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Riquet à la Houppe. N'est-il pas amusant de voir,. par cette suite de recherches, de rapprochements et d'inductions, la science arriver, grâce à Nicolas de Guyse, à découvrir, dans Riquet à la Houppe, la souche des plus grandes et des plus illustres maisons qui aient brillé par le monde ?
Le plus étonnant, c'est que M. Paris conclut de cette très-douteuse identité de Riquet avec Oberoa que son nom a été, comme celui du Petit Poucet* recueilli sans le conte par Perrault, qui les aurait ensuite g rattachés l'un à l'autre. »
Nous prouverons plus loin qu'il se trompe pour le Petit Poucet; mais en admettant même que Riquet ne soit autre qu'Oberon, nous ne voyons pas pourquoi il n'aurait pas pris ce nom de Riquet dans Une des versions françaises de la fable, et il nous semble fort naturel de penserque Perrault l'a reçu avec les débris de cette histoire que lui a fournis te mémoire des nourrices.
Le bibliophile Jacob n'est pas loin de supposer que Perrault nomma ainsi son personnage à cause de son débat avec Riquet, le constructeur du canal du Languedoc. Le grand ingénieur avait proposé d'amener à Versailles les eaux de la Seine, iqais Perrault déclju^ l'entreprise impossible ;et engagea Colbert à faire niveler, avant de commencer les travaux, Je terrain que Jes eaux devaient parcourir. Comme l'expérience cjçnng raison à Perrault, il
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n'avait, ce semble, aucun motif de tourner son adversaire en ridicule.
M. Lorédan Larchey nous écrit qu'à ses yeux Riquet, comme le Righetto italien, est l'abréviation d'Henriquet. D'un autre côté, au dire de Littré, Riquet, en patois normand, signifie contrefait, bossu. Faut-il voir dans ce mot l'origine du nom, et doit-on croire que le personnage s'est appelé Riquet parce qu'il était bossu ?
Ou vaut-il mieux penser que ce mot de Riquet est, comme celui de Tartufe, un nom propre devenu nom commun ? Si 1 etymologie de M. Lorédan Larchey est exacte, et rien ne prouve le contraire, cette opinion paraît la plus vraisemblable.
Ce n'est certainement pas le conte de Perrault qui a fourni ce terme au patois normand, car Riquet à la Houppe est le seul de ses contes en prose qui ne soit pas populaire, par la bonne raison que les nourrices seraient incapables de le raconter.
L'opinion qui voit dans Riquet à la Houppe le roi des gnomes ne date pas d'hier. En 1749 a paru un ouvrage en dix-huit volumes qui s'appelle la Bibliothèque des campagnes.
Le tome 11 contient une nouvelle intitulée Inès de Cordoue, où se trouve un conte de fées qui, sous ce même titre de Riquet à la Houppe { } a la préten-
1. Dans son recueil de contes romains, the Folk-Lore of Rome, (London, 1874, appendix B.) Busk prétend que ce
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tion de refaire le conte de Perrault en le complétant. Nous allons analyser aussi brièvement que possible l'addition de l'écrivain anonyme.
Une fois expiré le délai que Riquet a accordé à la princesse, la terre s'entr'ouvre sous ses pas. Elle descend insensiblement' jusqu'à ce qu'elle arrive dans le royaume où Riquet trône au milieu de ses 6ujets, tous aussi laids et difformes que leur souverain. La princesse se désole. Riquet lui offre de redevenir bête et de retourner chez son père, ou de l'épouser et de régner sur ses gnomes.
— Je possède, lui dit-il, les trésors enfermés dans la terre : vous en serez la maîtresse, et avec de l'or et de l'esprit qui peut être malheureux mérite de l'être.
On l'accable de fêtes, mais rien ne peut vaincre son mortel dégoût. Pour se délivrer d'un prétendant odieux, Mama reprendrait sans peine sa stupidité, si elle n'avait déjà donné son cœur. Elle épouse donc le gnome, et quelque temps après elle gagne un de ses sujets qui porte de ses nouvelles au bel Arada.
