I.a fée dit alors à Cendrillon
(( Eh bien, voilà de (juoi aller au bal, n'es-(u pas bien aise?
— Oui. Mais est-ce que j'irai comme cela, avec mes vilains habits? »
Sa marraine ne fit (jue la toucher avec sa baj^uette, et en mèmi^ temps ses habits furent changés en des habits d'or et d'ar^Tcnt, tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de ])antoulles de verre, les plus jolies du monde. Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse; mais sa marraine lui recommanda, sur toutes choses, de ne pas passer minuit, l'avertissant que, si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses la(|uais des lézards, et que ses vieux habits reprendraient leur première forme.
Elle ])romit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir i\u bal avant minuit. Elle paît, ne se
CI'NDUILLON.
senlant pas de joie. Le fils du roi, qu'on alla avertir qu'il venait d'arriver une grande princesse qu'on ne connaissait point, courut la recevoir. Il lui donna la main à la descente du carrosse, et la mena dans la salle où était la compagnie. 11 se fit alors un grand silence ; on cessa de danser, et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n'entendait qu'un bruit confus :
(( Ah ! qu'elle est belle ! »
Le roi même, tout vieux qu'il était, ne laissait pas
de la regarder, et de dire tout bas à la reine qu'il y avait longtemps qu'il n'avait vu une si belle et si aimable personne. Toutes les dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses habits, pour en avoir, dès le lendemain, de semblables, pourvu qu'il se trouvât des étoffes assez belles, et ^les ouvriers assez habiles.
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Le fils du roi la mit à la place la plus honorahlo, et ensuite la prit pour la mener danser. Elle dansa avec tant de grâce, qu'on Fadmira encore davantage. On apporta une fort belle collation, dont le jeune prince ne mangea point, tant il était occupé à la considérer. Elle alla s'asseoir auprès de ses sœurs, et leur fit mille honnêtetés; elle leur fit part des oranges et des citrons que le prince lui avait donnés; ce qui les étonna fort, car elles ne la connaissaient point.
Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts ; elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et s'en alla le plus vite qu'elle put. Dès qu'elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine, et, après l'avoii remerciée, elle lui dit qu'elle souhaiterait bien allei' encore le lendemain au bal, parce que le fils du roi l'en avait priée. Comme elle était occupée à raconter à sa marraine tout ce qui s'était passé au bal, les deux sœurs heurtèrent à la porte; Cendrillon leur alla ouvrir.
(( Que vous êtes longtemps à revenir ! » leur dit-elle en bâillant, en se frottant les yeux et en s'étend au t comme si elle n'eut fait que de se réveiller; elle n'avait cependant pas eu envie de dormir depuis qu'elles s'étaient quittées.
(( Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses sœurs, tu ne l'y serais pas ennuyée; il est venu la plus belle princesse, la plus belle qu'j)n puisse jamais voir; elle
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nous a fait mille ciN ililés ; elle nous a donné des oran- .<jes et des citrons. »
Cendrillon ne se sentait pas de joie : elle leur demanda le nom de celte princesse ; mais elles lui répondirent qu'on ne la connaissait pas, que le lils du roi on était fort en peine, et qu'il donnerait toute chose au monde pour savoir qui elle était. Cendrillon sourit, et leur dit :
« Elle était donc bien belle? Mon Dieu! que vous êtes heureuses! ne pourrais-je donc pas la voir? Ilélas! mademoiselle Javotte, })rôtez-moi votre habit jaune, que vous mettez tous les jours.
— Vraiment, dit mademoiselle Javotte, je suis de cet avis ! Prêtez votre habit à un vilain Cucendron comme cela ! il faudrait que je fusse bien folle. »
Cendrillon s'attendait bien à ce refus, et elle en fut bien aise, car elle aurait été grandement embarrassée si sa sœur eût bien voulu lui prêter son habit.
Le lendemain, les deux sœurs furent au bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus parée que la première fois. Le fils du roi fut toujours auprès d'elle et ne cessa (le lui conter des douceurs. La jeune demoiselle ne s'ennuyait point, et oublia ce que sa marraine lui avait recommandéj de sorte qu'elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu'elle ne croyait pas qu'il fût encore onze heures : elle se leva, et s'enfuit aussi légèrement qu'aurait fait une biche. Le prince la suivit, mais il ne put l'attraper. Elle laissa tomber
6'J CENDRILLUN.
