‹ Les contes des fsChapitre 18 sur 21 · I-2S LADHOITK PHIXCESSE · texte numérisé non relu

I-2S LADHOITK PHIXCESSE

(( Qu'ai-je fait? s'écria Bel-à-Voir. Quoi ! après tant de cruelles agitations; quoi! après avoir tant balancé si je garderais mes serments aux dépens d'un crime, j'ai ôté la vie à une charmante princesse que j'étais né pour aimer! Ses charmes m'ont ravi dès le moment que je l'ai vue ; cependant je n'ai pas eu la force de m'affranchir d'un serment qu'un frère possédé de fureur avait exigé de moi par une indigne surprise ! Ah! ciel! peut-on songer à vouloir punir une femme d'avoir trop de vertu ? Eh bien, Riche-Cautèle, j'ai satisfait ton injuste vengeance ; mais je vais venger Finette à son tour par ma mort. Oui, belle princesse, il faut que la même épée »

A ces mots, Finette entendit que le prince qui, dans son transport, avait laissé tomber son épée, la cherchait pour se la passer au travers du corps : elle ne voulut pas qu'il fit une telle sottise; ainsi elle lui cria :

« Prince, je ne suis pas morte. Votre bon cœur m'a fait deviner voire repentir ; et, par une tromperie innocente, je vous ai épargné un crime. »

Là-dessus Finette raconta à Bel-à-Voir la prévoyance qu'elle avait eue touchant la femme de paille. Le prince , transporté de joie d'apprendre que la princesse vivait, admira la prudence qu'elle avait en toutes sortes d'occasions, et lui eut une obligation infinie de lui avoir épargné un crime auquel il ne pouvait penser sans horreur; et il ne comprenait pas

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comment il avait eu la faiblesse de ne pas voir la nnllité des malheureux serments qu'on avait exijrés de lui par artifice.

Cependant , si Finette n'eût pas toujours été bien persuadée que défiance est mère de sûreté , elle eût été tuée, et sa mort eut été cause de celle de Bel-à-Voir; et puis après on aurait raisonné à loisir sur la bizarrerie des sentiments de ce prince. Vive la prudence et la présence d'esprit ! elles préservèrent ces deux époux de malheurs bien funestes, pour les réserver à un destin le ])lus doux du monde. Ils eurent toujours l'un pour l'autre une tendresse extrême, et passèrent une longue suite de beaux jours dans une gloire et dans une félicité qu'on aurait peine à bien décrire.

Cent et cent fois ma gouvernante,

Au lieu de fables d'animaux,

M'a raconté les traits moraux

De cette histoire surprenante.

On y voit, accablé de maux, Un prince dangereux, qu'une noire malice ,

Entraîna dans l'horreur du vice.

On y voit naturellement

Que deux imprudentes princesses.

Qui passaient tous les jours dans de vaines mollesses,

Et tombèrent indignement

Dans un affreux égarement.

Reçurent, pour le prix de leurs lâches faiblesses,

Un prompt et juste châtiment.

Mais, autant que l'on voit dans cette belle bistoirc.

Le vice puni, malheureux.

Autant on voit les verlufux

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TrioiTi|)haiils et couverts de gloire.

Après mille incidents qu'on ne saurait prévoir.

La sage et prudente Finette

Et le généreu-t Bel-à-Voir.

Goûtent une gloire parfaite.

Oui. ces contes frappent beaucoup Plus que lie font les faits et du singe pI dn loup.

J'y prenais un plaisir extrême ;

Tous les enfants en font de même.

PEAU D'ANE

PEAU-D'ANE

Il était une fois un roi si grand, si aimé de ses peuples, si respecté de ses voisins et de ses alliés, qu'on pouvait dire qu'il était le plus heureux de c^^ tous les monarques.

/ r '/ Son bonheur était en-

core confirmé par le choix qu'il avait fait d'une princesse aussi belle que vertueuse ; et ces heureux époux

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vivaient dans une union parfaite. De leur chaste liymen était née une fille, douée de tant de grâces et de charmes, qu'ils ne regrettaient point de n'avoir pas une plus ample lignée.

La magnificence , le goût et l'abondance régnaient dans son palais; les ministres étaient sages et habiles | les courtisans vertueux et attachés; les domestiques fidèles et laborieux; les écuries vastes et remplies des plus beaux chevaux du monde , couverts de riches caparaçons : mais ce qui étonnait les étrangers qui venaient admirer ces belles écuries, c'est qu'au lieu le plus apparent, un maître âne étalait de longues et grandes oreilles. Ce n'était pas par fantaisie, mais avec raison, que le roi lui avait donné une place particulière et distinguée. Les vertus de ce rare animal méritaient cette distinction, puisque la nature l'avait formé si extraordinaire, que sa litière, au lieu d'être malpropre, était couverte, tous les matins, avec profusion, de beaux écus au soleil ' et de louis d'or ^ de toute espèce, qu'on allait recueillir à son réveil.

