‹ Les contes drolatiquesChapitre 5 sur 13 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

grant numbre. Aïins, de ces vieulx pantagruelistes qui laissoyent faire à Dieu et au Roy leur mestier, sans mettre la main à la paste plus que ne debvoyent, se contentant de rire, il y en ha peu, il en chet tous les iours, en sorte que j’ay grant paour de veoir ces notables fragmens d'anciens breviaires conspuez, conchiez, gallefretez, honnis, blasmez, ce dont ie ne me mocqueroys point, veu que ie conserve et porte beaucoup de respect aux rogneures de nos anticquitez gauloises.

Soubvenez-vous aussy, criticques enraigez, hallebotteurs de mots, harpyes qui guastez les intentions et inventions de ung chascun, que nous ne rions que enfans, et, à mesure que nous voyageons, le rire s’estainct et despérit comme l'huile de la lampe. Cecy signifie que, pour rire, besoing est d’estre innocent et pur de cueur; faulte de quoy, vous tortillez vos lèvres, iouez des badigoinces et fronssez les sourcils en gens qui cachent des vices et impuretez. Ores doncques, prenez ceste œuvre comme ung grouppe ou statue, desquels ung artiste ne peut retraire certaines pourtraicteures, et seroyt ung sot à vingt-deux caratz, s’il y mettoyt seulement des feuilles, pour ce que ces dictes œuvres, non plus que cettuy livre, ne sont faictes pour des convents. Néantmoins, j’ay eu cure, à mon grant despit, de sarcler, ez manuscripts, les vieulx mcts, ung peu trop ieunes, qui eussent deschiré les aureilles. esblouy les yeulx, rougy les

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