une de ses pantoufles de verre, que le prince ramassa bien soigneusement. Cendrillon arriva chez elle, bien essoufflée, sans carrosse, sîms laquais, et avec ses méchants habits, rien ne lui étant resté de sa magnificence qu'une de ses petites pantoufles, la pareille de celle qu'elle avait laissée tomber. On demanda aux gardes de la porte du palais s'ils n'avaient point vu sortir une princesse : ils dirent qu'ils n'avaient vu sortir personne qu'une jeune fille foit mal vêtue, et qui avait plus l'air d'une paysanne que d'une demoiselle. Quand les deux sœurs revinrent du bal, Cendrillon
leur demanda si elles s'étaient encore bien diverties, et si la belle dame y avait été; elles lui dirent que oui. mais qu'elle s'était enfuie lorsque minuit avait sonné, ot si promptement, qu'elle avait laissé tomber une de ses petites pantoufles de verre, la plus jolie du monde; que le fils du roi l'avait ramassée, et (ju'il n'avait fait
Ci:.MJRlLLO>-. CI
(jue la regarder tout le reste du bal, et quassurémenl il était fort amoureux de la belle personue à qui appartenait la petite pantoufle.
Elles dirent vrai ; car/ peu de jours après^ le jfîls du loi fit publier à son de trompe qu'il épouserait celle dont le pied serait bien juste à la pantoufle. On commença à ressayer aux princesses, ensuite aux duchesses, et à toute la cour, mais inutilement. On la porta chez les deux sœurs, qui firent tout leur possible pour l'aire entrer leur pied dans la pantoufle, mais elles ne purent en venir à bout. Cendrillon, qui les regardait, et qui reconnut sa pantoufle, dit en riant :
(( Que je voie si elle ne me serait pas bonne ! »
Ses sœurs se mirent à rire et à se moquer d'elle. Le gentilhomme qui faisait l'essai de la pantoufle ayant regardé attentivement Cendrillon, et la trouvant fort belle, dit que cela était très-juste, et qu'il avait ordre de l'essayer à toutes les filles. Il fit asseoir Cendrillon, et, approchant la pantoufle de son petit pied, il vit (ju'elle y entrait sans peine, et qu'elle lui était juste comme de cire. L'étonnement des deux sœurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit à son pied. Là-dessus, arriva la marraine, qui, ayant donné un coup de sa baguette sur les habits de Cendrillon, les lit devenir encore plus magnifiques que tous les autres.
Alors ses deux sœurs la reconnurent pour la belle personne qu'elles avaient vue au bal. Elles se jetèrenl
(;2 CL.NDIULLON.
à ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles lui avaient fait souffrir. Gendrillon les releva et leur dit, en les embrassant, qu'elle leur pardonnait de bon cœur, et qu'elle les priait de l'aimer bien toujours. On la mena chez le jeune prince, parée comme elle était. Il la trouva encore plus belle que jamais, et, peu de jours après, il l'épousa. Cendrillon, qui était aussi bonne que belle, fit loger ses deux sœurs au j)alais, et les maria, dès le jour même, à deux grands seigneurs de la cour.
MORALITES.
La beauté, pour le scxo, est un rare Ircsor; De ratlniirer jamais ou ne se lasse; Mais ce qu'un nomme bonne grâce.
Est sans prix, et vaut mieux eucor.
C'est ce qu'à Cendrillon fit avoir sa marraine. En la dressant, eu l'inslruisanl Tant et si bien, qu'elle en fit une reine : Car ainsi sur ce conte on va moralisant. Belles, ce don vaut mieux que d'être bien cuilïecN Pour engager uu cœur, pour en venir à bout.
La bonne grâce est le vrai don des fées : Sans elle on ne peut rien, avec elle on peut lotii.
(;'est sans doute un grand avantage D'avoir de l'esprit, du courage.
De la naissance, du bon sens ICt d'autres semlilables talents.
Qu'on reçoit du ciel en partag.'.
>L'iis vous aurez beau les avoir, l'.tur votre avancement ce seront cboses vaines. Si vous n'avez, jiour les faire valoir. Ou des parrains, ou des marraines.
iil O U E T A L A H O U ?P E .
RIOUET A LA HOUPl'E.
Il était une fois une reine qui accoucha d'un fils si laid et si mal lait, qu'on douta longtemps s'il avait forme humaine. Une fée, qui se trouva à sa naissance, assura qu'il ne laisserait })as d'être aimable, parce qu'il aurait beaucoup d'esprit : elle ajouta même qu'il pourrait, en vertu du don^ qu'elle venait de lui faire, donner autant d'es])rit qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux.
(ji mou ET A LA IIOUI'IM;,
Tout cela consola un pou la pauvre reine, qui étail bien affligée d'avoir mis au monde un si vilain marmot.
Il est vrai que cet enfant ne commença pas plutôt à parler, qu'il disait mille jolies choses, et qu'il avait dans ses actions je no sais quoi de si spirituel, qu'on en était charmé. J'oubliais de dire qu'il vint au monde avec une petite houppe de cheveux sur la tête, ce qui fit (|u'on le nomma IViquet à la Houppe, car Kiquet était le nom de sa famille.
