Avec leur courte honte
2. L'expression est plus énergique, mais trop grossière pour être rendue littéral ement.
no Les Contes de ma Mère ï*Oye.
air de l'autre monde et ayant appris la cause de sa douleur, lui dit :
— Courage, ma fille, ne te désespère pas, car à tous maux il y a remède, sauf à la mort. Écoute : quand ton père viendra ce soir pour se livrer à sa passion, mets ce petit morceau de bois dans ta bouche. Aussitôt tu deviendras une ourse et tu te sauveras, car il aura peur et te laissera fuir. Tu t'en iras droit à la forêt où, depuis le jour de ta naissance, le ciel te garde ta destinée. Lorsque tu voudras redevenir femme^ tu le pourras toujours : tu n'auras qu'à ôter le bâtonnet de ta bouche et tu retourneras à ta forme première.
Prétiosa embrassa la vieille, lui donna un plein tablier de farine, une tranche de jambon, un morceau de lard et la renvoya. Quand le soleil, comme une courtisane qui a fait faillite, commença de changer de quartier, le roi appela ses cuisiniers et invita tous les seigneurs ses vassaux à une grande fête. Ils dansèrent cinq ou six heures durant, puis s'attablèrent et mangèrent plus que leur saoul. Le roi alors alla se coucher et commanda à la nouvelle mariée de lui apporter le registre pour solder les comptes de l'amour *.
Prétiosa mit le bâtonnet dans sa bouche, prit la figure d'une ourse terrible et courut à lui. Epou-
î. A port ire lo qiiatiernope saudaré U ctinte amoriise.
Peau d'Ane.
vante de ce prodige, le monarque se cacha dans ses ' matelas d'oti il n^osa pas même le lendemain sortir le bout du nez.
Cependant la jeune fille s'élança dehors et parvint bientôt au bord de la forêt où l'ombre régnait seule, comme l'si elle avait eu la prétention de faire en vingt-quatre heures quelque tort au soleil *. Tandis que l'ourse s'entretenait doucement avec les autres animaux, arriva en cet endroit le fils du roi de TEau-Courante. A l'aspect de cette ourse, il faillit mourir de frayeur, mais voyant qu'elle tournait autour de lui en balançant sa tête et en remuant sa queue, comme une petite chienne, il prit courage, se risqua à la caresser, et, tout en disant : « Couche, couche là, minette, minette, doucement, doucement! » il la mena au palais et donna ordre qu'on la traitât Comme lui-même : on l'installa dans le jardin afin qu'il pût la regarder à son aise par la fenêtre.
Lorsque tous les gens de la maison furent partis et que le prince se vit seul, il se mit à la fenêtre pour contempler son ourse ; il s'aperçut que Prétiosa, qui avait ôté le bâtonnet de sa bouche, s'occupait de peigner ses tresses d'or.
A l'aspect de cette beauté qui sortait de sa sauvage enveloppe, il fut frappé de stupeur : il dégrin-