‹ Les contes de ma mère l'Oye avant PerraultChapitre 26 sur 36 · Mprenato · texte numérisé non relu

Mprenato

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écumer comme une mule de médecin ; quand tu te peigneras, qu'il te tombe de la tête un tas de poux ; quand tu poseras le pied sur la terre, puisses-tu faire naître ronces et orties !

Puccia puisa de l'eau et s'en retourna au logis. Sa mère eut hâte de la peigner ; elle étala sur ses genoux une belle serviette où elle mit la tête de sa fille et elle commença à jouer du peigne «

Or, voici qu'il chut une averse de ces animaux alchimistes qui arrêtent le vif*argent *.. A cette vue, la mère à la glace de l'envie ajouta le feu de la colère, et elle jeta des flammes et de la fumée par le nez et par la bouche.

Quelque temps après, Ciommo, le frère de Martiella, se trouvait à la cour du roi de Chiunzo. Comme on discourait de la beauté des femmes, il s'avança sans qu'on lui demandât son avis, et dit que toutes les belles iraient porter leurs os au cimetière dès qye paraîtrait sa sœur ; que celle-ci n'était pas douée seulement des charmes du corps qui font le contre-point sur le plain-chant d'une belle âme, mais que de plus elle possédait, dans les cheveux; la bouche et les pieds, une vertu qui lui avait été donnée par une fée.

En entendant de pareils éloges, lé roi dit à Ciommo de faire venir sa steur. S'il la trouvait di-

i . En l'ofccupant à lefe détruire*

gne d'être mise sur un piédestal, il la prendrait pour femme. Ciommo n'eut garde de perdre une si bonne occasion. Il envoya tout de suite un courrier conter la chose à sa mère et l'engager à partir surle-champ avec sa fille pour qu'elle ne manquât pas sa fortune.

Luceta, qui était malade, confia la brebis au loup et pour tel et tel motif pria sa sœur de lui faire le plaisir d'accompagner Martiella jusqu'à la cour de Chiunzo. Voyant que l'affaire tombait à point en son pouvoir, Troccola promit à sa sœur de remettre sa nièce saine et sauve aux mains de Ciommo.

Elle s'embarqua donc avec Martiella. Quand on fut au milieu de la mer, pendant que les matelots dormaient, elle précipita sa nièce dans les flots* Comme l'infortunée allait faire le plongeon, il survint une fort belle sirène qui là prit dans ses bras et l'emporta.

Lorsque Troccola arriva à Chiunzo, Ciommo reçut sa cousine comme si elle eût été Martiella. Il n'avait pas vu sa sœur depuis si longtemps qu'il avait oublié ses traits. Il la conduisit tout de suite devant le roi.

Celui-ci la fit peigner et il commença de tomber Une pluie de ces animaux si ennemis de la vérité que toujours ils offensent les témoins 1 .

i. C'est-à-dire : ils blessent la vue de ceux qui les regardent.

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Alors il la regarda et vil que la fatigue du chemin la faisait haleter si fort, que sa bouche parais* sait savonneuse et ressemblait à une cuve de lessive. Il baissa les yeux à terre et fut surpris d'apercevoir un pré d'herbes fétides, dont l'aspect seul lui donnait mal au cœur. Furieux, il chassa Puecia, ainsi que sa mère, et envoya Ciommo garder les oies de la basse-cour.

Désolé de cette affaire, ne sachant pas ce qui était arrivé, Ciommo menait les oies par la campagne. Il les laissait aller à leur guise tout le long du rivage de la mer et se retirait sous un chaume où, jusqu'au soir, au moment de rentrer, il déplorait son malheur.

Mais, tandis que les oies se promenaient ainsi sur le rivage, Martiella sortait de Ponde : elle les gavait de fine pâtisserie et les abreuvait d'eau de rose; les oies étaient devenues grosses comme des moutons, au point qu'on ne leur voyait plus les yeux.

Lorsque le soir elles arrivaient au jardinet qui fleurissait sous la fenêtre du roi, elles se mettaient à chanter : Pire, pire, pire.

Fort beau est le soleil ainsi que la lune, Plus belle encore est celle qui nous nourrit.

Le roi, qui entendait tous les soirs cette musique d'oisons, fit appeler Ciommo et voulut savoir où, comment et de quoi il nourrissait ses bêtes.

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— Je ne leur donne rien d'autre, répondit-il, que l'herbe fraîche des champs.

Mais le roi ne se contenta pas de cette réponse, et il envoya sous main un serviteur fidèle pour observer où Ciommo conduisait son troupeau. Celuici suivit sa trace : il le vit entrer daris la chaumine et laisser les oies toutes seules.

Elles s'en allèrent vers le rivage et, à leur arrivée, Martiella sortit de la mer, si belle que plus belle ne sortit pas des flots la mère de cet aveugle qui, comme dit le poëte, ne veut point recevoir d'autre aumône que celle de nos pleurs.

A cette vue le serviteur du roi, tout ébahi et hors de lui-même, courut rendre compte à son maître du beau spectacle qu'il avait eu au théâtre de la mer.