Arada vient la rejoindre et lui rend sa gaieté. Elle commet l'imprudence de se parer de ses plus beaux atours. Surpris de ce déploiementde toilette, Riquet ne tarde pas à découvrir qu'un homme est caché
conte se lit aussi dans un ouvrage intitulé Recueil des Contes de Fëes, qui a paru à Genève en 1718. Nous n'avons pu découvrir ce volume.
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dans son palais. Il ne songe point à se défaire de sa femme : il a trouvé une vengeance plus raffinée.
— Vous n'avez pas, lui dit-il, observé le traité à la rigueur. Partageons le différend : vous aurez de l'esprit la nuit : je ne veux pas d'une femme stupide; mais vous le serez le jour pour qui vous plaira.
Marna accepte, met toutes les nuits sous le nez de son mari une herbe assoupissante et va causer avec son amant. Par malheur, une nuit que le gnome ronfle comme un orgue, un valet croit qu'il se plaint, accourt à son lit, voit le narcotique et l'ôte.
Riquet, réveillé, cherche partout sa femme et la trouve avec Arada. Il ne dit rien, mais d'un coup de sa baguette il donne à son rival une figure en tout pareille à la sienne propre.
Dès lors Marna ne distingue plus son amant de son époux. « Elle vit deux maris au lieu d'un et ne sut jamais à qui adresser ses plaintes, de peur de prendre l'objet de sa haine pour l'objet de son amour. Mais peut-être qu'elle n'y perdit guère : les amants à la longue deviennent des maris. »
Ce conle^'ailleurs assez ingénieux, n'a que douze pages, pourtant il paraît long, tant il est verbeux. En transportant l'action sous terre, l'auteur a essayé de la replacer dans son vrai cadre, mais il n'échappe pas à l'influence de son siècle, et il continue Perrault en poussant de plus en plus le récit vers la philosophie et l'allégorie.
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Huit ans après, M m6 Leprince de Beaumont refait Riquet à la Houppe dans le Prince spirituel. Son conte, encore, moins pittoresque, plus compliqué, plus long, n'est pas moins alambiqué ni plus intéressant. La princesse refuse de donner la beauté au prince qui lui a donné l'esprit. *
« Spirituel me plaît tel qu'il est, dit-elle, je ne m'embarrasse guère qu'il soit beau; il est aimable, cela me suffit. » Cette conclusion philosophique est la meilleure critique de ce conte artificiel.
Enfin, sept ans plus tard, chose curieuse ! le moins naïf de tous les écrivains, Voltaire nous donne dans Ce qui plaît aux dames une sorte de pendant de Riquet à la Houppe. La vieille édentée,
Au teint de suie, à la taille écourtée, Pliée en deux, s'appuyant d'un bâton,
qui sauve de la mort un jeune chevalier en lui suggérant une réponse très-spirituelle, qui pour la peine exige que le beau chevalier l'épouse, qui, dans les bras de son vaillant époux, se transeforme en
Une beauté dont le pinceau d'Apelle N'aurait jamais imité les appas,
et qui se trouve enfin être la fée Urgèle, n'est pas autre chose qu'une cousine de Riquet à la Houppe, ojpérant sur jelie-même.
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Dans cette ingénieuse historiette, déjà traitée par Chaucer l , il y a encore beaucoup plus d'esprit que de merveilleux; mais Voltaire, qui est trop malin pour partager l'avis de son siècle sur les contes de fées, termine le sien par ces jolis vers, si souvent cités et qu'on aime à rencontrer sous la plume de l'impitoyable railleur :
l'heureux temps que celui de ces fables, Des bons démons, des esprits familiers, Des farfadets* aux mortels secourables.
On écoutait tous ces faits admirables Dans son château, près d'un large foyer.
Le père et l'oncle, et la mère et la fille, Et les voisins et toute la famille, Ouvraient l'oreille à monsieur l'aumônief Qui leur faisait des contes de sorcier.
On a banni les démons et les fées; Sous la raison les grâces étouffées Livrent nos cœurs à l'Insipidité; Le raisonner tristement s'accrédite ; On court, hélas L après la vérité :
Ah! croyez-moi, l'erreur a son mérite.
î . Conte de la commère de Bath dans les Contes de Can* torbéry.