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Les contes des fs

Chaules Peiuîault naquit à Paris, en l(3l28. Il composa plusieurs ouvrages; quelques-uns excitèrent les traits mordants du satirique Boileau, et ce fut leur seule célébrité. Mais les Coûtes des fées, auxquels l'auteur attachait le moins d'importance, dont la frivolité lui semblait indigne d'aucune renommée, sont considérés comme le modèle des écrits de ce genre.

Charles Perrault était le plus jeune de quatre frères : l'aîné, Pierre , receveur des finances de la généralité de Paris , laissa ([uelques écrits, ainsi que Nicolas, docteur en Sorbonne; et Claude, le troisième, bâtit la colonnade du Louvre.

Nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'extraire des Mémoiles de l'aimable conteur le récit des principaux faits de sa vie.

« Je suis né le douzième de janvier l(5'i8. Ma mère se donna la peine de m'aïquendre à lire ; après quoi, on m'envoya au collège

VI NoTicK si;i; i.A vil. m: i-liulvult.

fie Bi-aiivais ', à ïùy^v de liiiil ans c[ demi. J'y ai l'ail loiilcs mes cUidcs, ainsi ([iic tous mes frères. Mon père prenait la |>eine de me faire réi)éler mes leçons, les soirs, après souper, el m'id)ligeait ;i lui dire en laliii la snl)slanee de ces leçons. J'ai toujours été des premiers dans mes classes, hors dans les plus basses, parce (jue je fus mis en sixième t[ue je ne savais jias encore bien lire. J'aimais mieux faiie des vers tpie de la prose, el les faisais qnehiuefdis si Ijous, ([ue mes régents me demandaieiil souvenl (pii me les a\ail faits.

« Je réussis particulièiemeiit en pliilosoi)liie ; je j)renais lanl de plaisir à disputer ^ en classe, que j'aimais autant les jours que l'on \" allait que les jours de congé. Comme j'étais le plus jeune et un des ]iliis forts de la classe, le régent avait grande envie (|ue je soutinsse une thèse, à la tin des deux années; mais mon père et ma mère ne le trouvèienl jias ;i propos, à cause de la dépense où engage cette cérémonie. Il en eut tant de chagrin, qu'il me lit taire lorsque je voulus disputer contre ceux qui devaient soutenir des thèses. Sur quoi je lui dis, en me levant, que, puisqu'il ne me faisait plus dire ma leçon, je n'avais plus que faire de rester en classe. En disant cela , je lui lis la révérence et à tous les écoliers, et sortis de la classe. Un de mes amis, qui m'aimait fort, sortit aussi, et me suivit. -Xous allâmes an jardin du Luxembourg, où, ayant réiléchi siu' la démarche que nous venions de faire, nous résolûmes de nous mettre à étudier ensemble. Nous exécutâmes ce projet; el pendant trois à ([iiatre années de suite, cet ami vint presque tous les jours deux fois au logis. >'(ius liimes pres((ue tonte la Bible, Virgile, Horace, Tacite, dont nous fnnes des extraits (jue j'ai encore. L'été, lorsque cin(i heures étaient sonnées, nous allions nous promener au Luxem-

' Ainsi iiuiniiio iiairu tiu'il ùlail silué rue Saiiil-Jeaii-ilc-Beauvîii^ ' J)fc>|>uUT, «'est-u-iliiT, soutenir ou réfuler iloï- |>ro|»osilion>.

NOTICK S II II L.\ VIE ItK l'KK UA Ul/I". vu

IxMirg. C-oninio iikmi niiii ("tait |»liis sliulieiix ([iio moi, il lisait (Micort", (lo retour cIkv. lui, oi poiidaiit la pronionado, il me redisait ce ([ii'il avait lu.

« Mou frère, ayaut acheté la charge de receveur général des tiuances de Paris, me proposa d'être son commis. J'acceptai avec plaisir. Je fus dix ans chez lui, et j'en sortis pour aller chez M. Colhert, en 1064. Connue mon travail ne m'occupait pas beatu-oup, je me remis à étudier et à faire des vers. Un des premiers ouvrages que je composai hit le Dialogue de l' Amour et de l' Amitié, que M. Foiujuet, surinlendant des hnances, lit écrire sur du vélin avec de la dorure et de la peintuie.

