‹ Les contes de ma mère l'Oye avant PerraultChapitre 7 sur 36 · PEAU D'ANE · texte numérisé non relu

PEAU D'ANE

; 'inceste qui forme le point de départ de T Peau d'Aneesi regardé comme une des 1 preuves les plus évidentes de son anti- > quité. Ce conte, en effet, de même que ceux qui nous intéressent aux exploits des voleurs habiles, a dû être inventé à une époque où les lois de la morale n'étaient .pas encore fixées.

« On raconte, dit un auteur sanscrit, Koumârila, que Prajâpati, le seigneur de la création, fit violence à sa fille Ouschas. » Cet inceste divin, cité par M. Max Muller dans son History af sanscrit littérature, est peut-être, comme celui d'Indra et d'Ahalyâ, ou encore l'histoire plus connue de Cinyras et de Myrrha, le germe du conte de Peau d'Ane,

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L'âne qui devient roi nous apparaît d'abord dans un recueil de contes indiens, qui a pour titre le Trône enchanté. Nous le retrouvons, vers le milieu du xiv e siècle, dans un fabliau latin de Godfrid de Tirlemont, publié par M. Mone, An\eiger, t. VIII, col. 55 1. Fils inconnu d'un roi et d'une reine, il épouse, grâce à son talent musical, une belle princesse qui, le soir de ses noces, est toute surprise de voir l'âne se métamorphoser en un prince charmant.

\SHistoire littéraire de France (t. XXIV, pages 43 1-432) qui analyse YAsinarius vel Diadema, pense que Godfrid en devait l'idée moins aux Métamorphoses d'Apulée qu'aux fables indiennes dont il circulait en Europe des traductions latines depuis le xi c siècle.

Grimm signale, dans un manuscrit latin de la seconde moitié du xv e siècle, la légende d'un époux qui, ne devant point être vu de sa femme, se cache sous une peau d'âne.. Ce manuscrit a malheureusement été détruit dans l'incendie de la Bibliothèque de Strasbourg, allumé par les bombes prussiennes.

En 1547, Noël du Fail, au chapitre V de ses Propos rustiques et facétieux ', fait un tableau de veillée où le bonhomme Robin Chevet conte les contes de la Corneille, de Mélusine, du Loupgarou, de Cuir d'Asneite, des Fées, etc., etc. Cuir

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d'Asnette ne serait-il pas la même chose que Peau d'Ane?

En i55o, Straparole nous relate (première Nuit, conte IV) l'histoire de Thibaud, prince de Salerne, qui veut épouser sa fille Doralice, laquelle semble être une Peau d'Ane à l'état d'ébauche et sans la peau traditionnelle.

En 1 568 ou 1570, la quatrième édition des Nouvelles récréations et Joyeux devis, de Bonaventure des Perriers, s'augmente d'une trentaine de contes parmi lesquels se trouve (Nouvelle CXXIX) l'aventure de Pernette dont le père voulut qu'elle a ne vêtit autre habit qu'une peau d'âne qu'il lui

acheta, pensant par ce moyen la mettre au désespoir

et en dégoûter son ami. » /^S % £

Dans la Gardeuse d'oies près de la fontaine, des frères Grimm (traduction Baudry), la jeune fille se dérobe sous une affreuse peau noire. Dans la Vraie X^o*v£^ fiancée, du môme auteur (traduction N. Martin), l'héroïne revêt successivement trois robes; l'une ornée d'étoiles de perles, l'autre décorée de lunes d'argent, la troisième enrichie de soleils d'or, pour aller au bal se faire reconnaître de son époux. Elle enterre ses habits et ses bijoux sous u ne pierre et s'engage chez un paysan comme berger. La fameuse peau et les trois robes jouent à peu près le même rôle dans une version qui porte le titre de Peau d'Ane et que M. J.-F. Bladé a recueillie en Agenais.

