Chiommiento, Commentaire
io8 Les Contes de ma Mère l'Oye.
vinssent concourir pour la beauté, car il voulait épouser la plus belle et lui faire partager son trône.
Quand la chose eut été répandue, il n'y eut pas dans tout l'univers une seule femme qui ne voulût tenter la fortune ; il n'y eut pas de harpie, si ratatinée qu'elle fût, qui ne se. mît en douze. Cest qu'aussitôt qu^on touche cette corde, il n'est point de monstre qui s'avoue vaincu, il n'est point d'orque marine qui cède; chacune se pique d'être la plus b:lle, et, si le miroir leur dit la vérité,- elles accusent le cristal de tromper et le vif-argent d'être posé de travers. Donc, le monde étant plein de belles femmes, le roi ordonna qu'on les mît en rang, et les passa en revue, ainsi que fait le Grand Turc, quand il traverse le sérail i. Il allait, il venait d'un bout à l'autre, comme un singe qui ne s'arrête jay mais, lorgnant celle-ci, reluquant celle-là.
Il trouvait à l'une le front mal fait, à l'autre le nez long; celle-ci avait la bouche large, celle-là les lèvres épaisses ; l'une était boulotte, l'autre courte et mal tournée, celle-ci trop rembourrée de graisse, celle-là trop dépouillée de chair.
L'Espagnole ne lui plaisait guère à cause de son teint basané ; la Napolitaine lui déplaisait tout autant pour sa façon de marcher comme avec des
I. Nous supprimons la fia de la phrase qui est trop scabreuse. Nous ne pouvons même pas la donner dans le texte, qui setiouveêtre ici beaucoup trop transparent.
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béquilles; l'Allemande lui semblait froide et glacée, la Française trop écervelée, la Vénitienne n'était qu'une quenouille garnie de filasse en guise de cheveux ; à la fin des fins, qui pour une cause, qui pour une autre, il les renvoya toutes une main devant, l'autre derrière ^
Voyant que tant de beautés s'en étaient allées en fumée, il résolut de s'étrangler, puis il tourna les yeux vers sa propre fille et dit :
c( Je vais cherchant Marie pour Ravenne. Si Prétiosa, ma fille, a été faite dans le même moule que sa mère, j'ai à la maison la beauté qu'il me faut. Pourquoi la chercher au bout du monde? »
Il communiqua son idée à sa fille, mais elle entra dans une colère que nulle parole humaine ne saurait exprimer. Le monarque furieux lui dit :
— Baisse la voix et retiens ta langue 2. J'ai résolu de former ce soir avec toi le nœud du mariage; si tu refuses, je te coupe en si menus morceaux que le plus grand sera l'oreille !
Sur cette menace, Préiiosa se retira dans sa chambre ; elle se mit à déplorer son sort et à se torturer la cervelle. Comme elle était à faire cette triste figure, il arriva une vieille qui lui servait à distribuer ses aumônes. Celle-ci lui trouvant un