« Ma mère étant morte, notre maison de Yiry fut donnée à mon frère le receveur, dans le partage de nos biens. Il y fit construire un corps de logis. Je m'applicpiai à faire bâtir celte maison, qui fut trouvée bien entendue. Je rapporte ceci, parce que le récit qu'on en fit à M. Colbert fut cause qu'il songea h moi pour en foire son commis dans la surintendance des bâtiments du roi. Il songea qu'il aurait à faire travailler , non-seulement à achever le Louvre , entreprise tant de fois commencée, et toujours laissée imparfaite, mais à faire élever beaucoup de b.àtiments à la gloire du roi, comme des arcs de triomphe, des obélisques, des pyramides. Il prévit qu'il faudrait faire battre quantité de médailles pour consacrer à la postérité la mémoire des grandes actions que le roi avait déjà faites, et voulut, en conséquence, assembler un nombre de gens de lettres, et prendre leurs avis. Il avait déjà jeté les yeux sur trois personnes de goût et de talent. Il lui manquait un quatrième : on lui parla de moi. «Je suis déjà très-content de sa poésie, dit-il; mais il serait bon que je visse sa prose. » Je fis une pièce en prose, sur l'acquisition de Dunkerque, que le roi venait de foire. Elle plut; et, le troisième jour de février, je me rendis chez M. Colbert. Il souhaita que nous nous assemblassions deux fois la semaine, le mardi et h* ven-

vin NOTICE SUK LA VI K lit: l'ERUAULT,

ilmii; d, (l«'s le niènie jour, il voulut (|Ut' l'ou iomnK'nc;il. .le fus choisi pour tenir la plume, qui m'est tcuijours demeurée. Le 15 février suivant, un commis de M. Colherl m'apporta une bourse fort propre, dans la((uelle il y avait cinq cents écus en or.

L'intention de M. Colbert était que nous travaillassions à l'histoire du roi : pour cela, il me faisait écrire dans un registre plusieurs choses que le roi avait dites. »

Telle fut la vie tranquille et honorable de Perrault, jusqu'à ce que, trop préoccupé des affaires de l'État, le ministre Colbert devint quinteux et morose. Perrault, mécontent, se retira sans éclat. Ce fut alors que, cherchant des consolations dans l'étude, l'éducation de ses enfants et la littérature, il composa ces jolis contes, dont, h ce que Von croit, il puisa l'inspiration daus de vieilles légendes gaidoises.

Charles Perrault mourut le 16 mai 1703, âgé de soixante-quinze ans. Incapable de jalousie, il louait franchement ses rivaux, se plaisait même à les appuyer de son crédit. Il était plein de piété, de probité et de venu, et fut regretté de tous, même de Boileau, son détracteur.

T.E fi;tit chaperon rouge

LK 1*ET1T CHAI'KUON UOUGE.

Il ('lait iinefois iincpetiteiille

^ lie village, la plus jolie (ju'oti

eiil ^11 voir : sa mèio en

était l'olle, et sa nière-giand

plus folle encore. Cette bonne

T^ lenime lui fit faire un petit

^f" chaperon ' ronj^e, (pii lui seyait

M bien, que [)artout on ra])p(-

. Idit le petit Chaperon rouge.

Un jour, sa mère, ayant fait (les {galettes, lui dit : u Va voir coninient se porte ta

■ Ancienne coiffine en usage eu Frniiee jiifqu'im temps du mi Ciiarles I\.

2 LE PETIT CIIAI'KItdA ItdLMii:.

iJière-j^rand; car on m'a dit qu'elle étail Jiialade : ])ort('-lui une galetle et ce petit pot de beurre. » Le petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre village. En passant dans un bois, elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la mangei*; mais il n'osa, à cause de quelques bûcherons (jui étaient dans la forêt. Il lui demanda où elle allait. La pauvre enfani, qui ne savait pas qu'il était dangereux de s'arrêtera écouter un Loup, lui dit:

a Je vais voir ma mère-grand, et lui porter une galette avec un petit pot de beurre que ma mère lui envoie.

— Demeure-t-elle bien loin? lui dit le Loup.

— Oh ! oui, lui dit le petit Chaperon rouge; c'est par delà le moulin que vous voyez tout là-bas, là-bas, à la première maison du village.

— Eh bien ! dit le Loup, je veux l'aller voir aussi : je m'y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là; et nous verrons à qui plus tôt y sera. »

Le Loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court; et la petite fille s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites ileurs qu'elle rencontrait.

Le Loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la mère-.qrand ; il heuite : loc, toc.

\a: tetit ciiAi'KiutN hou(;e. 3

« Qui est là?