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Dans les Litauische Maerchen, de Sçhleicher (page 10), un roi veut épouser sa belle-fille parce qu'elle est la seule qui égale la reine en beauté : avant de s'enfuir, elle lui demande un manteau de peau de porc, un habit d'argent, un anneau de diamant et des souliers d'or.

Après ce conte lituanien, n'oublions pas de mentionner le début de la Mannekine, un des poëmes les plus répandus au moyen âge ; dans la Bibliothèque bleue, Y Histoire de la belle Héleine de Constantinople, mère de saint Martin de Tours en Tourraine et de saint Brice, son frère, et la légende de sainte Dipne ou Dympne que le jésuite Ribadeneira a narrée dans la Fleur des Vies des Saints.

Le cinquième rapport de M. F.-M. Luzel sur les contes populaires des Bretons armoricains, inséré dans les Archives des Missions scientifiques et littéraires, nous donne sous ce titre : le Roi qui. voulait épouser sa propre fille, une Peau d'Ane, moins la peau habituelle. Le récit est le même que chez Perrault, sauf qu'au dénoûment le prince, afin de connaître l'héroïne, va se mettre au lit dans la ferme où elle garde les dindons, et stf fait passer pour une pauvre femme malade. La dindonnière vient le voir et lui avoue qu'elle est la fille du roi d'Espagne. La Revue des langues romanes, t, V, 2 e livraison, page 376, nous offre la Pel d'Ase, un

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récit du bas Languedoc, qui reproduit également celui de Perrault, avec cette différence que lane n'est pas aurifique. La fée, de plus, y donne à l'héroïne une bague qui ne peut aller qu'à son doigt et qui accomplit tous ses désirs.

On trouve une version de Peau-d'Ane, Allerleirauh, avec deux variantes dans les Contes grecs et albanais publiés par M. de Hahn. Le recueil des Contes catalans, lo Rondallayre, en contient deux, la Pell â'Ase et la Gavia d'or, la Cage d'or. Il en existe une autre sous le titre de la Pilusedda dans les Contes siciliens de G. Pitre. La peau d'âne y est remplacée par une peau de cheval. Les Contes romains, recueillis par l'anglais Busk, nous offrent Maria di legno, Marie de bois, qui voyage dans une figure de bois articulée. Les Canti e racconti del popolo italiano, de Domenico Comparent nous présentent Zuccaccia, Citrouillette, qui, revêtue d'une robe recouverte de morceaux de citrouille, a l'air d'une énorme citrouille qui marche. Citons encore la Princesse peau de chat des Contes irlandais de Patrick Kennedy, etc., etc.

Dans ses Contes populaires de la Grande-Bretagne, M, LoysBrueyre donne, d'après MM. Chambers (Popular. rhjrmes of Scotland) et Campbell (Highlands), deux traditions où le conte de Peau d'Ane se confond avec celui de Cendrillon. Il en induit que Cendrillon et Peau d'Ane sont deux

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versions différentes de la même histoire. Le dénoûment des deux versions françaises, où Panneau et la pantoufle jouent le même rôle, semble confirmer cette opinion. Ajoutons, pour finir cette nomenclature trop longue et forcément incomplète, que le prince aux cheveux d'or de notre conte flamand, intitulé Caillou qui biques! est évidemment un petit-cousin de Peau d'Ane 1 .

De toutes ces versions, Perrault a pu connaître le récit de Desperriers et celui de Straparole, l'Histoire de la Belle Héleine et la légende de sainte Dipne.

Les Nouvelles récréations et Joyeux devis comptaient dix-sept éditions au moment où il versifia Peau d'Ane. Il avait sans doute lu les charmantes nouvelles de cet écrivain que Nodier n'a pas craint de présenter comme « le talent le plus naïf, le plus original et le plus piquant de son époque. » Il avait certainement remarqué la dernière : D'une jeune fille surnommée Peau dAsne et comment elle fut mariée par le moyen que lui donnèrent les petits formi^ ; mais il suffit de la parcourir pour s'assurer qu'elle ne lui fut d'aucun secours.

i. On pourrait citer encore le commencement de l'épisode d'Eléonore d'Aquitaine dans le Victorial, de la légende de Santa Cliva, de la Historia del rey de Hungria, de la Figlia del re di Dacia, etc. , etc.

