Sans doute le loup du Petit Chaperon rouge
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Baudry), car au commandement de bricklebrit, on l'y voit agir sous les yeux du lecteur 1 .
L'anonyme du recueil de Moëtjens a maltraité Peau-d'Ane plus encore que Griselidis. Il commence par lui chercher noise sur le manque de logique dans la déduction et de justesse dans l'expression des idées. Toutes ces critiques sont fondées, mais comme elles n'ont trait qu'au style,, nous nous dispenserons de. les relever : nous savons ce que vaut la versification de Perrault.
Cette querelle sur l'impropriété des termes le mène à? signaler une faute plus considérable.
« J'ai lu quatre fois, dit-il, le conte d'un bout à l'autre avec assez d'attention, et cependant je n'ai aucune idée de Peau d^Asne dans son déguisement à quoi je puisse me fixer. Tantôt je me la représente barbouillée et noire comme une bohémienne, avec sa peau d'asne qui lui sert d'écharpe ; tantôt je m'imagine que la peau d'asne eàt comme un
1. Il est à remarquer que, comme les dieux antiques, les héros de Perrault ont chacun leur attribut, un détail qui frappe l'esprit et s'impose à la mémoire. L'héroïne des Souhaits ridicules a son aune de boudin; Peau d'Ane, sa peau et ses robes ; la Belle au bois dormant, son château enchanté ; le Chaperon rouge, son chaperon ; la Barbz bleue, sa barbe; le Chat botté, ses bottes; l'héroïne des Fées, ses pierres précieuses; Cendrillon, sa pantoufle ; le Petit Poucet, ses cailloux; Riquet lui-même a sa houppe et Griselidis aurait certainement sa chemise, si Perrault avait écrit le conte en prose.
masque sur son visage, et qu'elle y est tellement jointe que les spectateurs la prennent pour sa peau naturelle ; quelquefois pour lui changer les traits et pour la rendre aussi dégoûtante que le veut l'autheur, je conçois qu'elle s'est fait un fard de laideur, avec de la vieille graisse et de la suye de cheminée, et qu'elle s'en est mis deux poulces d'épais sur le visage : mais après tout cela, je ne trouve pas mon compte et le poëte qui n'a pas pris soin de m'apprendre en quoi consistoit ce déguisement, détruit lui-même par quelques mots en passant tout ce que je tâche d'imaginer là-dessus. »
Le critique, en un style d'ailleurs assez lâche, emploie sept pages à faire la preuve de. ce qu'il avance, après quoi il conclut en ces termes :
a Quand les nourrices content Peau d' Asne aux petits enfants, elles n'y regardent pas de si près ; tout passe à la faveur de l'admiration et de 1 etonnement où les mettent toutes les choses extraordinaires. Mais notre autheur a dû prévoir que Peau d'Asne contée en beaux vers trouveroit des lecteurs qui demanderoient de la justesse et de l'exactitude en son conte, comme de la raison et de la rime dans sa poésie ; il me semble que ce n'est pas trop demander d'un autheur, que de vouloir qu'il nous donne une idée distincte de son héroïne, et d'une espèce de métamorphose qui fait le ressort de toute sa pièce; il avoit pour cela une facilité la plus
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grande du monde; il n'avoit qu'à vouloir, son sujet lui auroitobéi, ayant à sa disposition tout le pouvoir d'une fée.
« N'étoit-il pas aisé... de faire de la peau tout ce qui étoit nécessaire pour le déguisement; car, ce que fait un corroyeur pour donner de l'apprêt à ses cuirs, la fée pouvoit le faire d'un coup de sa baguette sur la peau de l'âsne, et en faire un étuy pour le visage et les mains de la princesse ; il n'eût pas coûté davantage ensuite pour appliquer si juste cet étuy par art de fée, que les spectateurs eussent pris la peau grise, épaisse et raboteuse pour la véritable peau. Avec le reste, sans art et sans apprêts, la princesse pouvoit en faire une écharpe ou une palatine, et cacher autant sa qualité par ce déguisement que sa beauté sous son étuy...
