clefs»

Dans les Trois fée*i Lt trefate du Pentdtneron* napolitain, la belle-fille revient au logis avec une étoile sur le front, l'autre avec un testicolo tfdseno, probablement un orchis mâle, au même endroit» La marâtre enferme la première dans une grande futaille, le prince y substitue l'autre; la belle-mère emplit la futaille d'eau bouillante et fait ainsi périr sa préférée.

Là Mdmmadràd de Pitre (Gonm siciliens) re* produit Li tre fate> sauf le dénoûment. La Fip> ghid di Biancuccuri,d\i même recueil, se distingue par un dénoûment atrocement raffiné. Le roi en* vole â la mère sa fille convertie en un tonneau de thon à l'huile, au fond duquel il a fait placer la tête et les mains du cadavre* Ciciruni ) toujours du même, mêle à l'histoire des Fées celle des Deuiï Compagnons en tournée^ des frères Grimm.

Enfin, dans les Deux Saeurs } la fille aimable est

Le* Fées. *3g

forcée de donner à l'autre ses beaux yeux, qu'elle ra« chète ensuite au moyen dei diamants qui lui tortent de la bouche. La même particularité se retrouve dani ht Jeune fille qui rit des roses et qui pleure dei perles, un conte grec du recueil de M« de Hahn.

Le plue biaarra de ces Contes est la Fiancé* à la touffe, Bushy bride, d'Asbjômsen (traduction De» sent) « Trois têtes sortent de l'étang où le bell*»fillt va puiser de l'eau. La première et la seconde, qui sont de plus en plus laides, prient la jeune fille de les laver; la troisième, qui est horrible, lui demandé un baiser.

Celle-ci consent a tout et obtient, parmi d'autres dons, qu'il tombera de l'or de ses cheveux lors* qu'elle lei brossera. L'autre refuse malhonnête* ment) et attrape une touffe de pin sur le front, un nez de quatre aunes et un groin de truie.

Quand on amène par mer la fiancée a son époux, le frère dit \ « Je vois le prince ; » la marâtre traduit ces mots par t e Jete**vous à l'eau, > et la fille trop obéissante exécute l'ordre fraternel. Pour diminuer l'invraisemblance de cet incident peu naturel, le conte finlandais que nous avons cité plus haut frappe de surdité le frère et la Sœur, Au dénoû* ment, la vraie fiancée revient sous la forme d'une belle dame qui demande une brosse au cuisinier et qui fait tomber de l'or de ses cheveux,

Dans ses Contes populaires de la Grande- Bre-

tagne, M. Loys Brueyre donne sous ce titre : Les Trois têtes du puits, une version moins fantastique de ce conte, mais qui tourne également au grotesque. Pour sa punition, la malapprise, qui est fille du roi de Colchester, attrape la lèpre.

Un savetier la guérit à la condition de l'épouser; le mariage a lieu, et la reine se pend de désespoir. M. Brueyre a emprunté cette version aux Nursery fa/es d'Hallivell, il en cite une autre qui diffère peu de la première, et que M. Chambers a trouvée en Ecosse sous ce titre : Le Puits du bout du monde.

Celui des contes étrangers qui, par son peu de développement, se rapproche le plus des Fées de Perrault, est un conte catalan, intitulé la Fillastra, la Belle-Fille, que nous avons traduit du recueil de Maspons y "Labros , lo Rondallayre (i re série, page 97).

La marâtre a donné à sa belle-fille un panier (un crible, dit une des versions suédoises) pour rapporter de l'eau. N'osant revenir au logis, l'enfant remonte le long du ruisseau jusqu'à ce qu'elle arrive à une maison abandonnée. Elle n'y trouve qu'un petit chien et, voyant que la maison est en désordre, elle se met à la nettoyer : elle fait les lits, ranime le feu et prépare le souper. Elle voit venir alors trois géantes et, prise de peur, elJe se cache dans la huche.

Dénoncée par le petit chien, elle reçoit des géàn-

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tes. le don d'une étoile sur le front, la faculté de répandre en parlant des perles et des diamants, et enfin l'accomplissement de ce qu'elle. désire le plus au monde, c'est-à-dire que son panier s'emplisse d'eau.