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Ce récit, qui n'est qu'attribué à Desperriers et qui, dans tous les cas, est assez pauvre d'invention, a été fait avec des réminiscences de deux contes qui se sont mêlées dans l'imagination du narrateur : celui de Peau d'Ane pour la peau dont le père de la princesse veut qu'elle se couvre et, pour le boisseau d'orge que sa mère exige qu'elle lève grain à grain avec sa langue, celui des Fourmis que, dans une* circonstance identique., Apulée met au service de la pauvre Psyché.

Vous trouverez d'ailleurs cette intervention des fourmis, dans lo Tur\o dOro, du Pentamerone napolitain, et dans la Reine des Abeilles^ des frères Grimm, où elle est beaucoup mieux amenée. Les fourmis du conte allemand aident le héros pour le récompenser d'avoir empêché ses frères de bouleverser leur fourmilière.

Perrault ne semble pas s'être servi davantage du récit de Straparole, qui était traduit depuis 1 56o et qui, à part le déguisement de l'héroïne, se rapproche davantage de Peau d'Ane.

Thibaud, prince de Saierne, promet à sa femme mourante de ne jamais se remarier, « si l'anneau qu'elle portoitau doigt ne s'accommodoit au doigt de celle qu'il prendroit pour sa seconde femme. » Il est assez curieux que nous trouvions au début de ce conte l'anneau qui sert à dénouer celui de Perrault.

On l'essaye en vain à beaucoup de « pucelles qui en biens et en vertus n'étoient pas inférieures au prince. » Un jour, en dînant avec lui, sa fille Doralice voit l'anneau sur la table et le met à son doigt. Comme il lui va parfaitement, Thibaud conçoit « l'étrange et diabolique détermination de Tépouser. » La jeune fille désolée confie sa peine à sa nourrice.

« Il y avoit en la chambre de sa feue mère, un beau garde-robe fort magnifiquement ouvré, où la fille tenoit ses riches accoutrements et bagues, et n'y avoit personne qui le pût ouvrir sinon cette sage nourrice, laquelle ôta secrètement toutes les robes qui étoient dedans, et mit dans ce garde-robe d'une certaine liqueur, qui avoit une telle vertu que quiconque en prenoit une cuillerée il vivoit longtemps sans prendre autre réfection, et ayant appelé cette fille, l'enferma là dedans, lui conseillant d'y demeurer jusqu'à ce que Dieu lui envoyât meilleure fortune, et que le père fut hors de cette bestiale délibération { . »

i. Cette garde-robe pourrait bien avoir suggéré à Calderon l'idée de l'armoire dont se sert l'héroïne de son Esprit follet pour intriguer l'homme qu'elle veut épouser. Elle a pu provenir elle-même de la grande harpe où, dans les Nibelungen, Heimi enferme la prétendue fille de Sigurd et de Brynhild, en la nourrissant d'un oignon « si nutritif qu'il suffisait d'en manger pour n'avoir pas besoin d'autres aliments. » Ajoutons que, dans la suite de l'histoire, les ravis-

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Le père, qui ne se doute de rien, vend la garderobe à un marchand genevois qui l'emporte en Angleterre. Celui-x:i la revend au roi du pays, qui ordonne qu'on la place dans sa chambre. Tous les matins, aussitôt que le roi est parti pour ta chasse, Doralice sort de sa garde-robe, balaye la chambre, dresse le lit et le sème de roses, de violettes et d'autres fleurs odoriférantes.

Le roi, étonné, guette la mystérieuse chambrière, la surprend, lui fait conter son histoire, l'épouse et en a deux enfants. Le conte ne s'arrête pas là, comme celui de Perrault. Thibaut, « persévérant en son vilain et exécrable vouloir, » s'imagine que Doralice pouvait être dans la garde-robe. Il se met en quête du Genevois, le rencontre, l'interroge et conclut de ses réponses que sa fille est en Angleterre.