« Il pourroit bien être que c'est de cette sorte que la fable se débitoit et se rendoit intelligible dans son origine ; mais comme elle est fort vieille et que la tradition en a passé au travers de plusieurs siècles par les mains d'un peuple fort imbécile de nourrices et de petits enfants, il n'y auroit rien de surprenant que le conte manquât aujourd'hui de quelqu'une de ses principales circonstances, capable de donner de la lumière à tout le reste.
« Mais il y avoit lieu d'attendre qu'un autheur aussi ingénieux que le nôtre répandroit un peu de son bon esprit sur la fable et ne la conteroit au pu-
ioo Les Contes de ma Mère ïOye.
blic tout à fait aussi obscure et aussi confuse que sa nourrice la lui a contée à lui-même autrefois pour l'endormir. »
L'anonyme n'eût peut-être pas tant insisté, si l'auteur de Peau d'Ane, qui avec ses contes en prose trouvera si bien la mesure, n'avait pris, ici comme pour Griselidis, un trop grand soin d'introduire la vraisemblance dans ces récits populaires qui s'en passent la plupart du temps. Nous avons vu que deux versions italiennes cachent l'héroïne, la première, dans une figure de bois articulée, la seconde, sous l'apparence d'une* énorme citrouille ; nous verrons tout à l'heure que la version allemande de Grimm se contente de couvrir ses épaules de fourrures et sa figure de suie, sans s'inquiéter si cet accoutrement et ce masque suffisent pour déguiser une princesse. Quant à la version napolitaine, avec sa métamorphose en ourse par le moyen d'un petit bâton, elle donne raison à l'anonyme au point de faire croire qu'il la connaissait.
Il y a une autre critique qu'il oublie d'adresser à Perrault. Ainsi nous comprenons très-bien dans Cendrillon qu'on se mette en quête de la ravissante inconnue qui a perdu sa pantoufle, mais à quoi bon cette recherche pour la bague de Peau d'Ane ? Le prince se doute parfaitement d'où elle vient. S'il est si malade qu'on n'ose rien lui refuser, que n'envoie-t-il tout droit chercher celle qui doit le guérir?
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Dans l'édition de 1781, près d'un siècle après la publication itPeau d'Ane, apparut pour la première fois la version en prose. L'auteur de cette paraphrase assez plate se permet d'ajouter au texte des enjolivements d'un goût douteux; mais il a compris qu'il fallait développer ce passage et il a très-bien indiqué qu'en prenant un détour le prince a pour but de faire accepter plus facilement son étrange fiancée.
« Je n'ai point dessein, dit-il à ses parents, le faire une alliance qui vous déplaise ; et pour preuv w de cette vérité, c'est que j'épouserai celle à qui cette bague ira, quelle qu'elle soit ; et il n'y a pas apparence que celle qui aura ce joli doigt sera une rustaude ou une paysanne. »
Plus loin il a beaucoup mieux ménagé le grand effet de la métamorphose finale. Chez Perrault l'essai de la bague se fait devant le prince, puis on veut mener la jeune fille au roi. Elle demande qu'on lui donne le temps de changer de toilette et elle entre au palais, pompeusement parée. La scène est divisée en deux parties dont la première n'est guère qu'indiquée.
Dans la version en prose, l'infante, qui a entendu le bruit des tambours et le cri des hérauts d'armes, se doute de quelque chose : ^elle « se coiffe plus soigneusement et met son beau corps d'argent avec le jupon plein de falbalas, de dentelles d'argent, semé d'émeraudes. » Aussitôt qu'on heurte à
la porte, elle revêt vivement sa peau d'âne et suit les courtisans qui l'emmènent avec de grands éclats de rire. Etonné d'un pareil accoutrement, le prince n'ose croire que ce soit la jeune fille qu'il a vue si pompeuse et si belle.
« — Est-ce vous, lui dit-il, qui logez au fond de cette allée obscure, dans la troisième basse-cour de la métairie ?
a — Oui, seigneur, répondit-elle.
« — Montrez-moi votre main, dit-il en tremblant et en poussant un soupir. »
Alors de dessous la peau noire sort une petite main délicate, blanche et couleur de rose, où la bague s'ajuste sans peine au plus joli petit doigt du monde ; l'infante fait un mouvement, la peau tombe, la princesse ravissante apparaît ; tout faible qu'il est, le. prince se jette à ses genoux et les serre avec une ardeur qui la fait rougir.