La mère, alléchée, envoie son autre fille qui met tout sens dessus dessous dans la maison et retourne chez elle avec un champignon sur le front, des serpents qui lui sortent de la bouche et le panier vide.

Ce conte est pour le fond plus agréable que celui de. Perrault, mais il ne vaut pas la plupart de ceux que nous avons analysés ; il est de beaucoup inférieur aux deux que nous donnons ci-après, surtout au conte allemand, qui est d'une fantaisie exagérée, mais charmante.

Dans le deuxième numéro de Mélusine (revue de mythologie, littérature populaire, traditions et usages), se trouve sous ce titre: les Trois Œufs, et sous la signature de M. Loys Brueyre, une jolie variante créole de ce récit. Le champignon y est remplacé par trois gros potirons qu'il faut recevoir sur la tête en entrant chez une vieille Maman Diable.

Celle-ci donne # aux jeunes filles trois œufs qui doivent les aider à franchir les obstacles et dont elles usent pour leur salut ou leur perte selon le caractère qu'elles ont montré au service de la Maman Diable. Ce conte, qui débute comme le Petit

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Poucet, rappelle aussi* mais avec plus de variété tt d'agrément, les Deux Filles, de Bladé.

Avant de terminer, nous devons mentionner le Pleur des perles, traduit de Glinski par Chodsko (Contes des paysatts et des pâtres slaves). C'est Dieu le père, accompagné de trois anges, qui joue le rôle de la fée, et le dénouaient s'y fait à l'église, devant le cercueil du frère de la jeune fille, que le roi a tué dans un mouvement de colère.

Ce récit* ott la légende primitive a été manifestement arrangée au point de vue religieux, est lourd de style, mais supérieur par l'ordonnance À presque tous les autres.

Nous ne prétendons nullement avoir passé en revue, ici pas plus qu'ailleurs, tous les similaires du conte de Perrault, mais nous en avons dit assez, — > trop peut-être* ~ pour montrer comment limaglnatlon a brodé ce thème sous les diverses latitudes»

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tiùtltes dès Ënfdnti et du Foyer, des frères Grfmra, n° i3.

Il y avait une fois un homme et une femme qui avaient perdu* l'un sa femme* l'autre son mari»

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Chacun d'eux avait une fille; les demoiselles se connaissaient, elles se promenaient ensemble et allaient chez la veuve, Celle-ci dit un jour à la fille de l'homme :

— Écoute, dis à ton père que j'ai envie de l'épouser et qu'alors, tous les matins, tu te laveras avec du lait et boiras du vin, au lieu que ma fille se lavera avec de l'eau et boira de l'eau,

La fille s'en fut chez elle et rapporta à son père ce que lui avait dit la femme.

-— Que faire? s'écria l'homme ; le mariage est un plaisir et aussi une peine!

Ne sachant que résoudre, il se débotta et dit à sa fille:

— Tu vois cette botte, elle a un trou à la semelle. Monte au grenier, pends-la au crochet et remplis-la d'eau. Si elle garde l'eau, je me marierai ; si l'eau s'en va, je reste veuf.

La fille obéit à son père, mais l'eau resserra la botte et elle" resta pleine jusqu'au bord, A cette nouvelle, le père s'assura par lui-même de la vérité; puis, il s'en fut chez la veuve, il l'épousa et on ce* lébra la noce.

Le lendemain, au réveil, devant la fille du mari, il y avait du lait pour se laver et du vin pour boire; devant celle de la femme, de l'eau pour boire et se laver. Le surlendemain, il y eut de l'eau devant la fille du mari aussi bien que devant celle de la

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femme. Le troisième jour, devant la fille de la femme, il y eut du vin pour boire et du lait pour se laver, et de Peau devant celle du mari ; et dès lors il en fut toujours de même.

La femme conçut pour sa belle-fille une violente haine, et elle chercha par tous les moyens à la rendre malheureuse. Elle était jalouse de la voir si belle et si gracieuse, tandis que sa propre fille était si laide et si désagréable.

Un jour d'hiver que le froid avait durci la terre et que la neige cachait monts et vallées, la femme fabriqua une robe de papier et fit venir la jeune fille.

— Mets cette robe, lui dit-elle, et va au bois me quérir une corbeille de fraises : j'ai envie d'en manger.