Il s'y rend déguisé en marchand de quenouilles et fuseaux d'or et obtient de la reine, en lui faisant cadeau- de sa marchandise, la permission de coucher dans la chambre de ses enfants. Il les égorge avec le petit couteau que Doralice porte d'habitude à sa ceinture, remet le couteau « tout seigneux » en sa gaîne et se sauve par la fenêtre.

seurs de l'enfant lui donnent le nom de Krdka (corneille), lui rasent la tête, l'enduisent de poix, lui rabattent sa coiffure, la couvrent de haillons et l'occupent aux plus vils travaux afin de dissimuler sa beauté.

Convaincue d'infanticide, la reine est condamnée à être a ensevelie nue en terre jusqu'à la gorge, étant nourrie de viandes exquises, afin que, vivant ainsi longuement, les vers lui mangent la chair. » Thibaud retourne alors à Salerne et confie son crime à la nourrice de sa fille qui, émue de pitié, part en secret pour l'Angleterre et sauve l'infortunée princesse.

Le roi d'Angleterre, pour venger sa femme, assemble une armée considérable, s'empare de Sa* lerne, amène le prince pieds et poings liés en son royaume, le fait tirer, « comme Gadelon, » à quatre chevaux et ordonne qu'on jette ses membres aux chiens.

La seconde partie de ce récit est d'une telle férocité qu'on serait tenté de voir, ainsi que je l'ai dit, dans le conte de Straparole un premier jet de Peau d'Ane, d'où ces horreurs ont disparu quand les mœurs sont devenues moins grossières.

C'est vers la fin du xvi° siècle que Jean Oudot, imprimeur à Troyes, recueillit dans sa collection de plaquettes les petits romans connus sous les noms de Jean de Paris, Grise lidis, les Quatre fils Aymon, Robert le Diable, etc. L'Histoire de la Belle Héleine a pu y entrer à cette époque, car il en existe une édition de Paris, sans date, mais en caractères gothiques.

« Le temps vint, dit l'auteur, que la reine ao

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coucha d'une fille qui eut nom Héleine. Quand elle eut quinze ans, sa mère trépassa, et lorsque le roi eut été veuf pendant quelque temps, il eut en volonté d'avoir sa fille en mariage, car il n'en trouvoit point de si belle que sa femme et sa fille. Il lui en parla, dont elle fut ébahie, et se jeta à genoux devant son père en pleurant. »

Le père s'obstine. Hélène s'enfuit, monte sur un vaisseau, se réfugie d'abord en Flandre, à Portl'Écluse, puis en Angleterre, comme Doralice. Le roi du pays, « qui, par bonheur, prenoit ses ébats sur le rivage, » l'aperçoit, tombe amoureux d'elle et l'épouse. Il part pour la guerre. Hélène accouche de deux enfants, « les plus beaux qu'on puisse jamais voir. » La reine mère, outrée du mariage de son fils avec une aventurière, écrit au roi que sa femme est accouchée de deux chiens, « les plus laides, plus hideuses bêtes qui furent jamais ; » elle l'engage à envoyer l'ordre de les mettre à mort, « car ce ne sont choses à garder, » etc.

Dans une des versions du Chevalier au Cygne, la jeune reine accouche de sept beaux enfants qui ont au cou une chaîne d'argent. Sa belle-mère leur substitue sept petits chiens. Semblable substitution se rencontre fréquemment dans les contes russes et italiens. UHistoire de la Belle Héleine a été composée, comme on le voit, avec des fragments de différentes traditions, tant bien que mal as-

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semblés. C'est là sans doute une de ces imitations de Peau d'Ane que dans le Roman comique on craint d'entendre raconter par Ragotin.