— C'est votre lille le petit Chaperon roii[;e, dit le Loup en contrefaisant sa voix, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre, que ma mère vous envoie, »

La bonne mère-grand, qui était dans son lit, à eause qu'elle se trouvait un peu mal, lui cria :

<( Tire la chevillette, la bobinette ' cherra. »

Le Loup tira la chevillette, et la porte s'ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien; car il y avait plus de trois jours qu'il n'avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s'alla coucher dans le lit de la mère-grand, en attendant le petit Chaperon rouge, qui, quelque temps après, vint heurter à l;i porte : toc, toc.

u Qui est là ? »

Le petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup, eut peur d'abord, mais, croyant que sa mère-grand était enrhumée, répondit :

(( C'est votre fille, le petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma mère vous envoie. »

Le Loup lui cria, en adoucissant un peu sa voix :

« Tire la chevillette, la bobinette cherra. »

Le petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s'ouvrit.

' l'élit verrou de Ixii^ i|iii (eiiiie les poiies dans le> villa}je.s.

LK 1M:TIT Cll.U'ElUi.N llOUGi:.

Le f>(mp. la voyaiît entrer, lui dit, en se eaelianl dans le lit sous la couNerlui'e :

(( Mets la {jalette et le petit pot de beurre sur la huche', et viens te coucher avec moi. )>

Le petit Chaperon rouge se déshabille, et vase mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée devoir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit :

« Ma mère-grand, que vous avez de grands bras!

— C'est pour mieux t'embrasser, ma Mlle!

— Ma mère-grand , (|ue nous avez de grandes jambes !

— C'est pour mieux courir, mon enfant î

— Ma mère - grand , que vous avez de grandes oreilles !

— C'est pour mieux écouter, mon enfant !

' (Irami colfic im Idii sci lo le jKiiii . dans le? i;mi]iiij^nc-

IJ' I'IlTIT CIIM'HIION liOUGE. 5

— Ma nicre-.oraïul, (juc vous avez de {jrands yeux !

— C'est pour mieux voij-, mon enfant!

— Ma mère-grand, i\iw vous avez de grandes dents!

— f/est pour te manger ! »

Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le pelil Cliaj>er<>n rouge, et la mangea.

MORALITE

On voit ici, que de jeunes enl'anls.

Surtout de jeunes filles.

Belles, l»ien faites et gentilles.

Font très mal d'écouler toutes sortes de gens. l']t que ce n'est pas chose élrange.

S'il en est tant (jue le loup mange.

.le dis le loup, car tous les loups Ne soni pas de la même sorte ; Il en est d'une humeur accorle.

Sans hruil, sans fiel et sans courroux. Qui, privés, complaisants et dou.x.

Suivent les jeunes demoiselles Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles. Mais, hélas! (jui ne sait que ces loups doucereux. De tous les loups sont les plus dangereux ?

LES FKES.

Il ('lait une fois uiio \ Olive qui avait deux filles : l'aînée lui ressemblait si fort et (l'humeur et de visajje, que, qui la voyait, voyait la mère. Elles (:'taient toutes deux si désagréables et si orgueilleuses, qu'on ne pouvait vivre avec elles. La cadette, qui (Hait le vrai |)ortrait de son pcrc, youv ta douceur cl

8 LLS FKI'S.

^ riionnèlelc, ôtnil av«^c cola imc des ])his belles lilles qu'on eiH su voir. Comme on aime nalurellement son semblable, celle mère était folle de sa fille aînée, el en même temps avait une aversion effroyable pour la cadette. Elle la faisait manger à la cuisine, et travailler sans cesse.

Il fallait, entre autres choses, que cette pauvre enfant allât, deux fois le jour, puiser de l'eau à une grande demi-lieue du logis, et qu'elle en rap])ortà( plein une grande cruche. IJn jour qu'elle était à cett<' fontaine, il vint à elle une pauvre femiue, qui la pria de lui donner à boire.

( Oni-(la, ma l)onne mère. ' dit cette belle fille. El rinçant aussitôt sa cruche, elle puisa de Teau au jdus bel endroit de la fontaine, et la lui pi'ésenta, soulenanl toujours la cruche, afin qu elle but ])lus aisément.

La bonne femme ayant bu, lui dit :

« Vous êtes si belle, si bonne et si honnête, ([ue je ne puis m'empêcher de vous faire un don (car c'était une fée qui avait pris la forme d'une pauvre femme de village, pour voir jusqu'où irait l'honnêteté de cette jeune fille). Je vous donne ])()ur don, poursuivit la fée, qu'à chaque parole que vous direz, il vous sortira de la bouche ou une fleur, ou une pierre préci(uise ■

Lorsque cette belle fille arriva au logis, sa mère la jjronda de revenir si laid de la fontaine.

« Je vous demande pai'don , nia mère, dit celle

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