Au bout de sept ou huit ans, la reine d'un royaume voisin accoucha de deux filles. La première qui vint au monde était ])lus belle que le jour ; la reine en fut si aise, qu'on appréhenda que la trop grande joie (ju'elle en avait ne lui fit mal. La même fée qui avait assisté à la naissance du petit Riquet à la Houppe était j)résente, et, pour modérer la joie de la reine, elle lui déclara que cette petite princesse n'aurait point d'es-
UK>UI<:T a l.A HOUPPE. 65
prit, et qu'elle serait aussi stupide qu'elle était belle. Cela mortifia beaucoup la reine; mais elle eyt, quelques moments après, un bien plus grand chagrin ; car la seconde fille dont elle accoucha se trouva extrêmement laide.
(( Ne vous affligez pas tant, madame, lui dit la fée, votre fille sera récompensée d'ailleurs, et elle aura tant d'esprit, qu'on ne s'apercevra presque pas qu'il lui manque de la beauté.
— Dieu le veuille! répondit la reine; mais n'y aurait-il pas moyen de faire avoir un peu d'esprit à l'aînée, qui est si belle?
— Je ne puis rien pour elle, madame, du côté de rêsprit, lui dit la fée; mais je puis tout du côté de la beauté ; et comme il n'y a rien que je ne veuille pour votre satisfaction, je vais lui donner pour don de pouvoir rendre beau ou belle la personne qui lui plaira. )>
A mesure que ces deux princesses devinrent grandes^, leurs perfections crûrent aussi avec elles, et on ne parlait partout que de la beauté de l'aînée et de l'esprit de la cadette. 11 est vrai que leurs défauts augmentèrent beaucoup avec l'âge, La cadette enlaidissait à vue d'œil, et l'aînée devenait plus stupide de jour en jour : ou elle ne répondait rien à ce qu'on lui demandait, ou elle répondait une sottise. Elle était avec cela si maladroite, qu'elle n'eût pu ranger quatre porcelaines sur le bord d'une cheminée sans en casser une,
66 RIQIJET A LA HOUPPE.
ni boire un verre d'eau sans en répandre la moitié sur ses habits.
Quoique la beauté soit dun grand avantage dans une jeune personne, cependant la cadette remportait toujours sur son ainée dans toutes les compagnies. D'abord on allait du côté de la plus belle pour la voir et l'admirer; mais bientôt après on allait à celle qui avait le plus d'esprit, pour lui entendre dire mille choses agréables; et on était étonné qu'en moins d'un quart d'heure l'aînée n'avait plus personne auprès d'elle, et que tout le monde s'était rangé autour de la cadette. L'aînée, quoique fort stupide, le remarqua bien ; et elle eut donné sans regret toute sa beauté pour avoir la moitié de l'esprit de sa sœur. La reine, toute sage qu'elle était, ne put s'empêcher de lui reprocher plusieurs fois sa bêtise ; ce qui pensa faire mouriide douleur cette pauvre princesse.
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RKJUËT A LA HOUPPE. 67
Un jour qu'elle s'était retirée dans un bois pour y plaindre son malheur, elle vit venir à elle un petit homme fort désagréable, mais vêtu très-magnifiquement. C'était le jeune prince Riquet à la Houppe, qui, étant devenu amoureux d'elle, sur ses portraits qui couraient par tout le monde, avait quitté le royaume de son père pour avoir le plaisir de la voir et de lui parler. Ravi de la rencontrer ainsi toute seule, il laborda avec tout le respect et toute la politesse imaginables. Ayant remarqué, après lui avoir fait les compliments ordinaires, qu'elle était fort mélancolique, il lui dit :
« Je ne comprends pas, madame, comment une personne aussi belle que vous l'êtes peut être aussi triste que vous paraissez; car, quoique je puisse me vanter d'avoir vu une infinité de belles personnes, je puis dire que je n'en ai jamais vu dont la beauté approché de la vôtre.
— Cela vous plaît à dire, monsieur, » lui réponriit la princesse. Et elle en demeura là.
X La beauté, reprit Riquet à la Houppe, est un si grand avantage, qu'elle doit tenir lieu de tout le reste; et quand on la possède, je ne vois rien qui puisse vous affliger beaucoup.
— J'aimerais mieux, dit la princesse, être aussi laide que vous, et avoir de l'esprit, que d'avoir de la beauté comme j'en ai, pt être bête autant que je le suis.
68 HKUTET A LA IIOUI'PE.
— Il n'y a rien, madame, qui marque davantage qu'on a de l'esprit, que de croire n'en pas avoir; et il est de la nature de ce bien-là, que plus on en a, plus on croit en manquer.
— Je ne sais pas cela, dit la princesse; mais je sais que je suis fort bête, et c'est de là que vient le chagrin qui me tue.