Or, comme les vicissitudes de la vie s'étendent aussi bien sur les rois que sur les sujets, et que toujours les biens sont mêlés de quelques maux , le ciel permit que la reine fut tout à coup attaquée d'une âpre maladie, pour laquelle, malgré la science et l'habileté

' On tr;iiipa dus l'ciis au soleil suiis Louis XIV, (|iii avait |nis le soleil |ioui eiiiblèuie.

- Louis d'or, imiuiiaïc de Fraïue ."-pei-ialeiiieiil.

PEAl-UAi\K. 153

des métlecius, on ne put trouver aucun secours. La désolation fut générale. Le roi, sensible et amoureux, malgré le proverbe fameux qui dit que l'hymen est le tombeau de l'amour, s'affligeait sans modération, faisait des vœux ardents à tous les temples de son royaume, offrait sa vie pour celle d'une épouse si chère; mais les dieux et les fées étaient invoqués en vain. La reine, sentant sa dernière heure approcher, dit à son époux qui fondait en larmes :

(( Trouvez bon, avant que je meure, que j'exige une chose de vous : c'est que s'il vous prenait envie de vous remarier » A ces mots, le roi fit des cris pitoyables, prit les mains de sa femme, les baigna de pleurs; et l'assurant qu'il était superllu de lui parler d'un second hy menée :

(( Non, non, dit-il enfin, ma chère reine, parlezmoi plutôt devons suivre.

— L'État, reprit la reine avec une fermeté qui augmentait les regrets de ce prince, l'État doit exiger des successeurs , et comme je ne vous ai donné qu'une fille, vous presser d'avoir des fils qui vous ressemblent : mais je vous demande instamment, par tout l'amour que vous avez eu pour moi , de ne céder à l'empressement de vos peuples que lorsque vous aurez trouvé une princesse plus belle et mieux faite que moi^ j'en veux votre serment, et alors je mourrai contente. »

On présume que lu reine, (|ui ne inau(juait |)as

15'. l'i:.\U-l)ANE.

d'amour-prupie , avait exigé ce serment ^ ne croyant pas qu'il fût au monde personne qui put l'égaler , pensant bien que c'était s'assurer que le roi ne se remarierait jamais. Enfin elle mourut. Jamais mari ne fit tant de vacarme; pleurer, sangloter jour et nuit, menus droits du veuvage, furent son unique occupation.

Les grandes douleurs ne durent pas. D'ailleurs les grands de lÉtat s'assemblèrent, et vinrent en corps prier le roi de se remarier. Cette première proposition lui parut dure, et lui fit répandre de nouvelles larmes II allégua le serment qu'il avait fait à la reine, défiant tous ses conseillers de pouvoir trouver une princesse plus belle et mieux faite que feu sa femme, pensant que cela était impossible. Mais le conseil traita de babiole une telle promesse, et dit qu'il importait peu de la beauté, pourvu qu'une reine fût vertueuse et point stérile; que l'État demandait des princes pour son repos et sa tianquillité; qu'à la vérité l'infante ' avait toutes les qualités requises pour faire une grande reine, mais qu'il fallait lui choisir un étranger pour époux; et qu'alors, ou cet étranger remmènerait chez lui, ou que s'il régnait avec elle, ses enfants ne seraient plus réputés du même sang ; et que, n'y ayant point de prince de son nom, les peuples voisins pourraient leur susciter des guerres qui entraîneraient la

' Nom (|u'on doniic aux lilles des rois, on Espagne et en Porliij,':il.

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ruine du royaunio. Le roi, frappé de ces considérations, promit qu'il sonjjerait à les contenter.

Effectivement il chercha, parmi les princesses à marier, qui serait ceUe qui pourrait lui convenir. Chaque jour on lui apportait des portraits cliarmants; mais aucun n'avait les grâces de la feue reine : ainsi il ne se déterminait point. Malheureusement, il s'avisa de trouver (juo l'infante, sa fille, était non-seulement belle et bien faite à ravir, mais qu'elle surpassait encore de beaucoup la reine sa mère en esprit et en agréments. Sa jeunesse, l'agréable fraîcheur de son beau feint enflamma le roi d'un feu si violent, qu'il ne put le cacher à l'infante, et il lui dit qu'il avait résolu de l'épouser, puisqu'elle seule j)Ou\ait le dégager de son serment.