Peau d'Ane a passé presque tout entière dans la légende de Sainte Dipne ou Dympne. Cette légende se trouve dans la Fleur de la Vie des Saints du jésuite Pierre Ribadeneira, qui a paru à Madrid en 1616, qui a été plusieurs fois traduite en français, mais que les premiers travaux des Bollandistes (1643) ont complètement discréditée. La Fleur des Vies des Saints fourmille d'un si grand nombre de fables et de contes qu'Abel Servien, le célèbre diplomate, n'appelait jamais Pierre Ribadeneira que Petrus de Badinerria. •

Fille chrétienne d'un roi païen d'Irlande qui veut l'épouser, Dipne demande quarante jours de délai et se recommande à Dieu. Cependant son père lui donne tous les matins des bijoux et de belles robes pour ses noces. Le délai étant près d'expirer, sur le conseil du prêtre Gerbern, elle exige, pour gagner du temps, plusieurs joyaux précieux qu'elle croit introuvables. On les lui apporte et elle se décide à prendre la fuite. Accompagnée de Gerbern, elle part, comme Hélène, pour la Flandre, elle arrive à Anvers et les fugitifs se font construire une cabane dans un bois peu éloigné.

Le roi se met à leur poursuite, débarque à Anvers, trouve dans une auberge de la monnaie

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d'Irlande et, guidé par cet indice, découvre la retraite de sa tille. Comme elle ne veut pas lui céder, il commande qu'on égorge Gerbern, qu'on coupe la tête à Dipne et va se pendre.

Cette légende n'est évidemment que le conte de Peau d'Ane dépouillé de son merveilleux et arrangé par un hagiographe à court d'invention, La Barbe bleue nous fournira un autre exemple de ces emprunts aux vieilles traditions, débris des religions mortes, qui font penser à ces dieux païens qu'à Rome, dans les premiers temps du christianisme, on transforma en apôtres et en martyrs.

Il est évident que Perrault ne doit rien à cette légende, pas plus qu'à Y Histoire de la Belle Héleine. L'anonyme du recueil de Moëtjens nous attestera, du reste, tout à l'heure qu'il s'est contenté de suivre pas à pas le récit des nourrices.

Le conte de Peau d'Ane est, dit-on, « un des chefs-d'œuvre du genre, un des mieux inventés,, un des plus variés pour les événements. » Ainsi s'exprime M. Walckenaer. Je ne partage pas entiè* rement cette opinion, mais il est certain que Peau d'Ane est un des contes qui ont fait la plus grande fortune. Au xvir 9 siècle, il était à ce point répandu que son titre servait à désigner le genre. Nous avons vu dans l'Introduction, par la phrase de La Porte et celle de Perrault, qu'on disait indifféremment des contes de Peau d'Ane ou de la Mère

VOye. Citons encore ces expressions d'Oudin , Curiosités françaises (1649) : « Contes de Peau d'asnon, Contes au vieux loup * ou Contes de ma commère l'Oye. »

Depuis lors Peau d'Ane a perdu de son éclat.

Est-ce à cause des rimes dont Perrault Ta affublée ? En revanche, Barbe, bleue et le Petit Poucet semblent s'être partagé son héritage et, aujourd'hui, au lieu de : « Faites-nous des contes de Peauci' Ane, » on dirait certainement : « Faites-nous des contes de Barbe bleue ou du Petit Poucet. » Ce résultat est dû évidemment à la prose de Perrault, et c'est le plus haut degré de gloire où puisse, atteindre un écrivain.

Peau d'Ane ne paraît point avoir joui de cette suprématie chez les autres peuples. Ce qui lui a valu en France cet immense succès, ce n'est pas la situation de l'héroïne, qu'on retrouve non moins touchante dans une foule d'autres contes, ce sont ses trois robes qui font un si brillant contraste avec son horrible déguisement. L'attention s'est accrochée à ce détail pittoresque, l'imagination s'en est amusée et la mémoire l'a retenu. Quant à l'âne qui enrichit de louis d'or « sa blonde litière, » il est bien mieux à sa place dans la Table, ï Ane et h Bâton merveilleux, des frères Grimm (traduction

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