La curiosité du roi bondit au récit de cet homme. Elle lui donna envie d'aller en personne contempler ce tableau. Le matin, à l'heure où le coq, chef du peuple des oiseaux, les excite tous à armer les vivants contre la nuit, Ciommo se rendit avec les oies au lieu accoutumé; le roi le suivit, sans le perdre de vue, et la bande arriva au bord de la mer, pendant que son gardien s'enfermait dans sa retraite habituelle.

Le monarque vit alors paraître Martiella, qui donna à manger aux oies une corbeille de gâteaux, leur fit boire un petit chaudron d'eau de rose et

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s'assit sur une pierre pour peigner ses cheveux.

De sa chevelure tombèrent à poignées les perles et les grenats; en même temps, de sa bouche sortait un nuage de fleurs, et, sous ses pieds, les lys et les violettes formaient un tapis d'Orient.

Le prince fit appeler Ciommo et, lui montrant Marti ella, il lui demanda s'il connaissait cette belle jeune fille. Ciommo la reconnut, courut l'embrasser et, en présence du roi, lui fit conter toute la perfidie de Troccola, et comment l'envie de cette vU laine peste avait réduit ce beau feu d'amour à habiter l'eau de la mer.

On ne saurait dire le ravissement qu'eut le monarque d'avoir acquis ce magnifique joyau. Il avoua au frère de Martiella qu'il avait eu grandement raison de tant la louer et qu'il trouvait la réalité de deux tiers et plus supérieure à son récit.

C'est pourquoi il estimait la jeune fille plus que digne d'être sa femme, si toutefois elle daignait se contenter du sceptre de son royaume.

— Que le Soleil de juillet le veuille 1 , répondit Martiella, et que j'arrive seulement à te servir en qualité de vassale de ta couronne! Mais ne vois-tu pas cette chaîne d'or que je traîne au pied? C'est avec elle que la magicienne me tient prisonnière. Quand je prends l'air trop longtemps

i . O che lo volesse lo Sole lione !

et que je m'attarde sur ce rivage, elle tire dans la mer l'esclave qu'elle garde ainsi richement enchaînée.

— Quel serait, demanda le roi, le moyen de t arracher des griffes de cette sirène?

— Ce serait, répondit Martiella, de scier cette chaîne avec une lime sourde, et de m'enfuir.

— Attends-moi demain matin, répliqua le monarque, je viendrai avec l'instrument nécessaire, et je te conduirai à mon palais où tu seras mon œil droit, le bijou de mon cœur et 1 ame de mon âme 1 .

Us se donnèrent en s'embrassant un gage de leur amour. Alors elle se jeta dans Peau et lui dans le feu, un feu tel qu'il n'eut pas une heure de repos en toute la journée.

Quand la noire séquelle de la Nuit commença de faire le sabbat avec les étoiles, il ne ferma pas les yeux, mais il passa le temps à se rappeler avec l'image de la mémoire les beautés de Martiella.

Il promenait sa pensée des merveilles de sa chevelure aux miracles de sa bouche et aux prodiges de ses pieds. Il essaya l'or de ses grâces sur la pierre de touche de son jugement et le trouva de vingtquatre carats.

i . Lapopella de lo core mio e la visciola de sf arma.

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Il maudissait néanmoins la Nuit qui tardait tant à achever la broderie qu'elle fait avec les étoiles ; il s'en prenait au Soleil qui ne se hâtait pas de venir, avec son carrosse de lumière, enrichir le palais des biens tant désirés, et apporter dans les appartements cette mine d'or qui devait fournir tant de perles et de fleurs.

Mais tandis qu'il voyage ainsi sur mer, en pensant à celle qui est au fond de la mer, voici qu'arrivent les pionniers du Soleil pour frayer la route où doit passer l'armée de ses rayons.

Le roi s'habilla et s'en fut, accompagné de Ciommo, au rivage où il trouva Martiella. Avec la lime qu'il avait apportée, il scia de sa propre main la chaîne qui retenait le pied de sa bicn-aimée; mais il s'en fabriqua une autre plus forte autour de la poitrine.

Il prit en croupe celle qui lui chevauchait le cœur et. galopa vers le palais royal où, par son ordre, se trouvaient toutes les belles du pays, qui la reçurent et l'honorèrent comme leur maîtresse. Il l'épousa et on fit une fête superbe.

Comme on brûla quantité de tonneaux pour l'illumination, il voulut qu'on enfermât Troccola dans un baril, et c'est ainsi qu'elle expia sa trahison envers Martiella. Il fit ensuite venir Luceta et lui donna, de même qu'à Ciommo, de quoi vivre en grands seigneurs.

-JL *.

262 Les Contes de ma Mûre VOye.

Puccia, chassée du royaume, fut réduite à la mendicité et, pour n'avoir pas su semer un peu de galette, elle manqua toujours de pain, car c'est la volonté dp ciel que

Qui n'a point pitié, pitié ne trouve.

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