— Dieu puissant! répondit la jeune fille. Il n'y a point de fraises l'hiver, la terre est gelée et tout est couvert de neige. Comment pourrai-je sortir avec cette robe de papier? il fait si grand froid que la bise va la traverser et que les épines me l'arracheront du corps !

— Est-ce que tu ne veux pas m obéir? répliqua la mégère. Va-t'en tout de suite et ne reviens qu'avec ton panier plein de fraises.

Elle lui donna alors une miche de pain sec. et ajouta :

— Tu pourras la manger tantôt.

. Et cependant elle se disait : Elle mourra dehors

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de froid et de faim, et je serai débarrassée d'elle à tout jamais.

La jeune fille se résigna. Elle revêtit la robe de papier et s'en fut, son petit panier àU bras.

11 y avait partout de la neige et pas un brin d'herbe. Quand la malheureuse entra dans la forêt, elle aperçut une maisonnette où trois nains la regardaient venir. Après leur avoir dit bonjour, elle heurta à la porte. On l'invita à entrer et elle alla s'asseoir près du poêle, sur un banc, pour se réchauffer et manger son pain.

— Donne-nous-en un peu, lui dirent les nains.

— Je le veux bien, répondit-eHe.

Elle fit deux parts de son pain et leur en donna une. Ils lui demandèrent :

— Que cherches-tu par un froid pareil ici, dans le bois, avec ta robe de papier?

— Hélas! dit-elle, il faut que je cueille une corbeille de fraises, et je ne puis sans cela rentrer au logis.

Quand elle eut fini de déjeuner, ils lui mirent un balai en main et lui dirent :

— Balaye la neige derrière la porte.

Et quand elle fut dehors, les petits nains se dirent entre eux :

— Que ferons-nous bien pour elle qui est si aimable et si bonne, et qui nous a donné une part de son pain?

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246 Lm Contes d$ m« Mère l'Oye.

Alors la premier dit :

— Je lui donne pour don de devenir tous lès jours plus belle.

Le second dit :

■— Je lui donne pour don qu'à chaque parole qu'elle dira, il lui sorte une pièce d'or de la bouche.

Le troisième dit :

— Je lui donne pour don d'être recherchée en mariage par un roi,

La jeune fille balaya la neige derrière la porte de la petite maison et y trouva de superbes fraises bien rouges et bien mûres. Toute joyeuse, elle en cueillit un plein panier, remercia les nains, leur dit adieu et courut porter les fraises 4 sa belle*mère.

Elle entra et dit : « Bonsoir! » Soudain une pièce d'or lui tomba de la bouche. Alors elle raconta ce qui lui était advenu dans la forêt ; à chaque mot qu'elle prononçait, des pièces d'or lui tombaient de la bouche, et bientôt le plancher de la chambre en fut tout couvert,

— Voyez donc, dit la belle-sœur, cette insou* ciante qui jette ainsi l'argent k terre.

Au fond elle lui portait envie et ne cessait de supplier sa mère qu'elle l'envoyât & son tour dans la forêt. Celle-ci refusait en disant s

— Non» chère petite, il fait trop froid ; tu attraperais un rhume.

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Pourtant, comme sa fille revenait toujours à la charge, elle finit par consentir. Elle lui fit faire une robe fourrée et lui donna des tartines et du gâteau*

La fille s'en fut au bois et marcha droit à la maisonnette. Les nains la regardèrent venir comme sa sœur. Elle entra dans la chambre sans les saluer, s'assit près du poêle et commença de manger ses tartine* et son gâteau.

— Donne - nous-en un peu , dirent les petits hommes.

Elle répondit :

— C'est à. peine si j'en ai assez pour moi; comment pourrais«je en donner aux autres?

Lorsqu'elle eut fini de déjeuner, ils lui dirent :

— Prends ce balai et balaye derrière la porte.

~* Ah I dit-elle, balayez vous-mêmes; je ne suis pas votre servante.

Comme elle vit qu'ils ne se disposaient point il lui faire un cadeau, elle sortit. Alors les nains tinrent conseil.

— Que lui donnerons-nous, dirent-ils, pour sa méchanceté et le mauvais cœur qu'elle nous a montré?

Le premier dit :

— Je lui donne pour don de devenir tous les jours plus laide.

Le second dit :

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— Je lui donne pour don qu'à chaque parole qu'elle dira il lui sorte un crapaud de la bouche.