La scène, on le voit, est ramassée en un seul point, et, malgré la faiblesse du style, présentée d'une façon très-vive. Tout n'est malheureusement pas de cette force dans cette version, et Peau d Ane est encore à refaire ; mais qui oserait toucher à un sujet que Perrault a traité, l'eût-il d'ailleurs encore plus gâté par sa difficulté à manier le vers ?
Nous donnons in extenso ci-après les deux versions qui nous ont paru les plus dignes d'entrer en parallèle avec la version française. Chose curieuse
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et que nous ne retrouverons pas au cours de cette étude, le récit français est le plus compliqué. Dans Peau de toutes bêtes, le conte allemand, les mêmes effets se répètent jusqu'à satiété et presque toujours dans les mêmes termes. Cette circonstance est un argument en faveur de son ancienneté ; on pourrait y voir aussi une preuve d'intégrité, si la noix où la princesse serre ses robes et ses bijoux ne faisait supposer l'intervention d'une fée que la tradition aura perdue dans son passage à travers les générations.
Les trois fameuses robes . y sont à peu près les mêmes, la noix fée vaut bien la cassette qui suit sa maîtresse sous terre, enfin le manteau de mille fourrures est d'une fantaisie plus grandiose que l'âne aurifique qui, chez Perrault, ne joue aucun rôle de son vivant.. Le récit a plus de rapidité qu'on n'en trouve d'habitude dans les narrations allemandes ; mais, comme les contes anglais que nous avons mentionnés plus haut, il a le tort de se confondre beaucoup plus que le récit français avec celui de Cendrillon.
Pour le dire en passant, cette ressemblance dans les dénoûments de Peau d'Ane et de Cendrillon prouve que Perrault ne touchait pas aux grandes lignes des traditions qu'il puisait à la source populaire. Nous en rencontrerons plus loin d'autres preuves.
Le conte du Pentamerone, Y Ourse, est par le
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fond le plus simple des trois : âne qui fait de l'or, robes merveilleuses, bijoux, cassette, anneau, il se passe de tous les accessoires -, la métamorphose de l'héroïne en ourse lui suffit. Ce conte a dû être d'ailleurs considérablement retravaillé dans la forme. Les traits de satire à l'adresse des femmes et rénumération du début, que Perrault a réservée pour la fin, ne sont pas des produits de l'imagination populaire, pas plus que les invocations du prince à la bête qui Ta énamouré. L'auteur n'a guère de commun avec Straparole que le détail des roses que Prétiosa sème sur son lit, et son dénoûment est amené d'une façon plus naturelle que dans les autres contes.
Au moment d'aborder le P } entamer one, nous engageons encore une fois le lecteur à ne pas s'effaroucher des excentricités du style. Le cavalier Basile est, nous le répétons, un homme d'esprit qui s'amuse : il jongle avec les métaphores comme un bateleur qui sur la place publique fait scintiller au soleil des boules de cuivre et quelquefois des boules d'or.
Peau d'Ane. 10S
L'OU<RSE
l'orza
Pentamerone, journée n, conte 6.
Il était une fois le roi de l'Apre-Roche qui avait pour femme l'idéal de la beauté 1 . Or,, au milieu de la carrière de 1 âge, la reine tomba de la cavale de la santé et se cassa les reins. Au moment où Péteignoir des ans allait être posé sur la chandelle de l'existence, elle fit appeler son mari et lui dit :
— Je sais que tu m'as toujours aimée de tout ton cœur ; c'est pourquoi, à l'approche de ma fin, je désire que tu me montres le dessus du panier de ton amour. Promets-moi donc de ne pas te remarier, si tu ne trouves une femme aussi belle que je l'étais, sinon je te laisse ma malédiction la plus terrible*, et je te poursuivrai de ma haine jusque dans l'autre monde.
En apprenant cette volonté dernière, le roi, qui l'aimait par-dessus les toits, éclata en sanglots et, pendant quelque temps, ne put accoucher d'une
i . La mamma de la stessa belle^a.