La jeune piincesse, remplie de vertu et de pudeur, pensa s'évanouir à cette horrible proposition. Elle se jeta au.\ pieds du roi son père, et le conjura, avec toute la force qu'elle put trouver dans son esprit, de ne la pas contraindre à commettre un tel crime.

Le roi, qui s'était mis en tète ce bizarre projet, avait consulté nn vieux druide ' pour mettre la conscience de la princesse en repos. Ce druide, moins religieux qu'ambitieux, sacrifia, à Thonneur d'être confident «l'un grand roi, l'intérêt de l'innocence et de la vertu, et s'insinua avec tant d'adresse dans l'esprit du roi,

' l'uMrc (les ain'icii> (i;inlois.

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lui adoucit tellement le crime qu'il allait commettre, qu'il lui persuada même que c'était une œuvre pie que d'épouser sa fille. Ce prince, flatté par les discours de ce scélérat, l'embrassa, et revint d'avec lui plus

entêté que jamais de son projet : il fit donc ordonner a l'infante de se préparer à lui obéir.

La jeune princesse, outrée d'une vive douleur, n'imagina rien autre chose que d'aller trouver la fée des Lilas, sa marraine. Pour cet effet elle partit la même nuit dans un joli cabriolet attelé d'un gros mouton qui savait tous les chemins. Elle y arriva heureusement. La fée, qui aimait l'infante, lui dit qu'elle savait tout ce qu'elle venait lui dire, mais qu'elle n'eut aucun souci, rien ne pouvant lui nuire si elle exécutait fidèlement ce qu'elle allait lui prescrire ;

(( Car, ma chère enfant, lui dit-elle, ce serait une grande faute que d'épouser votre père; mais, sans le contredire, vous pouvez l'éviter : dites-lui que, pour remplir une fantaisie ((«ic vous avez, il faut qu'il vous

l'EAU-D'ANK ir,7

donne une robe de la eoiileurdu temps; jamais, avec tout son amour et son pouvoir, il ne pourra y paivenir. »

La princesse remercia bien sa marraine; et dès le lendemain matin elle dit au roi son père ce que la fée lui avait conseillé , et protesta qu'on ne tirerait d'elle aucun aveu qu'elle n'eut une robe couleur du temps. Le roi, ravi de l'espérance qu'elle lui donnait, assembla les plus fameux ouvriers, et leur commanda cette robe, sous la condition que, s'ils ne pouvaient réussir, il les ferait tous pendre. 11 n'eut pas le chagrin d'en venir à cette extrémité ; dès le second jour ils apportèrent la robe si désirée. L'Empyrée n'est pas d'un plus beau bleu, lorsqu'il est ceint de nuages d'or, que cette belle robe, lorsqu'elle fut étalée. L'infante en fut toute contristée, et ne savait comment se tirer d'embarras. Le roi pressait la conclusion. Il fallut recourir encore à la marraine, qui, étonnée de ce que son secret n'avait pas réussi , lui dit d'essayer d'en demander une de la couleur de la lune. Le roi, qui ne pouvait lui rien refuser, envoya chercher les plus habiles ouvriers, et leur commanda si expressément une robe couleur de la lune, qu'entre ordonner et l'apporter il n'y eut pas vingt-quatre heures

L'infante, plus charmée de cette superbe robe que des soins du roi son père, s'affligea immodérément lorsqu'elle fut avec ses femmes et sa nourrice. La fée

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des Lilas, qui savait tout, vint au secours de l'afflijTée princesse, et lui dit :

(( Ou je me trompe fort, ou je crois que si vous demandez une robe couleur du soleil, ou nous viendrons à bout de dégoûter le roi votre père, car jamais on ne pourra parvenir à faire une pareille robe, ou nous gagnerons au moins du temps. »

L'infante eh convint, demanda la robe; et l'amoureux roi donna, sans regret, tous les diamants et les rubis de sa couronne pour aider à ce superbe ouvrage, avec ordre de ne rien épargner pour rendre cette robe égale au soleil. Aussi, dès qu'elle parut, tous ceux qui la virent déployée furent obligés de fermer les yeux , tant ils furent éblouis. C'est de ce temps que datent les lunettes vertes et les verres noirs. Que devint l'infante à cette vue? Jamais on n'avait rien vu de si beau et de si artistement ouvré \ Elle était confondue; et, sous prétexte d'avoir mal aux yeux, elle se retira dans sa chambre, où la fée l'attendait, plus honteuse qu'on ne peut dire. Ce fut bien pis; car en voyant la robe du soIcmI elle devint rouge de colère.

(( Oh! pour le coup, ma fille, dit-elle à l'infante, nous allons mettre l'indigne amour de votre père à une terrible épreuve. Je le crois bien entêté de ce mariage qu'il croit si prochain; mais je pense qu'il

' Ouvré, ouvnigé, travaille

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