Le troisième dit :

— Je lui donne pour don qu'elle périra d'une mort horrible.

La méchante fille chercha des fraises; mais elle n'en trouva point et s'en retourna furieuse au logis. Quand elle ouvrit la bouche pour raconter sa mésaventure, à chaque parole, il en sortit un crapaud, de sorte quelle devint pour tout le monde un objet de dégoût.

Dès lors, la marâtre s'aigrit encore davantage et ne pensa plus qu'à tourmenter la fille de son mari, qui embellissait tous les jours. Elle finit par prendre un chaudron, le mit sur le feu et y fit bouillir du lin.

Lorsque ce lin fut cuit, elle commanda à la malheureuse enfant de le rouir et de le macquer, et lui donna une hache pour fendre la glace de la rivière.

La pauvre fille partit. Elle fit un trou dans la glace et commença à travailler. Elle vit venir alors un superbe carrosse où était le roi. Le carrosse s'arrêta.

— Qui es-tu, mon enfant, et que fais-tu là?

— Je suis une pauvre fille et je rouis du lin. Le roi fut touché en la voyant si belle.

— Veux-tu, dit-il, venir avec moi ?

— Oui, très-volontiers , répondit-elle, car elle

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ne demandait qu'à s'enfuir loin de sa mère et de sa sœur.

Elle monta donc tout de suite dans le carrosse royal, et, quand on fut arrivé au château, ainsi que les petits hommes l'avaient promis, on célébra les noces en grande pompe.

Au bout d'un an la reine accoucha d'un garçon. . Sa belle-mère apprit son bonheur et vint avec sa fille sous prétexte de lui faire une visite.

Lorsque le roi fut sorti et qu'elles se virent sans témoins, la mégère et sa fille prirent la reine, celle-ci par la tête, celle-là par les pieds, et la jetèrent dans la rivière.

La mère ensuite mit sa fille dans le lit et lui couvrit le visage. A son retour le roi voulut causer avec sa femme, mais la vieille lui cria :

— Chut! Ce n'est pas le moment : elle a la fièvre; il faut la laisser en paix.

Le roi n'eut aucun soupçon et ne revint que le lendemain matin. Quand il s'adressa à sa femme et qu'elle ne put se dispenser de répondre, il vit qu'à chaque parole un crapaud lui sortait de la bouche, comme autrefois il en sortait une pièce d'ôr:

Il demanda ce que cela voulait dire ; la vieille lui répondit que cela provenait de l'indisposition de la reine et ne devait pas durer. Or, la nuit, le-garçon de cuisine vit paraître un canard qui lui dit ces paroles :

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— Roi, que fais-tu?

Dors-tu ou veilles-tu ?

Comme on ne lui répondait pas, le canard continua :

Que font mes hôtes?

Lé garçon répondit :

Us dorment bien.

Le canard reprit :

Que fait mon petit enfant* Le garçon répondit ;

Il dort dans son petit berceau .

Le canard prit alors la forme de la reine, alla jusqu'au berceau de l'enfant, lui donna à boire, arrangea sa couchette, le couvrit soigneusement et reprit pour s'en retourner sa ligure de canard»

La reine revint les deux nuits suivantes ; la troisième, elle dit au garçon de cuisine ;

— Va et dis au roi qu'il saisisse son épée et quç par trois fois il la fasse tourner sur le seuil, audessus de ma tête.

Le garçon courut prévenir le monarque, Celui-ci prit son épée et il la fit tourner trois fois au-dessus du fantôme. A la troisième, il vit devant lui sa

Léi Fées. tSî

femme fraîche, vivante et belle comme autre* fois.

Le roi enchanté cacha la reine jusqu'au jour où l'on baptisa ton fils. Le baptême terminé, il demanda à la vieille :

— Que doit-on faire à une femme qui en arrache une autre de son lit et qui la jette à l'eau ?

— Voici, dit la vieille, le supplice que mérite la scélérate : il faut l'enfermer dans un tonneau garni de clous à l'intérieur, et la laisser rouler du haut d'une montagne jusqu'à la rivière.

Le roi envoya quérir un tonneau ainsi préparé et y fit enfermer la vieille et sa fille ; après quoi on replaça le couvercle et on laissa le tonneau rouler du haut de la montagne jusqu'à la rivière.

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