— Si ce n'est que cela, madame, qui vous afflige, je puis aisément mettre fin à votre douleur.
— Et comment ferez-vous? dit la princesse.
— J'ai le pouvoir, madame, dit Riquet à la Houppe, de donner de l'esprit autant qu'on en saurait avoir, à la personne que je dois aimer le plus ; et comme vous êtes, madame, cette personne, il ne tiendra qu'à vous que vous ayez autant d'esprit qu'on peut en avoir, pourvu que vous vouliez bien m'épouser. »
La princesse demeura tout interdite, et ne répondit rien.
(1 Je vois, reprit Riquet à la Houppe, que cette proposition vous fait de la peine, et je ne m'en étonne pas; mais je vous donne un an tout entier pour vous y résoudre. »
La princesse avait si peu d'esprit, et en même temps si grande envie d'en avoir, qu'elle s'imagina que la fin de cette année ne viendrait jamais ; de sorte qu'elle accepta la proposition qui lui était faite. Elle n'eut pas plutôt promis à Riquet à la Houppe qu'elle l'épouserait dans un an à pareil jour, qu'elle se sentit
RIUUET A LA HOUPPE. 69
tout autre qu'elle n'était auparavant : elle se trouva une facilité incroyable à dire tout ce qui lui plaisait, et à le dire d'une manière fine, aisée et naturelle. Elle commença, dès ce moment, une conversation galante et soutenue avec Riquet à la Houppe, où elle babilla d'une telle force, que Riquet à la Houppe crut lui avoir donné plus d'esprit qu'il ne s'en était réservé pour lui-même.
Quand elle fut retournée au palais, toute la cour ne savait que penser d'un changement si subit et si extraordinaire; car autant on lui avait ouï dire d'impertinences auparavant, autant lui entendait-on dire de choses bien sensées et infiniment spirituelles. Toute la cour en eut une joie qui ne se peut imaginer; il n'y eut que sa cadette qui n'en fut pas bien aise, parce que, n'ayant plus sur son aînée l'avantage de l'esprit, elle ne paraissait plus auprès d'elle qu'une guenon fort désagréable.
Le roi se conduisait par ses avis; il allait même quelquefois tenir conseil dans son appartement. Le bruit de ce changement s'étant répandu, tous les jeunes princes des royaumes voisins firent leurs efforts pour s'en faire aimer, et presque tous la demandèrent en mariage; mais elle n'en trouvait point qui eût assez d'esprit, et elle les écoutait tous, sans s'engager à pas un d'eux. Cependant il en vint un si puissant, si riche, si spirituel et si bien fait, ({u'ello ne pul s'empêcher d'avoir de la bonne vo-
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lonté poui' lui. Son père, s'en étant aperçu, lui dit qu'il la faisait maîtresse sur le choix d'un époux, et qu'elle n'avait qu'à se déclarer. Comme plus on a d'esprit, plus on a de peine à prendre une ferme résolution sur cette affaire , elle demanda , après avoir remercie son père, qu'il lui donnât du temps pour y penser.
Elle alla, par hasard, se promener dans le même bois où elle avait trouvé Riquet à la Houppe, pour rêver plus commodément à ce qu'elle avait à faire. Dans le temps qu'elle se promenait, rêvant profondément, elle entendit un bruit sourd sous ses pieds, comme de plusieurs personnes qui vont et viennent et qui agissent. Ayant prêté loieille plus attentivement, elle ouït que l'un disait :
« Apporte-moi cette marmite. »
L'autre :
« Donne-moi cette chaudière. »
L'autre :
« Mels du bois dans ce feu. »
La terre s'ouvrit dans le même temps, et elle vit sous ses pieds comme une grande cuisine pleine de cuisiniers, de marmitons et de toutes sortes d'officiers nécessaires pour faire un festin magnifique. Il en sortit une bande de vingt ou trente rôtisseurs, qui allèrent se camper dans une allée du bois, autour d'une table fort longue, et qui tous, la lardoire à la main et la queue de renard sur l'oreille, se
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mirent à travailler en cadence, au son d'une chanson harmonieuse.
La princesse, étonnée de ce spectacle, leur demanda pour qui ils travaillaient.
« C'est, madame, lui répondit le plus apparent de la bande , pour le prince Kiquet à la Houppe , dont les noces se feront demain. »
La princesse, encore plus surprise qu'elle ne l'avait été, et se ressouvenant tout à coup qu'il y avait un an à pareil jour qu'elle avait promis d'épouser le prince Riquet à la Houppe, pensa tomber de son haut. Ce qui faisait qu'elle ne s'en souvenait pas, c'est que, quand elle lit cette promesse^ elle était bête, et qu'en prenant le nouvel esprit que le prince lui avait donné, elle avait oublié toutes ses sottises.
Elle n'eut pas fait trente pas en continuant sa pio-